Kévin Staut

Cavalier français émérite, Kévin Staut vise toujours plus haut. Son palmarès parle pour lui : Champion d’Europe à titre individuel (2009), Vice-Champion du monde par équipes (2010), Vice-Champion d’Europe par équipes (2011)… pour ne citer que ces principaux faits d’arme. L’équitation mérite une visibilité médiatique à la hauteur de son histoire et c’est lui qui … Continuer la lecture de « Kévin Staut »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

Cavalier français émérite, Kévin Staut vise toujours plus haut. Son palmarès parle pour lui : Champion d’Europe à titre individuel (2009), Vice-Champion du monde par équipes (2010), Vice-Champion d’Europe par équipes (2011)… pour ne citer que ces principaux faits d’arme. L’équitation mérite une visibilité médiatique à la hauteur de son histoire et c’est lui qui le dit. 

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Lathlète.fr : Racontez-nous votre parcours

Kévin Staut : “Je ne suis pas issu d’une famille du monde du cheval : j’ai donc commencé  l’équitation assez tard (entre 10 et 11 ans). Ce n’était pas forcément pour le sport en lui-même car j’étais plus attiré par l’animal. Le côté fusionnel avec l’animal m’a incité à m’en rapprocher (le brosser, par exemple), plutôt que de lui monter dessus. Cela prend du temps, c’est un certain investissement : d’autant plus, lorsque mon grand-père m’en a acheté un, il a fallu justifier ces moyens de temps et d’argent. J’ai donc commencé à faire de la compétition : entre 16 et 17 ans, je suis devenu un compétiteur dans l’âme. Ensuite, cela a été très vite : à 17 ans, j’ai voulu en faire mon métier et j’ai crée ma société un an plus tard. Je suis devenu prestataire de services pour beaucoup d’écuries et j’ai voyagé pour monter des chevaux de différents propriétaires : je ne dirais pas que c’est novateur, mais ça se rapproche du système des courses, où un jockey peut monter pour plusieurs propriétaires. J’avais ma selle, mes bottes, et je me suis baladé là où il y avait des bons chevaux.”

Lath. : Quelle relation entretenez-vous avec vos chevaux ? Quel est celui qui a le plus d’avenir ? 

K.S : “Le côté fusionnel qui m’a fait mettre un pied dans ce monde est toujours intact. Comme j’ai travaillé pour des propriétaires et des marchands, je n’ai pas eu le temps de m’attacher aux chevaux car il y avait un gros roulement : soit ils étaient vendus, soit ils changeaient de cavalier. Aujourd’hui, j’ai trouvé des propriétaires formidables qui veulent miser sur le sport et une longue carrière : je me fais un peu plus au côté sentimental de ce sport. Il y a une jument, qui s’appelle Silvana, qui est extraordinaire : c’est l’un de mes coups de coeur avec Kraque Boom. 

Lath. : Quel est votre programme en une saison ? 

K.S : “Je participe à des concours tous les week-end : j’ai la chance d’avoir des chevaux de très haut niveau. Même en respectant leur intégrité physique, je peux aller tous les week-end en compétition. Mais il n’y a pas vraiment de règle. Il y a deux circuits bien distincts : le circuit extérieurnet le circuit indoor. On a six mois de compétitions extérieures et six mois de compétitions indoor. J’aime les deux circuits. Et on a la chance de voyager : en Europe, en Amérique, en Asie et de plus en plus dans les Émirats. On découvre plein de nouvelles choses.”

Lath. : Comment expliquez-vous le fait que le sexe féminin redouble dans ce sport au niveau amateur, alors qu’au niveau professionnel, l’on voit un rapport de force, homme-femme, égal ? 

K.S : “Il y a une politique fédérale dans toutes les nations, particulièrement en France, qui veut développer l’équitation de loisir. Elle n’est pas forcément axée sur la compétition. Les jeunes filles sont très friandes de l’animal, du contact. Il pourrait y en avoir beaucoup, à un très bon niveau, mais au final, elles équilibrent le rapport avec les hommes. Pourquoi ce grand écart ? C’est une raison sociale. L’équitation, c’est l’engagement d’une vie : tous les “à-côté” sont physiques. Soit elles sont en âge d’avoir des enfants, soit parce qu’elles vont s’engager vers une voie professionnelle différente, tout en gardant le cheval comme loisir.”

Lath. : Comment décrieriez-vous, de façon positive, le monde équestre, pour faire changer d’avis les plus sceptiques ? 

 K.S : “Ce n’est pas la force physique qui domine mais, n’importe qui monterait sur un cheval, verrait que c’est très difficile de tenir dessus : c’est un sport d’équilibre. Beaucoup de cavaliers skient ou surfent très bien ! Ce n’est pas un sport “bestial” (rires), mais il faut énormément d’années pour arriver à contrôler cet équilibre : on n’est pas sur une matière morte ou un objetnmais sur un cheval. Il a son propre équilibre, et nous avons aussi le notre : c’est ce qui caractérise ce sport. C’est très fin et subtil ! Le cheval a son caractère, son envie et quelques fois ses mauvais jours. C’est le côté “centaure” que recherche le cavalier : ne faire qu’un avec son cheval.” 

Lath. : À titre personnel, quelle est votre devise et votre ligne de conduite ?

Kévin Staut : “Je pense que, dans ce sport, il y a énormément de doutes. Les chances d’être en tête sont complètement aléatoires : à chaque compétition, il faut connaître l’état de forme du cavalier et celui du cheval. C’est difficile d’obtenir une constance dans les résultats. Il faut beaucoup de patience : cette patience est dure à estimer lorsque l’on est jeune et que l’on connaît de grosses déceptions. Il faut se dire que nous avons encore cinquante grosses années devant nous ! Il faut prendre son temps, persévérer et être à l’écoute.”

Lath. : Que vous apporte le saut d’obstacle par rapport aux autres disciplines ? 

KS : “C’est la discipline qui m’a le plus plu. Justement, dans cette recherche de l’équilibre, il y a le cheval entre les obstacles, le cheval sur l’obstacle : c’est le sentiment de planer au dessus de l’obstacle. C’est assez court : entre la battue et la réception, il doit y avoir deux/trois secondes maximum, mais c’est ce sentiment de planer qui est fort. On ne retrouve pas cela dans le dressage et un peu moins dans le concours complet. C’est une discipline très endurante, l’équilibre est différent. Le saut d’obstacle est une discipline formidable.”

Lath. : Qu’est-ce qu’il faut, selon vous, changer ou améliorer dans ce sport ?

K.S : “La médiatisation. Il faut arriver à rendre ce sport beaucoup plus populaire. Il faut que les gens viennent sur les compétitions à côté de chez eux, pour se rendre compte que c’est un sport agréable à regarder et sensationnel à pratiquer. La médiatisation doit être accrue et la Fédération doit beaucoup plus s’ouvrir pour le rendre très populaire. Quand on voit le nombre de licenciés qui oscille entre la deuxième et la troisième place (ndlr : par rapport à tous les licenciés sportifs), et qu’il y a un manque de médiatisation sur le haut niveau….il faut arriver à créer un lien entre l’équitation de loisir et celui de haut niveau.”

Lath. : Avez-vous le temps de pratiquer ou de regarder d’autres sports ?

K.S : “Pratiquer, non, ou alors juste pour l’entretien physique (natation, course à pied,). Je fais du badminton pour me dépenser sauvagement. Sinon, rien de très sérieux ! En revanche, je suis un passionné de tous les sports : je regarde le football (les derniers matchs de Ligue 1 et les grands championnats européens ou mondiaux), la Formule 1 (selon les saisons), j’adore le tennis… récemment j’ai regardé l’America’s Cup (voile) que j’ai trouvée très captivante. Dans chaque sport qui est fait à très haut niveau, il y a quelque chose à en retirer par la force mentale des joueurs et l’intensité physique. C’est quelque chose qui me captive.”

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017