Jean-Louis Le Touzet

Reporter de guerre, plume historique du cyclisme à Libération et auteur de Un vélo dans la tête (compilation de ses meilleures chroniques), Jean-Louis Le Touzet évoque ses souvenirs, l’évolution du traitement du récit sportif et ses sentiments ambivalents pour Lance Armstrong.   Lathlète.fr : Pour un reporter comme vous qui traite de politique en sus du sport, … Continuer la lecture de « Jean-Louis Le Touzet »

Par Didier Guibelin Publié le samedi 01 avril 2017

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Conversation

Reporter de guerre, plume historique du cyclisme à Libération et auteur de Un vélo dans la tête (compilation de ses meilleures chroniques), Jean-Louis Le Touzet évoque ses souvenirs, l’évolution du traitement du récit sportif et ses sentiments ambivalents pour Lance Armstrong.

JLL

 

Lathlète.fr : Pour un reporter comme vous qui traite de politique en sus du sport, on imagine que le Tour n’est pas loin d’être un moment de détente même studieux?

Jean Louis Le Touzet : “J’ai toujours pris ça comme quelque chose de très sérieux. Les gens me disent que je me suis beaucoup amusé ou que je partais en vacances sur le Tour… C’est évidemment plus léger que les sujets que je traite aujourd’hui. Mais j’ai avant tout fait ça avec beaucoup d’appétence et de goût. Parce que j’ai aussi été très soutenu par un certain nombre de mes confrères qui ont tout de suite vu que cette façon d’écrire un peu différente était une façon d’écrire qui accrochait et provoquait de l’étonnement au départ. Ca allait chercher une liberté assez nouvelle de raconter le Tour, surtout suite aux affaires de dopage. Il convenait à ce moment là d’adopter une écriture un peu différente. Elle a été modifiée avec le temps et j’imagine qu’elle s’est un peu patinée. Elle a aussi tourné un peu en rond ces dernières années parce qu’il est difficile de se renouveler. Surtout qu’à partir de 2010, j’ai quitté le service des sports de Libération pour intégrer le service étranger avec une actualité tout à fait différente à traiter.

Cela créait un grand pont entre l’actualité que je couvrais toute l’année, notamment les révoltes arabes en Libye, Syrie ou Egypte, et la nécessité de me redécaler dans ma propre histoire pour suivre le Tour pendant trois semaines. Donc c’était un exercice un peu périlleux qui nécessitait dans les semaines précédant le Tour de me remettre à ce style d’écriture ainsi que de me replonger dans mes propres archives cyclistes. Même si j’étais resté un lecteur assidu de L’Équipe, ce qui est moins le cas aujourd’hui et je le regrette. Mais ces années là, qui étaient doubles car j’alternais entre la vie de reporter de guerre et cette parenthèse du Tour de France que l’on peut considérer comme enchantée, étaient difficilement conciliables à long terme. Pour une raison principale : je m’absentais trois semaines que je prolongeais ensuite avec trois semaines de vacances. Je me retrouvais de fait absent six semaines de mon propre service avec une actualité internationale qui continuait à vivre pendant ce temps là. Cela rendait compliquée la gestion du service étranger.

Pour en finir, sur cette question, oui, on peut qualifier ça de parenthèse enchantée ou studieuse. Parenthèse aussi parfois compliquée sur les dernières années où je me retrouvais seul sur le Tour avec toute la logistique à gérer et la voiture à conduire. Ce qui représente 6000 kilomètres et 96 heures passées dans la voiture. On peut donc considérer que j’y vivais dedans, avec toutes les contraintes que ça suppose. Tout en restant disponible pour mes proches et pour le service étranger qui restait mon service de rattachement et, de fait, ma priorité. Les premiers jours du Tour étaient assez compliqués. Mais je redevenais rapidement un journaliste de sport à part entière. Et ce qualificatif de journaliste sportif qui me chagrinait un peu au début, parce que je trouvais qu’il amoindrissait la fonction, j’en reste terriblement fier, au bout du compte.”

Lath. : On constate depuis quelques années l’avènement d’une presse sportive décalée avec plus de recul comme Desports ou So Foot et ses déclinaisons dans d’autres sports que sont Pédale et, bientôt, Tampon. Est-ce que le fait d’avoir alterné sport et politique et d’avoir toujours écrit d’une manière un peu novatrice ne fait pas de vous une sorte de précurseur à ce niveau ?

J-L.LT: “Je me suis rendu compte que quand on écrit d’une manière novatrice, on ouvre une brèche dans un journal tel qu’était Libération à mes débuts où le sport était quasi négligeable. Le Tour est ensuite devenu important puisque l’on sortait un supplément de douze pages et que l’écriture sportive y a pris de plus en plus de place. Dans cette écriture là, il fallait aussi, notamment en réaction à l’affaire Festina et à toutes les affaires de dopage qui ont suivi, trouver une manière différente d’écrire tout en restant attaché à la culture sportive mais en conservant cette part de doute par rapport aux victoires et à ce qu’on était amené à voir. Cela revenait à avancer tel un funambule pendant trois semaines et à dire aux coureurs, d’une certaine manière, « Je vous aime bien, mais je ne suis pas dupe de ce que vous me racontez. » C’est difficile de garder l’équilibre entre ces deux postures et on risque souvent de se casser la figure. On m’a d’ailleurs reproché plusieurs fois de ne pas aimer le vélo. Alors que la culture cycliste me renvoie à ma propre enfance de fils de cantonnier, né dans les Côtes-d’Armor, venant d’un milieu agricole et donc totalement immergé dans la culture cycliste qui était dominante en Bretagne à cette époque. Je crois donc que me reprocher de ne pas aimer le vélo, c’est me faire un mauvais procès. Ces reproches ont fini par s’estomper rapidement avec le temps.

Mais il n’en reste pas moins vrai qu’être considéré comme un précurseur d’une écriture nouvelle…je pourrais évidemment le prendre comme le plus bel hommage qui soit par rapport à mon travail. Après, je ne suis pas forcément un précurseur mais on peut considérer que mon travail a donné un ton nouveau. Et peut-être que ce ton là a été pris ensuite par So Foot, puis Pédale. Desports, c’est différent, dans la mesure où il s’agit avant tout de faire des textes à l’extrême long cours sur des sujets que l’on ne pouvait pas toucher parce qu’on avait l’impression de casser cette mécanique d’horlogerie du récit et de le fragmenter. C’est pour cela que Desports est intéressant, et Pédale un peu aussi d’ailleurs, parce qu’il donne des espaces beaucoup plus longs que le journalisme traditionnel. On ne saurait nier que la forme habituelle du récit sportif est aussi contraignante par les dimensions qu’elle impose et la nécessité de rentrer dans un cadre et de rogner parfois les textes que j’écrivais.

Maintenant si des gens estiment que mon travail a donné le “La” ou une tonalité que l’on retrouve aujourd’hui dans ces écritures nouvelles, je le prends bien volontiers comme un hommage à ce que j’ai fait.

Pour en finir sur les formats que l’on peut trouver dans le récit sportif, on peut s’apercevoir que le format traditionnel du journalisme de sport est en train d’être modifié. Notamment avec le principe des tweets que je trouve tout à fait intéressant. Je suis très admiratif de certains tweetos (utilisateurs de l’application Twitter) qui, avec un format d’écriture pourtant très compressé, arrivent à faire passer malgré tout une grande quantité d’informations. Tout comme l’on trouve aussi des articles que l’on peut considérer comme calibrés pour l’écriture sur le web. On voit donc disparaître une écriture plus ancienne dans laquelle je m’étais coulé, mais que l’on peut imaginer qu’elle puisse ressortir quelque part.”

Lath. : La télévision a fait perdre une partie de son côté épopée au tour. Mais, plus généralement, n’a-t-elle pas fait de même avec tous les sports en y enlevant la part d’imaginaire que la radio et l’écrit lui donnaient? On peut par exemple évoquer les tournées du XV de France dans l’Hémisphère sud dont le côté romanesque fut magnifié par la plume de Denis Lalanne. 

J-L.LT: “C’est probable. Je pense que l’image a indiscutablement modifié l’écriture sportive, ça me semble évident. Je me rappelle que, quand j’ai commencé dans ce métier, on suivait ce sport quasiment sans image puisque nous étions au cœur de la course avec Radio Tour pour seul repère. Nos seules infos étaient donc le son et les renseignements un peu parcellaires que la radio nous laissait et nous n’avions que cela pour, une fois arrivés en salle de presse, reconstituer le récit de la course. Aujourd’hui, avec la télévision, je n’irais pas jusqu’à dire que l’on nous mâche le travail, mais c’est un peu l’idée.

Surtout, la seule reconstruction de la course via les infos de Radio Tour donnait une dimension d’écriture qui était plus fantasmagorique qu’aujourd’hui et faisait travailler l’imaginaire, tout comme les paysages traversés. Or, aujourd’hui, pour des raisons propres au Tour, à sa grandeur et à son souci légitime de sécurité, les suiveurs ne sont plus dans la course. Or c’est une chose de sentir la course quand on est dedans. L’odeur du goudron, le machefer des freins, frôler les coureurs, être dans la course, en sortir, y re-rentrer… avant de filer en salle de presse, c’est très différent du fait de suivre la course sur un écran géant depuis cette même salle de presse comme cela se fait désormais. Il y a aujourd’hui une certaine passivité de la part des écrivains de sport. Je le vois à travers la modification de ma propre perception du travail d’écriture. C’est un peu dommage en effet… Cette écriture que l’on a connue à travers les récits de Denis Lalanne auquel tu faisais allusion, comme les récits de Chany, de Blondin ou même ceux de Philippe Brunel aujourd’hui, tend à disparaître.

Les vagues de la communication sont en train d’effacer toutes les traces laissées sur la plage. Et c’est un peu normal. Mais je suis aussi mélancolique de cette écriture là qui rendait compte d’un phénomène que personne ne voyait, au fond.

Et puis, par ailleurs, je pense que ce qui a modifié la perception de l’écriture, c’est aussi les affaires de dopages qui ont écartelé la famille des suiveurs. Cette confiance et cette proximité un peu trop dangereuse avec les coureurs et leur entourage, ont rendu au récit cycliste cette proximité qui devait exister. Mais elle existe aussi dans d’autres sports, dans d’autres récits. Mais comme le dit l’adage journalistique : « Plus tu es proche de ta source, plus tu brûles. Plus tu es loin, plus tu es froid. » Et c’est le dilemme de tout journalistique qui consiste à ne pas trop s’approcher de sa source au risque de s’y intoxiquer et de s’y compromettre. Mais à ne pas non plus s’en éloigner au point de ne plus la voir.”

Lath. : N’avez-vous pas l’impression que ce qui s’est passé ces dernières années avec l’équipe de France de football, avec les affaires de Knysna et autres, a été chez les journalistes de foot l’équivalent de l’affaire Festina chez les journalistes de cyclisme notamment avec les problèmes de proximité que certains ont dénoncé?

J-L.LT: “C’est le problème de tous les journalistes de sport. Cette proximité qui peut sembler satisfaisante pour celui qui la vit. Cela permet de briller en société en disant : « Je connais, untel… ». Mais qu’est-ce que cela apporte au travail journalistique à proprement parler et au rendu donné au lecteur ? Je ne suis pas sûr que cette approche étroite, qui peut d’ailleurs finir par devenir gênante pour les acteurs, soit indispensable. Je me suis aperçu, notamment pendant les années Armstrong, qu’être un pas en arrière ou un pas de côté par rapport à lui n’avait pas changé ma perception du phénomène et ma capacité à le retranscrire.

Je me souviens que, dès 1999 avec le premier exploit légendaire d’Armstrong sous la pluie lors de l’arrivée au sommet à Sestrières, où l’on voyait cet homme sorti de nulle part tel Lazare sortant du tombeau, beaucoup avaient compris l’escroquerie formidable qui se cachait derrière cet homme. Ce qui n’a pas, pour autant, changé ma perception. On peut avoir pour Armstrong, cet escroc, des sentiments en se disant qu’il a tenu le récit cycliste pendant sept ans.

Je lui ai parlé quelques fois, on s’est croisé… J’ai une anecdote d’ailleurs lors d’une arrivée dans le Berry où je me trouvais dans le même hôtel que l’équipe US postal. Et je vois Armstrong monter l’escalier en colimaçon de l’hôtel avec, devant lui la chanteuse Sheryl Crow qui était sa compagne à l’époque. Et là il me regarde avec le pouce levé et l’air entendu en lui mettant la main aux fesses. Ce qu’on pouvait traduire par : « Écris ce que tu veux à mon sujet, mais, ce soir, c’est moi qui couche avec elle et je t’emmerde. » Ce sont des faits annexes qui mais qui restent et qui font partie de l’histoire. Honnêtement, j’ai trouvé qu’il était extrêmement drôle et gonflé.”

Lath. : Le cyclisme sur route garde l’image de sport symbole du dopage. N’est-ce pas injuste quand on voit la quantité de contrôles positifs ailleurs, notamment en athlétisme ?

J-L.LT: “Je dois t’avouer que, plus c’était trouble et dopé, plus le récit était fructueux. Je n’ai jamais pris le vélo comme point culminant d’une morale sportive à laquelle je n’ai jamais cru. En revanche, j’ai toujours cru que ces coureurs, que le monde du sport et en particulier ce sport-là, n’ont pas été modifiés par la triche. Ils sont totalement consubstantiels de l’homme. C’est à dire qu’ils sont tellement humains… Et, au fond, du point de vue du récit, je peux considérer que ces histoires en cascades étaient une sorte de bénédiction du scénario qui nous offrait quelque chose de nouveau chaque jour. Cela a permis au récit de tenir. Je suis extrêmement redevable à Armstrong d’avoir tenu le récit cycliste en haleine si longtemps. Ces sept années d’imposture furent un drame pour mes confrères, alors que j’en garde le souvenir de sept ans de joie sans cesse renouvelée. On peut en citer d’autres, comme Floyd Landis, Rasmussen, Vinokourov… Mais ce n’est pas pour ça que je suis parti ni que j’ai blâmé le Tour. Peut-être que la dernière année d’Armstrong, c’était tellement compliqué de vivre dans le mensonge que cela devenait un peu pénible pour le suiveur que j’étais. Mais, au fond, une fois que je suis parti, dès le mois d’octobre, il me manquait et il fallait que la saison reprenne. J’attendais avec impatience le Tour suivant. Parce que ce personnage tenait le sport dans une imposture sublime et dans ce qu’elle avait de plus incroyable. Tout le monde, y compris la société du Tour au moment où Armstrong a fait son retour, s’est précipité pour lui dérouler le tapis rouge. Certes, probablement en se pinçant un peu le nez, mais le tapis rouge tout de même. Après l’annonce de son retour, on ne parlait que de ça toute l’année. La preuve que ce type a terriblement marqué l’histoire du Tour et la marque toujours. Car, pour tenir aussi longtemps, il faut d’abord avoir des réseaux et aussi se comporter comme un parrain et surtout être très intelligent. Au fond, il n’a jamais été pris sur le fait et pouvait dire de bon droit pendant des années : « Ce que vous racontez sur moi, c’est de la foutaise. » Mais il y avait ce phénomène mécanique qui faisait que, dès 1999 on savait que ça ne pouvait pas marcher. Quelque part, j’étais dans une situation complètement minoritaire car j’écrivais des textes grinçants à son sujet. Je n’étais pas dans le ton majoritaire qui insistait sur la résurrection de ce malade presque mort qui finit par gagner la plus grande course au monde.

C’est pour ça que ce personnage est totalement emblématique de ces années là. Aujourd’hui, les choses différentes, mais les années Armstrong ont été pour moi des années fructueuses. Il était au Tour ce qu’est le showrunner à une série télé. Il nous apportait la matière journalistique chaque jour. Je lui en suis redevable car tu ne mords pas la main de celui qui te nourrit.

D’autre part, n’y ayant jamais cru, je ne pouvais pas me retrouver dans la situation du cocu magnifique. Mais je ne blâme pas pour autant ceux qui sont tombés dans les panneau et qui y ont cru, même modérément. Mais toute la difficulté dans cette histoire, consistait à voir quelque chose tous les jours et à écrire son contraire. Mais la situation était plus compliquée pour Libé car nous étions dans une écriture fantaisiste par rapport à ce que l’on trouvait ailleurs. Personne de sensé ne pouvait croire une seconde ce qui se passait sous nos yeux. Mais c’était magnifique d’imposture de drôlerie, de cocasse, d’inattendu et de farce.”

Lath. : Plus largement, on a l’impression que les idées reçues gouvernent l’opinion des gens sur les sportifs. On a vu récemment par exemple que l’affaire des paris truqués a à peine entamé le crédit des handballeurs avec beaucoup de gens prêts à leur pardonner avant même le verdict. Alors qu’à côté de ça, on traite toujours les cyclistes de dopés et qu’on l’on tombe à bras raccourcis sur les footballeurs au moindre écart…

J-L.LT: “C’est choquant dans la mesure où l’on catégorise les sports. Alors qu’on peut tout à fait considérer que, tout meilleur joueur du monde qu’il soit, Karabatic s’est comporté comme un idiot complet. Que la justice doit passer, et que s’il doit être sanctionné, il le sera. Je ne pense pas que cette catégorisation des sports soit une bonne chose. Ca nous rassure de dire ça. Parce qu’au fond, sur un peloton de cent coureurs où 85 avaient trempé dans la gamelle, il y avait aussi ceux qui n’y avaient pas touché. Que ce soit pour des raisons morales, ce qui est peu probable. Mais aussi pour des raisons financières car n’ayant pas les revenus suffisants pour accéder aux meilleurs médecins et aux meilleurs traitements. Combien auraient voulu mais n’en ont pas eu les moyens ? Donc, c’est pour ça que c’est un sport extraordinaire.

Il faut arrêter de voir le sport à travers cette morale à géométrie variable. Le sport, c’est des gens comme toi ou moi qui jouent au tennis ou préparent courageusement un marathon.

Mais le sport pro a une dimension totalement hollywoodienne qui nous échappe par la manière dont il est mis en scène. Mais je reste aussi totalement admiratif de ce que sont les cyclistes, mais pas dupe pour autant de ce qu’ils ont pu être à un moment donné…”

Lath. : Le coût des spectacles sportifs est toujours plus élevé. Le cyclisme, avec sa gratuité, n’est il pas le dernier sport vraiment populaire ?

J-L.LT: “La gratuité est une dimension essentielle de l’histoire du Tour. Le phénomène de la découverte de paysage, ou de redécouverte pour ceux, comme certaines étapes de montagne qu’on a déjà passées plusieurs fois, a joué aussi. Cela a inscrit le vélo dans un patrimoine et une histoire. Même si les étapes, voire les grands départs, à l’étranger font dire à certaines personnes que le Tour de France n’est plus le Tour de France.

La dimension populaire est à voir dans deux sens, ceci dit. Est-ce que les coureurs sont issus des milieux populaires comme c’était le cas il y a quelques années ou quelques dizaines d’années ? Des enfants du monde paysan ou du monde ouvrier ? On peut constater que beaucoup de coureurs actuels sont issus d’un milieu tertiaire et de la classe moyenne. Cette dimension est assez nouvelle chez les coureurs français. D’autre part, la gratuité du spectacle n’empêche pas les coureurs cyclistes de bien gagner leur vie.

D’autre part, on peut voir chez les populations qui suivent le Tour que ces dernières sont souvent quinquagénaires ou sexagénaires sur les étapes non montagneuses. Même s’il est difficile d’en tirer des conclusions car cela relèverait presque de l’étude sociologique. Le public du Tour a, à mon sens, tendance à vieillir. On voit peu de 20-35 ans, même si on voit des hordes de jeunes, notamment hollandais à l’Alpe d’Huez, par exemple. Mais cela reste un phénomène très ciblé sur certaines étapes clés. Après, si on s’intéresse au public de téléspectateurs du Tour, les études nous apprennent que ceux-ci sont majoritairement âgés. Voir un public vieillissant est un danger. Surtout que le Tour est l’arbre qui cache la forêt par rapport à d’autres courses beaucoup moins suivies. »

Par Didier Guibelin Publié le samedi 01 avril 2017