La vérité poignardée

Légende de la NBA et des Boston Celtics, Paul Pierce a bien failli ne jamais vivre sa magnifique carrière. Poignardé à onze reprises en 2000, l’ailier a su vaincre la fatalité pour devenir “The Truth”. « Paul Pierce, considéré comme l’une des futures stars des Celtics, a été poignardé hier à plus de cinq reprises … Continuer la lecture de « La vérité poignardée »

Par Théo Sorroche Publié le mercredi 16 novembre 2016

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Retour gagnant

Légende de la NBA et des Boston Celtics, Paul Pierce a bien failli ne jamais vivre sa magnifique carrière. Poignardé à onze reprises en 2000, l’ailier a su vaincre la fatalité pour devenir “The Truth”.

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« Paul Pierce, considéré comme l’une des futures stars des Celtics, a été poignardé hier à plus de cinq reprises durant une altercation dans une boîte de nuit de Boston. »

Ce 26 septembre 2000, Lena Williams du  New York Times annonce l’explosive nouvelle. Paul Pierce, 22 ans, a reçu en réalité onze coups de couteau et quelques uns de tesson de bouteille. Ses agresseurs l’ont planté dans le dos, dans le cou et au niveau du visage. Trois hommes sont identifiés et immédiatement arrêtés. Paul Pierce, quant à lui, survit miraculeusement : c’est l’épaisseur de sa veste en cuir qui a ralenti les coups de couteau. Il est directement acheminé vers l’hôpital pour panser les plaies.

Alors que tout Boston s’inquiète, Rick Pinito, son coach de l’époque, rassure tout de suite les fans des Celtics en affirmant que son joueur va bien, avant de lancer, prophétique : “Nous espérons qu’il reviendra vite et plus fort.”

Issu de l’université de Kansas, qu’il quitte en 1998 après deux titres de MVP de la BIG 12 (la conférence NCAA de Kansas), le numéro 34 est sélectionné à la dixième position de la draft 1998. Ses fondamentaux sont certains, sûr de son dribble et fiable au shoot, l’Angelino de naissance offre toutes les garanties aux Boston Celtics. À ce moment là, la légendaire équipe aux seize titres n’est plus que l’ombre de ce qu’elle avait été aux époques bénies de Bill Russel, John Halvicek ou Larry Bird.

Un trèfle… à trois feuilles

La franchise du Massachusset n’a plus gagné le titre depuis 1986, année de la draft de l’ailier du futur Len Bias, censé remplacer Larry Bird. Mais celui-ci meurt d’une overdose avant d’avoir joué le moindre match. Une période de vache maigre extrême pour la franchise au trèfle frappée par le malheur. En 1992, Larry Bird, usé par ses 36 ans, prend sa retraite laissant son équipe orpheline du meilleur ailier de l’histoire. Mais dans sa tradition des postes 3 de talent, Boston réussit à dénicher le remplaçant parfait de Larry Legend : Reggie Lewis. Pour la saison 1992-1993, Lewis a 27 ans et se trouve à l’apogée de sa carrière. Sa ligne de statistiques montre à quel point il est complet : 20,8 points; 4,3 rebonds et 3,4 passes. Il est tout désigné pour prendre en main la machine celte dont il est devenu capitaine. Mais, déjà en fin de saison, durant le premier match des playoffs contre les Hornets de Charlotte, un défaut cardiaque conjugué à une cardiomyopathie hypertrophique le font s’écrouler, victime d’un malaise cardiaque. Il avait pourtant déjà inscrit 17 points en treize minutes.

Dans la maison verte tout le monde s’inquiète mais les médecins du club rassurent immédiatement : Reggie Lewis peut jouer sans risque. Avec sa pépite en pleine forme, les Celtics se prennent à rêver d’un retour au sommet. L’ailier les a déjà amenés en playoffs et l’équipe a gagné quarante-huit matchs. La défaite (3-1) au premier tour est due en grande partie à l’absence du prodige. Autre bonne nouvelle : Dino Radja, excellent ailier fort croate est attendu pour la saison suivante.

L’été sera pourtant fatal à Reggie Lewis. Le numéro 35 meurt lors d’un match d’entraînement en plein mois de juillet. L’attaque cardiaque a été foudroyante, l’ailier ne brillera plus sur les parquets NBA. Les médecins s’étaient trompés.

Les Celtics sombrent alors dans l’une des pires périodes de leur histoire et ne dépassent pas une seule fois les 50% de victoires jusqu’en 2001-2002. Une presque décennie de saisons bien ternes. En 1997 cependant, la franchise drafte Antoine Walker en sixième position et l’année d’après, Paul Pierce au dixième rang. Armé de ses deux jeunes talents, Boston retrouve un peu d’allant. Paul Pierce connaît une saison rookie plutôt faste (16,5 pts, 6,4rebds) mais limitée à 48 matchs par le lock-out (grève des propriétaires). Avec son nouvel ailier et Antoine Walker (All Star avec 22 points et 10 rebonds par match), Boston pense avoir trouvé un duo capable de redorer le blason celte. D’autant que les progrès sont nets la saison suivante pour Paul Pierce qui atteint pratiquement les vingt unités par rencontre. Durant l’été 2000, le numéro 34 travaille son shoot, son jeu poste bas et sa vision du jeu. Très bon dribbleur il est également doté d’une vision du jeu qui lui permet de remonter la balle et de créer pour son équipe par séquence au côté de l’expérimenté Kenny Anderson.

La côte Est des Etats-Unis commence à s’intéresser à cette équipe prometteuse d’autant plus que, ni les Red Sox en baseball, ni les Bruins en hockey, ni les Patriots en football ne dominent à ce moment là.

Mais en septembre, au moment de reprendre les camps d’entraînement, la nouvelle tombe : Paul Pierce a été poignardé. Il est opéré du poumon et son corps est marqué de cicatrices multiples. Le joueur se relève, plus motivé que jamais pour vaincre le signe indien qui touche les Celtics.

Mentalement incroyable, Paul Pierce abat un énorme travail de fond et, à la surprise générale, le premier novembre 2000, il commence la saison contre Detroit, en tant que titulaire. 28 points, 6 rebonds et 5 passes décisives plus tard, Paul Pierce a rassuré la planète basket. Plus fort encore, l’ailier réussi à jouer les quatre-vingt-deux matchs de la saison et termine avec une ligne statistique exceptionnelle (25,3 pts 6,4 rebds et 3,1pds).

Paul Pierce détient la vérité

C’est aussi cette saison là que Paul Pierce va gagner son surnom de “The Truth”. Le 13 mars 2001, les Celtics se déplacent sur les terres de son ailier (né à Inglewood en Californie) face à l’ogre Lakers. Les Angelinos comptent dans leur rang le MVP Shaquille O’Neal et le jeune Kobe Bryant notamment. Mais Pierce leur tient tête en inscrivant 42 points agrémentés de 4 interceptions. Malgré la défaite de Boston, le Shaq est impressionné et lance aux journalistes : “Paul Pierce is the truth because what he is doing is not a lie” (Paul Pierce est la vérité parce que ce qu’il est en train de faire est bien réel), référence à son match incroyable moins d’un an après son agression.

Le procès, en septembre 2002 a été riche en émotion lorsque la légende des Celtics a témoigné. “Quand je suis arrivé à l’hôpital maculé de sang, j’ai d’abord, avant tout, demandé aux médecins si j’allais survivre.” Cependant, Paul Pierce est incapable de reconnaître ses agresseurs et les trois hommes inculpés (William Ragland, Trevor Watson et Anthony Hurston) sont finalement acquittés.

Paul Pierce a eu plus de mal à s’en remettre psychiquement que physiquement, ne comprenant pas pourquoi on l’avait ainsi poignardé : “Je n’ai jamais fait parti d’un gang, aucun de mes amis n’a jamais fait parti d’un gang, je n’ai jamais roulé autour de gang, je n’ai jamais eu ce genre de fréquentation dans mon entourage. Et pourtant.”

Cette épreuve a marqué la carrière d’un joueur qui entrera sans aucun doute au Hall of Fame à la fin de sa carrière. Car, oui, il a vaincu le signe indien en 2008 en remportant le titre de champion NBA (4-2 face aux Lakers) entouré de Kevin Garnett et de Ray Allen. MVP de ces finales, “The Truth” a aussi été 10 fois All Star durant sa carrière.

La légende des Celtics a depuis rejoint les Nets puis les Wizards exportant ses talents de shooteur, poursuivant ses duels face à LeBron James et assument son statut dans le money time. Il restera cependant un Celtic à vie, touché par un destin que ses cicatrices marqueront à jamais.

Par Théo Sorroche Publié le mercredi 16 novembre 2016