Gonzalo Quesada

Il fait l’unanimité ou presque. Certains disent de lui qu’il est le chef qu’on rêverait d’avoir. Mourad Boudjellal, pourtant pas le dernier à sortir la sulfateuse, le qualifie de garçon brillant. Il a redressé sportivement un Stade Français qui n’a plus vu les phases finales depuis 2010. Au delà de son image de fin psychologue … Continuer la lecture de « Gonzalo Quesada »

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

Il fait l’unanimité ou presque. Certains disent de lui qu’il est le chef qu’on rêverait d’avoir. Mourad Boudjellal, pourtant pas le dernier à sortir la sulfateuse, le qualifie de garçon brillant. Il a redressé sportivement un Stade Français qui n’a plus vu les phases finales depuis 2010. Au delà de son image de fin psychologue et de gentleman, il est un fin connaisseur des facettes du rugby. Tournoi, équipe de France, management… Gonzalo Quesada n’élude aucun sujet.

Lathlète.fr : Le tournoi des six nations vient de se terminer. Quel est votre avis sur ce tournoi ? La victoire de l’Irlande, la prestation de la France…

Gonzalo Quesada : “Je trouve que c’était un tournoi intéressant. J’aime bien quand il y a, avant le dernier match, autant d’enjeux et de vainqueurs possibles. Qu’on ne connaîsse pas la fin à l’avance avec une équipe qui balaie tout. Après, concernant l’équipe de France, je crois qu’on est tous d’accord pour dire qu’ils n’ont pas pu imposer leur jeu et dominer ce tournoi comme ils s’en étaient fixés l’objectif. Il y a eu beaucoup de choses mises en place pour qu’ils puissent développer une bonne qualité de jeu et bien se préparer. Mais même s’ils ont obtenu trois victoires, le bilan n’est pas super positif. Ensuite, j’ai été très agréablement surpris par le niveau de l’Irlande que beaucoup annonçaient comme vieillissante et qui a gardé ses qualités de vitesse et de jeu d’attaque et qui mérite bien sa première place. Mais tout autant que l’Angleterre qui aurait tout aussi bien pu l’emporter sans ce petit faux pas contre la France et qui est peut-être l’équipe qui a le mieux joué sur l’ensemble de la compétition. Mais dans l’ensemble, j’ai trouvé que c’était un bon tournoi.”

Lath. : On a beaucoup parlé de la problématique des doublons et de la mise à disposition des joueurs. Vous êtes l’un des entraîneurs de Top 14 les plus concernés étant donné que vous avez beaucoup de joueurs sélectionnés en équipe de France (1), avec aussi Sergio Parisse en équipe d’Italie. Mais on vous a très peu entendu à ce sujet. Pourquoi ?

G.Q : “J’en ai juste parlé un petit peu au début. Moi, ce qui m’a vraiment déçu, ce sont ces faux doublons que l’on a un peu découverts en cours de route. La  nécessité de préserver certains joueurs en Top 14 sur les week-ends sans match du tournoi m’a un peu perturbé. Après, ça ne sert à rien de râler. Mais ça a été dur pour nous parce qu’avec toutes ces absences, nous n’avons pas pu engranger le nombre de point que nous voulions. Si on prend nos matchs à Brive, Montpellier ou Clermont, nous avons fait de gros matchs, mais nous avons eu du mal à finir du fait de l’effectif très réduit. Mais bon, ça ne sert à rien d’en rajouter, les règles sont comme ça. Je ne trouve pas ça très professionnel mais on fait avec. En espérant que ça ne va pas nous coûter trop cher en fin de saison.”

Lath. : On a parlé de la faiblesse du taux de réussite des buteurs français pendant ce tournoi. Vous qui avez été entraîneur de jeu au pied de l’équipe de France, quel est votre avis à ce sujet ?

G.Q : “Je crois que les sélectionneurs avaient le choix entre prendre de bons buteurs mais qu’ils sentaient moins prêts dans le jeu pour accéder à l’équipe de France ou de prendre ceux qu’ils estimaient bons pour leur jeu même s’ils ne butent pas en club. C’est le cas de Maxime Machenaud, Jean-Marc Doussain, Jules Plisson ou Rémi Talès. Des joueurs qui ne sont pas premiers choix comme buteurs en clubs mais qui peuvent buter. Donc il y a forcément un petit risque mais je crois que, dans l’ensemble, ils ne s’en sortent pas trop mal, surtout Machenaud et Doussain qui ont tenu ce rôle-là. Pour des joueurs qui ne butent pas chaque week-end en club, se retrouver avec cette responsabilité en équipe de France est quelque chose de difficile et ils ne s’en sont pas mal sorti.”

Lath. : Aujourd’hui, il n’y a plus d’entraîneur de jeu au pied en équipe de France. Est-ce que vous pensez que ça manque ?

G.Q : “Dans la façon qu’on avait de s’organiser avec le staff précédent, il y avait un vrai intérêt, une logique et une pertinence dans le travail et le suivi tout au long de l’année des joueurs comme dans la progression et dans l’accompagnement. Je crois que ça avait donné de bons résultats. Les joueurs et le staff étaient plutôt satisfaits. Après, j’étais disponible, j’aimais ça et je m’étais formé pour. Je crois que j’avais la capacité pour tenir ce rôle là, ainsi que l’envie et la motivation. Aujourd’hui y a-t-il d’autres postulants qui ont cette motivation, cette spécialisation et ces compétences et qui sont disponibles ? Je ne sais pas. 

C’est un peu un ensemble. Je ne crois pas que la suppression de ce poste soit la volonté du staff parce qu’en début de mandat, Philippe Saint André m’a proposé de rester. Donc je pense que, pour lui, c’est quelque chose d’important, mais qu’ils n’ont pas trouvé la personne idéale. En France, il n’y a que très peu d’entraîneurs qui veulent se spécialiser dans le jeu au pied. Ils préfèrent souvent travailler sur l’ensemble du jeu et, de fait, il n’y a pas trop de spécialistes. C’est sans doute pour ça qu’il n’y a plus personne en équipe de France.”

Lath. : Le rugby français étant assez conservateur, il n’y a jamais eu de sélectionneur étranger à la tête de XV de France. Certains supporters commencent à dire qu’ils vous verraient bien à ce poste. C’est flatteur, non ?

G.Q : “Oui, on m’a dit que sur certains forums de discussions, il y avait des supporters qui en parlaient. Évidemment, oui, c’est très flatteur. Mais mon présent, c’est surtout le Stade Français et je suis très heureux de l’opportunité qui m’a été donnée. Après, je ne connais pas les intentions de la FFR, mais je pense qu’à l’avenir il y aura sûrement un projet avec un entraîneur français.”

Lath. : Vous êtes passé par le staff du XV de France et le Racing Métro, et maintenant vous êtes au Stade Français. Vous avez laissé l’image d’un entraîneur avant tout d’un fin psychologue et très proche de ses joueurs. Même si c’est une image flatteuse, n’est-ce pas vexant qu’on ne parle jamais de vos qualités de technicien et de votre connaissance du jeu ?

Gonzalo Quesada : “Je ne sais pas trop. Je m’en moque un peu en fait. Quand j’étais joueur, on parlait surtout de moi comme buteur, mais assez peu comme joueur. Et ça ne me dérangeait pas. 

Pour moi, un bon entraîneur doit être un bon technicien, un bon stratège et un bon meneur d’hommes. Aujourd’hui, c’est vrai que je lis souvent qu’on me met plus une étiquette de meneur d’hommes et qu’on parle moins de mon travail de technicien. Mais ça ne me dérange pas. L’important, c’est avant tout que les joueurs ressentent que ce que je leur apporte est pertinent, qu’ils aiment venir à l’entraînement, jouer et s’épanouir au quotidien. Pour cela, il faut tout autant leur amener une vie de groupe et un état d’esprit qu’un système offensif et un système défensif.  Donc j’essaie de bosser tous ces aspects.”

Lath. : Beaucoup de managers de Top 14 comme Laurent Labit et Laurent Travers au Racing, Fabien Galthié à Montpellier, ou même vous qui avez fait d’importantes études (2), ont travaillé en entreprise et y ont affiné leur savoir sur le management d’équipe. Qu’apporte le management d’entreprise appliqué au rugby ?

G.Q : “Je crois qu’en management, la gestion des hommes et la dynamique de groupe seront les mêmes dans un groupe de militaires, une entreprise, un club de football, de rugby ou de basket… Peu importe. A partir du moment où il y a un groupe qui doit interagir, avec une performance à réaliser ensemble et des objectifs communs, les enjeux, le fonctionnement et les mécanismes sont toujours les mêmes. Donc, évidemment que se former au management en entreprise donne d’autres angles pour créer une dynamique de groupe, des stratégies pour la réussite d’objectifs ou travailler en équipe. Personnellement, ça m’a beaucoup apporté.”

Lath. : Tous ces managers issus de l’entreprise ont commencé leur carrière de joueur dans le rugby amateur. Hors, de plus en plus de joueurs qui finissent leur carrière sont des joueurs qui n’ont connu que le rugby professionnel. Ne craignez vous pas que ces managers issus du monde de l’entreprise soient voués à disparaître ?

G.Q : “En effet, c’est bien vu. Avoir vécu dans les deux mondes puisque j’ai été joueur amateur m’a permis aussi de voir les similitudes qu’il peut exister entre les deux mondes. Notamment le fait que le moteur de l’équipe passera toujours par les mêmes valeurs : l’engagement, l’exigence, l’humilité… sont toujours des valeurs qui font fonctionner une équipe mon vécu d’amateur me permet d’avoir cette ouverture. Mais les joueurs actuels ayant quasiment tous commencé dans le monde pro très jeune, il est en effet probable que ce sera aussi le cas de beaucoup de managers à l’avenir. Et c’est dommage, car c’est une plus value intéressante. Peut-être même plus importante que les connaissances acquises en entreprise.”

Lath. : Concernant le Stade Français, c’est la dernière ligne droite de la saison avec les phases finales en vue. Quels sont vos objectifs ?

G.Q : “Nous n’avons gagné qu’un seul de nos quatre derniers matchs et pris seulement quatre points. Du coup, on a perdu le petit matelas de point qu’on avait réussi à constituer. Nous sommes dans une situation tendue et sous pression et nous allons tout faire pour sortir deux matches contre Toulouse et le Racing pour nous remettre sur une bonne dynamique. Si nous y parvenons, nous serons très proches de notre objectif qui est d’être dans les six premiers. Mais si nous faisons un faux pas, alors ce sera très dur et nous devrons batailler jusqu’à la dernière journée.”

Lath. : Vous avez une équipe assez jeune, avec beaucoup de joueurs issus du centre de formation du stade Français, comme Alexandre Flanquart, Jules Plisson ou Hugo Bonneval. Ce sera probablement leur première phase finale, les sentez-vous aptes à s’élever à ce niveau là ?

G.Q : “Déjà, je me dois de les pousser à atteindre la qualification en phases finales. Et si on y accède, je me concentrerais sur le fait de les aider à bien vivre cette situation nouvelle pour eux. Pour l’instant, l’heure est plus à la préparation pour gagner les matchs nécessaires à la qualification, qu’à s’adapter aux phases finales. Du coup, je préfère attendre.”

 

(1)   Les joueurs du stade Français sélectionnés pour le tournoi ont été : Pascal Papé, Rabah Slimani, Jules Plisson, Alexandre Flanquart, Antoine Burban et Hugo Bonneval.

(2)   Il a passé un diplôme universitaire en sciences économiques avant de quitter l’Argentine, et possède un diplôme de préparation mentale.

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017