Asafa Powell

Même s’il élude un certain nombre de questions et répond vaguement à d’autres, Asafa Powell s’est donné la peine de mettre des mots sur ce qu’il ressent. À 32 ans, le Jamaïcain n’a toujours pas glané une seule médaille en individuel dans les grands rendez-vous que sont les Mondiaux et les Jeux Olympiques. Toutefois, il … Continuer la lecture de « Asafa Powell »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

Même s’il élude un certain nombre de questions et répond vaguement à d’autres, Asafa Powell s’est donné la peine de mettre des mots sur ce qu’il ressent. À 32 ans, le Jamaïcain n’a toujours pas glané une seule médaille en individuel dans les grands rendez-vous que sont les Mondiaux et les Jeux Olympiques. Toutefois, il demeure l’un des meilleurs coureurs au monde puisqu’il est le seul à avoir couru 90 fois sous la mythique barre des dix secondes. Entretien avec un homme qui n’ “a jamais été dopé”.

Lathlète.fr : Sur 7 milliards de terriens, vous êtes la quatrième personne la plus rapide au monde. Prend-on le temps de voir les choses sous cet angle-là ?

Asafa Powell : “Avoir bénéficié d’une telle rapidité est un cadeau ; je le vois comme une bénédiction et j’en suis reconnaissant. Mais je sais que ce n’est pas éternel et je dois donner mon maximum pour les quelques années qu’il me reste.” 

Lath. : Comment vous occupez-vous de votre corps, qui vous permet de gagner votre vie ? 

A.P : “Cela demande un travail acharné et un dévouement total. C’est mon outil de travail et je dois en prendre soin. Pas de corps, pas de forme : pas de travail, pas de boulot.”

Lath. : Pourquoi un sport aussi ingrat ne rapporte-t-il pas autant d’argent que bon nombre d’autres sports ? 

A.P : “C’est une bonne question. Le terrain et la piste ne sont pas aussi respectés que le basketball, le tennis ou le football. Même les joueurs de football américain gagnent beaucoup plus d’argent que nous. Je peux juste espérer que cela va changer avec la nouvelle génération. J’aimerais qu’ils gagnent à la hauteur de ce qu’ils méritent.” 

Lath. : Comment expliquez-vous le fait que la Jamaïque soit une terre d’athlétisme de très haut niveau et de sprint plus particulièrement ?

A.P : “Encore une bonne question. Je pense que beaucoup de gens ne réalisent pas que nous grandissons à l’extérieur. On pratique plein de sports, on court dehors, on mange de la nourriture saine : fruits, légumes… Ce qui nous permet d’être performants dans notre activité et de former une “usine” à champions.”

Lath. : Qu’est-ce qu’un tricheur dans le sport ? 

A.P : “Un tricheur est quelqu’un qui a recours à des moyens injustes et illicites pour prendre l’avantage.”

Lath. : Lorsque vous vous êtes expliqué devant la Commission de discipline de l’Agence antidopage jamaïcaine, vous avez dit que vous ne connaissiez pas bien le processus antidopage. Comment peut-on, dans un sport comme l’athlétisme, ne pas être au courant ou ne pas s’y intéresser ?

A.P : “Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que je n’avais pas connaissance des substances proscrites qui figurent sur la liste. C’est une très longue liste, il est quasiment impossible de tout mémoriser.”

Lath. : Asafa Powell est-il un tricheur ? 

A.P : “Non, Asafa Powell n’est pas un tricheur. Depuis douze ans que je suis dans le sport, je me suis soumis à plus de 150 tests, tous négatifs. Comme 90 % des athlètes, j’ai pris un complément qui n’a aucun impact sur les performances. Cela, je l’ai vérifié de toutes les manières possibles et imaginables avant de m’y décider. Mais il était contaminé. J’ai souffert et j’en ai payé le prix. Cela fait partie de mon passé. Je continue d’avancer.”

Lath. : Souffrez-vous de votre concurrence avec Usain Bolt ?

A.P : “Non. Tout le monde fait son temps. C’est un grand athlète et je le respecte complètement.” 

Lath. : En fait, vous souffrez plus de votre concurrence avec Tyson Gay…

A.P : “Je ne comprends pas cette question. Je me concentre sur mes courses, pas sur celles des autres…” 

Lath. : En 2007, vous finissez troisième alors que vous êtes largement au-dessus de la concurrence. Est-ce là un problème psychologique plutôt que physique ?

A.P : “2007, c’était il y a huit ans. C’est du passé. Il faut penser au présent, maintenant.”

Lath. : Beaucoup de spécialistes parlent des dopés comme des gens arrogants, provocants, séducteurs…Pourtant vous n’êtes rien de tout ça…

A.P : “Je ne me dope pas, je ne me suis jamais dopé et je ne le ferai jamais. Cette question ne me concerne donc pas.”

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017