Alexis Bachelay

Un homme politique a peu l’occasion de parler de sport et des politiques sportives de son pays. Pourtant, nombreux sont ceux qui, dans la classe politique, tiennent un discours positif et novateur.  Alexis Bachelay, député socialiste de la circonscription des Hauts-de-Seine depuis 2012, est un de ces férus de sport. Pour Lathlète.fr, il fait tomber … Continuer la lecture de « Alexis Bachelay »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

Un homme politique a peu l’occasion de parler de sport et des politiques sportives de son pays. Pourtant, nombreux sont ceux qui, dans la classe politique, tiennent un discours positif et novateur.  Alexis Bachelay, député socialiste de la circonscription des Hauts-de-Seine depuis 2012, est un de ces férus de sport. Pour Lathlète.fr, il fait tomber – en partie – le costume de politicien et endosse celui du passionné. Il nous livre sa vision concrète des avancées du sport français et de ses améliorations. 

Lathlète.fr : Yonathan Kellerman, réalisateur de documentaires sportifs, disait : « Le sport est la seule chose universelle. » Etes vous d’accord avec cette affirmation ? 

Alexis Bachelay : « Non, pas tout à fait parce que je pense qu’il y a le monde culturel avec des oeuvres d’art, des tableaux, qui est universel. Le sport a une dimension universelle, c’est vrai, mais heureusement qu’il y a pleins d’autres univers et d’autres acteurs. »

Lath. : Certains pensent, comme Hubert Artus, que la politique et le sport ne doivent pas être dissociés. Or, dans votre circonscription vous pouvez juger, peut être plus qu’ailleurs, de la nécessité du sport. Avez-vous pris conscience de l’impact du sport sur les sociétés ?

A.B : « Si l’on regarde l’histoire du XXe siècle, on peut voir que le sport est devenu un élément prédominant, notamment dans nos pratiques sportives : il y a eu une explosion et une démocratisation de la pratique sportive à partir des années 1930 avec le rôle du sport dans l’éducation etc, et un développement très puissant du support professionnel qui est devenu un spectacle à part entière. C’est devenu extrêmement puissant. Ma circonscription est en région parisienne (député des Hauts-de-Seine) et il n’y a pas de raison que ce phénomène de société n’ait pas une importance extrêmement forte avec un tissu associatif extrêmement dense et une pluralité des disciplines. Ça m’impressionne ! Il y a beaucoup d’habitants, de divers horizons, ce qui amène à une grande diversité. C’est très positif. On est sur un territoire qui a reçu les Jeux Olympiques en 1924 et il y a aussi une histoire avec le stade du Yves-du-Manoir, nos athlètes internationaux  (Gallas, Ciani, Thomis, Candeloro) ou nos équipes professionnelles (Racing-Métro, Racing Paris)…”

 Lath. : En politique, voit-on le sport seulement sous le prisme du Soft Power ? 

A.B : « J’imagine que, en fonction de la sensibilité et du parcours, tous les hommes politiques ne sont pas pratiquants ou passionnés de sport. Mais beaucoup s’intéressent au sport, au moins pour y trouver un intérêt en terme d’influence électorale. Les exemples des relations parfois fécondes mais parfois chaotiques entre la politique et le sport sont extrêmement nombreux : ça peut aussi mal finir. Je pense qu’il faut s’y intéresser car par nature c’est un phénomène de société et c’est donc très populaire. Beaucoup de gens pratiquent le sport ou s’intéressent au sport. On est obligé, à minima, d’avoir un intérêt. On est d’ailleurs amené à avoir un rôle sur une installation sportive, sa rénovation…Ce n’est pas que du soft power, c’est aussi la réalisation de projets concrets dans nos territoires. Les clubs voient aussi la différence entre un élu qui s’intéresse, qui est présent et qui soutient, et un élu qui s’en fiche un peu. »

Lath. : À quoi sert l’équipe de foot de l’Assemblée ?

A.B : « Ça sert aux députés qui le peuvent, et qui le veulent, à pratiquer leur sport favori. On ne va pas vous raconter d’histoires, on n’a pas des agendas toujours très simples et on n’a pas beaucoup l’occasion de pratiquer un sport, qui plus est le foot qui se joue en équipes. On peut aller faire de la natation ou de la course à pied…mais le foot, il faut être plusieurs. Naturellement, j’ai été un fervent partisan de la création d’une équipe de parlementaires. C’est l’occasion de rechausser les crampons avec des collègues de droite, de gauche, des écologistes…Ça a une dimension festive. Ça permet de se connaître. En plus, le dernier match disputé nous a permis de récolter des fonds pour l’hôpital Necker. LCP a retransmis le match et, jouer contre un adversaire qu’était le Variété Football Club, a permis d’attirer un certain nombre de partenaires privés qui ont accepté de financer un chèque de 104 000 euros. Il y’avait aussi une dimension politique et caritative.”

Lath. : Pourquoi le sport n’a-t-il pas un ministère à part entière ? 

A.B : « Il n’y a pas un ministère à part entière mais il y a un secrétaire d’État. Effectivement, je n’étais pas très fan de la période où Najat Vallaud-Belkacem avait la politique de la Ville, de la Jeunesse et des Sports puisque ça faisait quand même beaucoup et le sport était un peu noyé. Depuis le dernier remaniement avec Patrick Kanner, on a, à nouveau, un ministère plus orienté Sport-Jeunesse. C’est vrai que ça aurait pu être un ministre des Sports à part entière…Mais ça, c’est la vision qu’ont le président de la République et le Premier Ministre. On a souvent des secrétaires d’État aux Sports d’ailleurs. Je suis d’accord pour dire que ça pourrait être mieux traité. On va dire que « Moi, président » je ferai un ministère des Sports à part entière. Après, Thierry Braillard fait du bon boulot, il est passionné de sport depuis longtemps, il a une connaissance du milieu sportif. Compte tenu de la décentralisation, les fédérations sont indépendantes, les financements d’état sont en stabilité voire en diminution…l’État est moins chef de file que par le passé sur ce sujet là. »

Lath. : Que feriez-vous si vous deviez engager une politique sportive ? 

A.B : « On a quand même en France beaucoup de fédérations très structurées et une politique sportive qui fonctionne pas mal. On a quand même, dans beaucoup de sports, des talents, et une réussite dans les grandes compétitions. »

Lath. : La France est quasiment complète dans tous les sports, mais elles ne performant pas dans tous les sports au contraire de la Russie, la Chine ou les États-Unis. Pourquoi ? 

A.B : « Est-ce que l’on peut se comparer à la Chine qui a un vivier dix fois plus important que nous en potentiel athlétique ? Dans les pays à population moyenne, je trouve que l’on n’a pas à rougir. Par rapport à l’Italie, à l’Espagne, globalement, je trouve que l’on est plutôt pas mal. Il y a deux sujets sur lesquels l’on doit travailler. Un sujet de vigilance, et un sujet de réception des pistes d’amélioration.

Le sujet de vigilance, c’est de faire en sorte que lorsqu’il y a beaucoup d’argent qui est généré dans un sport, dans le foot par exemple, il faut faire attention à ce que cet argent bénéficie aussi au monde amateur. On ne peut pas avoir de grandes équipes professionnelles et des français performants si on n’a pas à la base, dans les petits clubs, un encadrement à bien former, des moyens de pratiquer et de la détection. Il ne faut jamais oublier que les performances des grands champions cachent toute la richesse du monde amateur. Il ne faut pas l’oublier. Plus il y a d’associations, plus y a de chances de détecter un champion. On est en retard par rapport à l’optimisation de nos grands clubs qui ont des filières professionnelles. Au niveau des recettes propres des clubs, on est très loin des Allemands, des Espagnols et très très loin des Anglais. En terme de marketing, d’images et de la relation club-territoire, il y a peut-être des réformes à mener pour que les clubs génèrent les moyens de se financer sans dépendre de gros sponsors. Quand on voit qu’en région parisienne on a qu’une seule grande salle, Bercy, c’est un peu étrange. On n’a pas trouvé de modèle économique qui permet aux clubs de financer leur salle. »

 Lath. : Aux États-Unis, même si les moyens financiers sont différents, les installations sportives à l’école sont gigantesques alors qu’en France on pratique l’ultimate, on fait de la course d’orientation…et on ne pousse pas beaucoup les élèves à se dépenser. Que pensez-vous d’une organisation scolaire autour du sport ? 

A.B : « On sait que dans la scolarité le sport n’est, peut-être pas le parent pauvre, mais n’est pas très bien loti. Il n’y a pas les créneaux, pas forcément les équipements…Bon, je vois que dans certains lycées que l’on construit, il y’a de beaux équipements. Je vois même certaines entreprises créer des équipements sportifs pour leurs salariés. Ce n’était pas la culture en France, mais ça commence à se développer. C’est plutôt bon signe. C’est bien que les entreprises créent des équipements sportifs car il n’y a pas de raison que ça repose sur l’investissement public.

Pour revenir sur votre question du sport scolaire, c’est aussi culturel. Le sport s’est construit une place dans la société un peu par effraction. On a une culture sportive qui est moins ancrée dans les territoires et les pratiques et moins ancrée dans la scolarité. C’est peut-être lié au fait que le sport n’avait pas bonne presse dans les élites, pendant longtemps. Ce retard là est une spécificité française par rapport à ce que l’on voit en Angleterre. Je regarde beaucoup le championnat anglais de football, et quand je vois qu’un club de deuxième ou troisième division remplit un stade de 20 000 à 30 000 places, ça fait rêver. »

Lath. : Est-ce trop compliqué ou trop dangereux de rebâtir une politique sportive à l’école ? 

A.B : « Pourquoi ça serait dangereux ? Non, je ne crois pas. Ça remet en cause certains équilibres et une certaine vision de l’école. Ça veut dire qu’il faudrait alléger les programmes…Or on a tendance à les alourdir. Et ce que je trouve dommage, c’est que l’on n’ait pas profité du débat sur les rythmes scolaires pour expliquer que c’était plus de possibilités pour les enfants d’avoir accès à une activité sportive. On en a fait un débat droite-gauche alors qu’en réalité c’était aussi l’occasion de dire que l’on raccourcit les journées pour permettre la pratique d’un sport. Et c’est ce qui va se faire dans certaines villes. Dans le débat, on n’a pas assez entendu cet argument là. C’est dommage.

De plus, c’est un moyen de socialisation, d’apprentissage de valeurs…C’est aussi important que de savoir lire et écrire. On a trop une vision conservatrice alors que le sport c’est la vie : il y a des tricheurs dans le sport comme dans la vie. C’est aussi un révélateur de talents, et cela permet de donner confiance aux jeunes. »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017