Josuha Guilavogui

Depuis son départ en Espagne, Josuha Guilavogui reste discret. Son temps de jeu réduit à l’Atletico Madrid, sa grosse blessure et son prêt à Wolfsburg l’ont incité à travailler à l’ombre des projecteurs. En deux ans, et de son propre aveu, l’homme a changé. Il a décidé, pour Lathlète.fr, de montrer son nouveau visage et … Continuer la lecture de « Josuha Guilavogui »

Par Florian Gautier Publié le mardi 31 mars 2015

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Conversation

Depuis son départ en Espagne, Josuha Guilavogui reste discret. Son temps de jeu réduit à l’Atletico Madrid, sa grosse blessure et son prêt à Wolfsburg l’ont incité à travailler à l’ombre des projecteurs. En deux ans, et de son propre aveu, l’homme a changé. Il a décidé, pour Lathlète.fr, de montrer son nouveau visage et de revenir sur ses deux années compliquées. Sans oublier Saint-Étienne et l’Équipe de France, Guilavogui s’explique.           

     guila

Lathlète.fr : Comment vous sentez-vous physiquement et psychologiquement après deux années mouvementées ? 

Joshua Guilavogui : “C’est sur que, physiquement, j’ai eu pas mal de soucis l’année dernière. Des problèmes que je n’ai jamais eus avant. Avant d’être prêté à Saint-Étienne, j’avais connu quelques lésions musculaires, plus ou moins importantes, ce qui m’a surpris : mais à Saint-Étienne, je me suis fait une déchirure de quinze centimètres. C’était ma plus grosse blessure, que ce soit depuis le centre de formation ou mes premières années professionnelles. Je n’avais jamais eu ça. J’ai pu apprendre, qu’à partir du moment où dans la tête on réfléchit et on n’est pas bien, ça se joue sur le corps.” 

Lath. : Racontez-nous votre départ à Madrid, votre retour à Saint-Étienne, puis votre prêt en Allemagne. 

J.G : “Tout d’abord, il faut savoir que ce n’était pas prévu que je parte à l’Atletico Madrid. Ce n’était pas dans mon plan de carrière à long terme, ni même à court terme. Normalement, on avait vu, avec mes anciens représentants et le club de Saint-Étienne, qu’après mes premières sélections en Équipe de France, je devais continuer avec le club et ensuite partir. Mais au moment où l’on ne se qualifie pas pour l’Europa League, tout a changé.” 

Lath. : C’est à ce moment là que vous avez fait votre choix ?

J.G : “Avec le temps, je réfléchis beaucoup à ce choix. J’en parlerai plus tard parce qu’il y a encore quelques énigmes. Je ne veux pas dire que c’est la faute d’untel ou untel, parce que c’est moi qui ai signé et que je suis un grand garçon. Mais c’est sur, j’aurais dû réfléchir, me montrer plus attentif et plus patient quant à ce transfert qui s’est très vite déroulé : il s’est fait en 48 heures. Je reviendrai en temps et en heure. Pour l’instant, je ne veux allumer personne, ce qui pourrait aller à l’encontre de ce que je fais. Je suis quelqu’un de réfléchi et pour régler un problème, j’attends de voir toutes les personnes. Et ce n’est pas encore fait.”

Lath. : Pourquoi avoir accepté d’aller jouer en Allemagne ? 

J.G : “Cet été, j’ai eu le choix. J’aurais pu aller dans plusieurs clubs, notamment Benfica où j’ai rencontré les dirigeants. Mais mon premier choix avait été Wolfsburg, club qui me suit depuis deux ans. À l’époque, je n’avais pas rallié ce club parce que ce n’était pas prévu et que Wolfsburg avait terminé quinzième au classement. Après avoir connu mes premières sélections en Bleus, je ne me voyais pas partir dans un club que je ne connaissais pas très bien à l’époque. C’était vite vu dans mon esprit. 

Mais le discours du coach et du directeur sportif m’a séduit. C’est un club dans lequel je peux avoir du temps de jeu et je peux m’exprimer. Ce club peut m’aider à atteindre mes objectifs personnels.”

Lath. : Quelles sont les différences de mentalité entre ces trois clubs (Saint-Étienne, Atletico Madrid, Wolfsburg) ? 

J.G : “Saint-Étienne, ça a été, et ça restera mon club de coeur, car c’est là-bas que je me suis construit en tant que footballeur mais surtout en tant qu’homme : j’y suis arrivé à 14 ans et demi et j’y suis reparti à 22 ans. J’ai passé mes plus belles années de ma vie là-bas : le centre de formation, mon premier appartement, le permis, les premiers matchs en professionnel. C’était tout simplement merveilleux. 

Quand je suis arrivé en Espagne, c’était plus difficile parce que je ne parlais pas la langue et que je n’avais pas coché la case Espagne dans mon projet à court terme. J’en avais fait à l’école mais je ne maitrisais pas très bien la langue. Mais c’est un grand club qui a tout fait pour me mettre très rapidement à l’aise. Au début, j’étais sur la défensive, j’avais beaucoup de doutes quant à mon intégration dans un grand club, je ne connaissais que quelques joueurs avec un grand passé ; mais honnêtement, ça s’est très bien passé. L’Espagne est un pays qui vit pour le football. La mentalité espagnole se rapproche beaucoup de ma culture africaine. Ce sont des personnes joyeuses : à l’entraînement, il y a souvent de la musique, c’est festif. Ça m’a agréablement surpris. 

Mon arrivée en Allemagne ? C’est tout ce qu’on peut penser de l’Allemagne ! Nous, Français, on a une vision de l’Allemagne qui est stricte, droite et carrée, et c’est tout à fait ça. Pour mettre à l’aise un joueur, ils ont vraiment tout ce qui faut. Il y a une personne qui vous aide à trouver votre maison, une autre qui vous aide à trouver des cours d’allemand – en Espagne, j’avais trouvé moi-même mes professeurs avec l’aide du préparateur physique – ce qui est quasiment une obligation. C’est le club me qui paye mes cours, à raison de deux fois par semaine. Les stades sont magnifiques et les infrastructures sont exceptionnelles.”

Lath. : Dominique Rocheteau m’a transmis un message à votre attention : « Nous suivons ses matchs attentivement et il fait toujours partie de la famille stéphanoise. » Qu’avez-vous envie de lui répondre ?

J.G : “Il faut savoir, qu’avec Dominique Rocheteau, j’ai toujours eu de très bons rapports. Lorsque je suis revenu en prêt, au début, c’était pas facile. Le coach, le président, et Dominique, avec qui j’ai pu échanger, ont fait en sorte que je revienne à Saint-Étienne. À la base, quand vous partez dans un grand club et que vous n’y jouez pas…je me voyais mal revenir au bout de six mois, la queue entre les jambes et dire : « oui, bah, ça s’est pas très bien passé. » Mais ces personnes là ont su trouver les mots justes pour me faire revenir. C’est vraiment touchant, ça ne m’étonne pas de lui. C’est un grand monsieur qui partage des valeurs qui m’ont été transmises dans l’institution ASSE. Je le remercie.”

Lath. : La Ligue 1 est-elle, sur le plan du jeu, une compétition inférieure à la Bundesliga ou la Liga ? 

J.G : “Honnêtement, cette caractéristique là, je ne la comprends pas forcément. C’est vrai que, quand vous comparez l’indice UEFA, la France est inférieure. Mais je pense que, lorsqu’un joueur étranger vient en France, avec la dimension notamment du PSG, ils peuvent être critiqués par rapport à leur rendement plus faible qu’auparavant : cela veut dire que la Ligue n’est pas si faible que ça. À l’heure d’aujourd’hui, les attaquants français qui évoluent en France marquent autant de buts que les attaquants étrangers venus en France. Cette statistique témoigne de la véracité de la force de la Ligue 1.” 

Lath. : L’Euro 2016 approche à très grand pas. Dans quel état d’esprit êtes-vous par rapport à cet événement et par rapport au groupe France ?

J.G : “C’est vrai que, comme tu l’as dit, le groupe France est assez consolidé. Ils ont fait une très belle Coupe du Monde. C’est sur qu’il y a un bon groupe. Mais je pense que je peux me battre pour avoir une place. C’est un objectif, car il faut se fixer des challenges, sinon on régresse vite. Ça passe par beaucoup de sérieux. J’ai vécu une dernière année très difficile avec mon temps de jeu réduit et ma blessure, et même au niveau personnel. Cette année là, j’ai mangé mon pain noir et j’ai beaucoup grandi. Maintenant, je viens une heure et quart avant l’entraînement pour travailler en salle et me construire un nouveau corps. Ce sont des ingrédients que je mets de mon côté pour pouvoir prétendre à une place en Équipe de France. J’ai eu quelques sélections, et ça ne fait pas de moi un membre à part de ce groupe. Je suis toujours nouveau.” 

Par Florian Gautier Publié le mardi 31 mars 2015