Thomas Goubin

Basé au Mexique, Thomas Goubin est correspondant pour la presse sportive française. Il  travaille notamment pour France Football, So Foot, L’Equipe Magazine ou encore Slate. Il vient de publier aux éditions Hugo Sport, un très intéressant ouvrage sur le phénomène Bielsa intitulé : Marcelo Bielsa, El Loco Unchained. Titre que l’on pourrait traduire par : Marcelo Bielsa, le … Continuer la lecture de « Thomas Goubin »

Par Didier Guibelin Publié le dimanche 14 février 2016

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Conversation

Basé au Mexique, Thomas Goubin est correspondant pour la presse sportive française. Il  travaille notamment pour France Football, So Foot, L’Equipe Magazine ou encore Slate. Il vient de publier aux éditions Hugo Sport, un très intéressant ouvrage sur le phénomène Bielsa intitulé : Marcelo Bielsa, El Loco Unchained. Titre que l’on pourrait traduire par : Marcelo Bielsa, le fou déchainé…

Marcelo Bielsa

Lathlète.fr : À la découverte du titre, on s’attend à découvrir le portrait d’un psychopathe. 

Thomas Goubin : “Le mot est fort mais disons qu’effectivement Marcelo Bielsa a des réactions, des attitudes qui s’écartent fortement de la norme sociale que ce soit dans son rapport à la presse ou dans ses liens avec les joueurs. Il a d’ailleurs la réputation d’être assez froid auprès d’eux, que ce soit pour les critiquer ou même les féliciter. En tout cas il reste toujours dans un cadre strictement professionnel.” 

Lath. : Et uniquement tourné vers le football…

T.G : “Sa passion pour le football le dévore totalement au point qu’il ne s’autorise quasiment aucun repos. Donc, peut-être pas un psychopathe, mais c’est sur que c’est un personnage sans doute dépassé par sa passion. Et il souffre. Disons que son exigence envers lui-même ou ses joueurs le fait énormément souffrir.”

Lath. : Cependant, dans sa vie privée, Marcelo Bielsa apparait comme totalement différent.

T.G : “Apparemment oui. J’ai vécu à Guadalajara (Mexique), là où Marcelo Bielsa a travaillé pendant trois, quatre ans en tant qu’entraineur, mais aussi en tant que directeur du centre de formation et directeur de la politique sportive du club et les ex-dirigeants du club qui étaient ces proches disent de lui que c’est quelqu’un d’extrêmement chaleureux qui aime beaucoup s’amuser avec les enfants et qui aime adore échanger, sur tous les sujets. Le personnage présenté par la presse apparait donc plutôt aux antipodes du personnage privé.”

Lath. : Peut-on alors parler d’un côté Dr Jekyll et Mr Hyde ?

T.G : “L’entraineur peut être un personnage assez inquiétant même si en général, de par sa force de conviction, ses joueurs finissent par être extrêmement convaincus par ses méthodes. Mais ce n’est pas pour ça que Marcelo Bielsa deviendra chaleureux avec eux. C’est, me semble-t-il, Diego Simeone, l’un de ses anciens joueurs en sélection argentine, qui disait de lui qu’il créait une relation d’empathie via la distance…”

Lath. : En tout cas, il ne laisse pas indifférent à tel point que la France du foot semble coupée en deux entre les pro et les anti-Bielsa… cela s’est-il passé comme cela  partout où il a entraîné ?

T.G : “À peu près oui. Mais en France cela a pris des proportions un peu plus aiguës. Je pense que le fait que Marcelo ne parle pas français ne l’a pas aidé à se faire comprendre d’une partie des suiveurs du foot français, notamment de la presse. En tout cas avec Bielsa on est très rapidement dans une logique manichéenne : il défend un beau football et pour lui, la manière est aussi importante que le résultat ; en soi cette approche du type « est-ce que la fin justifie les moyens ? » divise, en football ou en tout autre thématique. Certaines personnes ne pourront jamais être en phase avec Marcelo Bielsa.”

Lath. : C’est un personnage qui semble se placer au-delà, au-dessus même, du football. Dans le livre, tu parles de lui comme d’un poète.

T.G : “Oui, c’est assez Argentin aussi. Ils ont un talent spécial pour parler du football de manière poétique, littéraire même. Marcelo Bielsa s’inscrit dans cette tradition mais le fait qu’il mette toujours en avant certains principes moraux comme l’honnêteté, la loyauté, l’étique, fait que son personnage se place en effet au-delà de la sphère du football. Au Chili par exemple il a été élu personnage de l’année en 2010. Et au Chili, il se disait que s’il se présentait à l’élection présidentielle il serait élu. Les Chiliens lui ont même proposé la nationalité chilienne, mais lui l’a refusée en disant qu’être un bon entraineur de foot ne méritait tout de même pas l’octroi d’une nationalité.”

Lath. : On peut parler d’un personnage fascinant.

T.G : “Oui complètement. C’est d’ailleurs ça qui m’a poussé à écrire le livre. C’est-à-dire qu’en parlant avec ses proches, avec ses anciens  joueurs, tous évoquaient quelqu’un d’entier. J’ai même pensé à Marcelo Bielsa, notamment dans sa manière d’être, comme d’un religieux même si chez lui il y a beaucoup de paradoxes. En général c’est quelqu’un qui essaie d’être neutre et qui a un mode de vie assez austère. En même temps son caractère assez passionnel fait qu’il peut s’emporter de manière totalement démesurée envers ses joueurs, ses adjoints, ses dirigeants. C’est par exemple quelqu’un qui a dit de très belles phrases sur la défaite, sur les vertus de la défaite, mais qui dans son for intérieur ne la supporte absolument pas. Au Mexique, par exemple, il lui arrivait de s’enfermer dans sa chambre et de pleurer pendant un ou deux jours.”

Lath. : Penses-tu que Marcelo Bielsa pourra se plaire – s’épanouir parait difficile pour un être aussi compliqué – à Marseille ? 

T.G : “Je pense qu’en tant qu’Argentin la passion qui existe à Marseille lui plait. Bielsa est entraineur depuis le début des années 90, mais c’est un formateur dans l’âme et je crois qu’il a une haute estime de la formation française et qu’il aime pouvoir travailler avec des joueurs comme les jeunes français. Donc je pense qu’il pourrait rester mais cela va être aussi grandement lié à l’enveloppe de transfert que l’on va lui donner. On verra d’ici peu.”

Prix du livre : 9,99 euros pour 158 pages

Par Didier Guibelin Publié le dimanche 14 février 2016