Nabil Ennasri

Les fantasmes et idées en tout genre, concernant le Qatar, vont bon train sur la toile. Il est de notre devoir de prendre le problème à bras le corps : ce pays mérite-t-il que l’on écorne à chaque discussion son image et son projet sportif ? Nabil Ennasri, spécialiste sur la question, nous éclaire.  Lathlète.fr … Continuer la lecture de « Nabil Ennasri »

Par Florian Gautier Publié le lundi 01 avril 2013

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Conversation

Les fantasmes et idées en tout genre, concernant le Qatar, vont bon train sur la toile. Il est de notre devoir de prendre le problème à bras le corps : ce pays mérite-t-il que l’on écorne à chaque discussion son image et son projet sportif ? Nabil Ennasri, spécialiste sur la question, nous éclaire. 

Ennasri

Lathlète.fr : Quelle est la politique sportive explicite du Qatar ? Existe- t-il une politique « implicite » menée par l’émirat ?

Nabil Ennasri : « Je ne crois pas qu’il y ait une politique « implicite » de l’émirat du Qatar envers le sport. Depuis une quinzaine d’années, on observe une volonté de faire du sport un levier majeur du rayonnement du pays. Cette stratégie est l’un des piliers majeurs du « Soft power », cet édifice diplomatique destiné à placer le Qatar sur la carte du monde. Le sport est vu comme un outil de promotion et c’est pour ces raisons que depuis des années des centaines de millions de dollars ont été investis. Avec les résultats que l’on connait. »

Lath. : Pourquoi le Qatar est mal vu en France ? 

N.E : « Il y a plusieurs raisons. Il y a d’abord la méconnaissance d’un État jeune qui vient de faire irruption dans le débat public de manière fulgurante. Il y a dix ans, le pays était inconnu et aujourd’hui il est un sujet récurrent du débat public. Cette ascension a suscité des réprobations d’autant que ce n’est pas n’importe quel État. Le Qatar est un pays immensément riche, musulman et de surcroit originaire de la péninsule arabique. Beaucoup de clichés se télescopent et si on voudrait résumer la situation, je dirais que parmi les difficultés qui taraudent la société française, il y a le problème avec l’argent et le problème avec l’islam. Le Qatar cristallise ces deux soucis. »

Lath. : Pourquoi devrait-on, au contraire, accepter et encourager la venue et le financement d’événements sportifs par le Qatar ?

N.E : « Nous devons avoir avec le Qatar la même réaction que nous avons avec les autres États, à savoir une exigence de respect vis-à-vis des lois françaises. Sur cet aspect, il faut reconnaître que le Qatar respecte toutes les réglementations de notre pays dans ses investissements tant économiques, culturels que sportifs. La sensation d’une invasion ou d’un « rachat » de la France par le Qatar comme cela a souvent été agitée par une partie de la presse, est de mon point de vue une vision largement fantasmée voire proche de la paranoïa. À titre d’illustration, rappelons que le Qatar investit une douzaine de milliards de dollars en France et ce chiffre est largement inférieur aux investissements en provenance d’Allemagne, des Etats-Unis ou de l’Arabie Saoudite. La méconnaissance du pays ainsi que la méfiance qui entoure tout ce qui se rattache à l’univers de l’islam auprès de l’opinion a créé une forme de peur irrationnelle dommageable pour la relation entre les deux pays. »

Lath. : Avec sa manne financière, ce pays pourra-t-il vraiment entrer dans la catégorie des grands pays de sport ? Son histoire passée (pas de grands sportifs) peut-elle lui faire défaut ?

N.E : « En tout cas, c’est un souhait de Doha et toute la « diplomatie sportive » est orientée vers cet objectif. Sur le plan interne, le pays essaie de former des futurs joueurs de talent avec la mise en place de l’académie Aspire qui est l’un des meilleurs centres de formation au monde. Il y a aussi cette politique de naturalisation qui reste légale dans certains sports (comme le handball) et dont le Qatar use abondamment (certains diront abusent). Enfin, il y a aussi toute la question du PSG qui constitue la vitrine planétaire de ce marketing d’État. Le but avec le club parisien est autant de renforcer la promotion de l’image du Qatar à l’étranger que de permettre à l’émirat de renforcer sa crédibilité footballistique. »

Lath. : On voit le Qatar aux Jeux de la francophonie, on observe des qataris (naturalisés !) aux Championnats du monde d’athlétisme : ce pays ne « force »-t-il pas trop le passage ?

N.E : « Comme je l’ai évoqué plus haut, il y a une forte volonté de jouer dans la cour des grands. Cette obsession peut parfois donner lieu à des comportements douteux mais dans la plupart des cas, le Qatar respecte les règlements internationaux notamment dans la naturalisation des joueurs. D’autres pays en font usage régulièrement ; je pense à l’Espagne notamment pour le handball. Cette pratique n’a jamais suscité de polémiques particulières pour ce pays, alors pourquoi en devrait-il être autrement pour le Qatar ? »

Par Florian Gautier Publié le lundi 01 avril 2013