Chérif Ghemmour

En cette rentrée littéraire Lathlète.fr a lu « Johan Cruyff, génie pop et despote » de Cherif Ghemmour, spécialiste entre autres du foot néerlandais, qui distille régulièrement ses savoirs sur RFI, Sport 365, RMC, So Foot ou Eurosport.  C’est un livre dense (375 pages), extrêmement bien documenté qui, façon Riff, enchaine à merveille les anecdotes savoureuses de ce … Continuer la lecture de « Chérif Ghemmour »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

En cette rentrée littéraire Lathlète.fr a lu « Johan Cruyff, génie pop et despote » de Cherif Ghemmour, spécialiste entre autres du foot néerlandais, qui distille régulièrement ses savoirs sur RFI, Sport 365, RMC, So Foot ou Eurosport. 

C’est un livre dense (375 pages), extrêmement bien documenté qui, façon Riff, enchaine à merveille les anecdotes savoureuses de ce grand monsieur du football qu’est Johan Cruyff.

Car la vie de ce gamin des rues d’Amsterdam devenu trois fois Ballon d’Or est tout sauf une monotone symphonie. Clope au bec, cheveux longs Johan Cruyff a creusé son sillon comme personne ; colérique, irrévérencieux, bagarreur à l’occasion, il fut aussi le principal interprète du football total avant de devenir en tant que coach le grand ordonnateur de la Dream team barcelonaise. Le plus célèbre numéro 14 au monde a enchanté des générations entières de footballeurs. Il est grand temps de le (re)découvrir avec Chérif.  Let’s Rock’n Roll, baby !

Lathlète.fr : Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire un livre sur Johann Cruyff ? 

C.G : “Ah ! À So Foot tout le monde savait que j’avais une grande admiration pour Cruyff, alors lorsque Florian Sanchez, un ancien de So Foot, est passé chez l’éditeur Hugo&Cie, il m’a régulièrement tanné pour que je fasse ce livre. J’ai d’abord fait avec eux un livre sur le foot et la politique intitulé « Terrain Miné » puis naturellement on a enchainé avec ce livre sur Cruyff.” 

Lath. : Une excellente idée ma foi !

C.G : “Oui. C’était une bonne idée. Cruyff, c’est une idole de ma jeunesse mais au-delà de ça c’est quelqu’un qui est resté un acteur assez important du foot et qui compte toujours par ses prises de positions. Il dit souvent des choses très pertinentes et censées sur l’actu du foot.”

Lath. : De manière curieuse, comment devient-on spécialiste du foot néerlandais ?

C.G : “Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai eu un flash sur l’Ajax 1973 et les Pays-Bas 1974. C’était un foot venu d’ailleurs et du coup ça m’a poussé à m’intéresser à ce foot néerlandais ; un intrus qui s’est imposé parmi les nations majeures de l’époque comme l’Italie, l’Argentine, le Brésil ou l’Allemagne. Que ce soit par leurs maillots, leurs dégaines…c’était nouveau et puis comme ils étaient un peu Rockn’Roll…”

Lath. : La musique, une autre de tes passions…

C.G : “Oui c’est aussi le fil rouge du bouquin. Il y a de forts parallèles à faire entre le foot et la musique, en Angleterre bien entendu, mais aussi effectivement aux Pays-Bas et notamment à l’Ajax . Ce foot de Cruyff nait dans les années 60 et tout de suite un côté rebelle s’attache à ce foot grâce à des joueurs comme Johann Cruyff. Il y avait une sorte de beat, de tempo qui accompagnait le rythme de jeu de Cruyff d’abord, puis de l’Ajax ensuite. Et cela ne s’est pas démenti. Ce parallèle avec la musique est largement revendiqué par les joueurs néerlandais, que ce soit les joueurs du passé comme Cruyff ou Neeskens qui allaient voir des concerts de rock ensemble avec une dégaine de rockers, mais aussi des joueurs d’aujourd’hui comme Frank Rijkaard qui est un passionné de rock indé. Ruud Gullit par exemple était proche du reggae. Un parallèle qui est moins présent dans d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France.” 

Lath. : Foot et musique, ton prochain livre est donc tout trouvé…

C.G : “Oui (rires) mais bon on va d’abord digérer celui-là. Comme disais je ne sais plus qui à propos des femmes qui viennent d’accoucher, il faut attendre un peu avant de refaire l’amour.”

Lath. : Ce côté rock, rebelle, irrévérencieux voire odieux chez Johan Cruyff c’est quelque chose que tu n’hésites pas à décrire.

C.G : “L’enjeu du livre était effectivement de ne pas faire une hagiographie de Johann Cruyff mais de révéler aussi sa part d’ombre. Je n’oublie pas d’évoquer son palmarès, son intelligence, sa vision extraordinaire du jeu, sa photogénie même, mais le souhait était aussi de voir la face sombre du personnage. On savait qu’elle existait notamment sur son rapport à l’argent, son côté dominateur, manipulateur et menteur mais je voulais vraiment développer cela avec des faits, des témoignages tout en gardant une ligne directrice. Le livre ne s’articule pas en trois parties avec thèse, antithèse et synthèse pour finir. Le déroulement est chronologique et raconte à chaque fois le côté lumineux et sombre des faits. Le bon dosage de ses ingrédients était crucial.” 

Lath. : Ce qui est notable aussi dans ton livre c’est cette absence notable du père ou plutôt cette présence de nombreux pères de substitution pour remplacer le mâle biologique disparu très tôt.

C.G : “Johan a un caractère impétueux et il faut savoir le cadrer par moments. Ce qui n’est pas simple car il est relativement incontrôlable. Très tôt, Johan a eu la conscience super aiguë d’être un joueur à part. Il le dit : quand il était môme, il savait qu’il allait jouer avec l’équipe première de l’Ajax. Il a toujours dégagé une confiance en lui qui est phénoménale et puis bam ! À l’âge de 12 ans, il perd son père, à un âge critique, dans cette pré-adolescence. Il a donc été livré un peu à lui-même et un Johan Cruyff livré à soi-même c’est un ouragan. Il n’écoute personne, il rembarre tout le monde. Donc heureusement qu’il y a eu certaines figures paternelles dont ses formateurs à l’Ajax comme Rinus Michels ou Jany van de Veen et aussi sa femme. Là c’est le côté maternel mais sa femme avec qui il s’est marié très jeune l’a beaucoup aidé à s’équilibrer.” 

Lath. : Son beau-père aussi.

C.G : “Oui Cor Coster, le diamantaire, le père de sa femme donc, lui a beaucoup appris dans l’aspect business. Un personnage clé dans l’univers Cruyff.”

Lath. : À la lecture, on s’emballe car Cruyff apparait comme un véritable personnage romanesque.

C.G : “Oui, tout à fait. On le savait mais on l’avait un peu oublié parce que d’autres joueurs comme Maradona, Zidane ou plus récemment Cristiano Ronaldo ou Messi l’ont un peu éclipsé. Et pour moi c’était le bon moment de remettre en avant un personnage comme Johan Cruyff. Quand on dit romanesque c’est même court…je préfère utiliser l’expression « bigger than life ». Plus on s’intéresse au personnage, plus on fouille plus on découvre des anecdotes fascinantes. Je pense par exemple à cette anecdote aux Etats-Unis : le chauffeur de car est paumé, personne ne connait le stade où ils doivent jouer et bien Johan s’assoit à coté du chauffeur et lui indique le chemin, le bon chemin ; il a un sixième sens ce type. Il a une grande intelligence.”

Lath. : Ce n’est pas un intellectuel cependant. 

“Non pas du tout, il n’a pas une intelligence universitaire il a une intelligence intuitive.”

Lath. : Ce que tu nommes le « gogme » ?

C.G : “Oui un peu mais ça c’est plus le côté filou, rusé, malin des gars d’Amsterdam. C’est disons un peu l’esprit titi parisien, « poulbot » un peu charmeur, malin, menteur. Cruyff, c’est un gamin des faubourgs. Le genre Gérard Depardieu de sa jeunesse à Châteauroux qui a un peu magouillé de l’essence, des cigarettes avec les GI américains. Cruyff c’est un « tcatcheur », il n’a jamais arrêté de parler, « Moi et ma grande gueule » comme il disait.”

Une grande gueule assumée qui lui a pourtant joué de nombreux tours …c’est à découvrir dans « Johan Cruyff, pop et despote » de Chérif Ghemmour, édition Hugo Sport (17,50 €) préfacé par Michel Platini, autre personnage hors du commun, mais ça, c’est pour plus tard, peut-être !

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017