Nicolas Bonnet-Oulaldj

Conseiller territorial des activités physiques et sportives, responsable de la commission des sports du Parti communiste français et président du groupe communiste au conseil de Paris, Nicolas Bonnet-Oulaldj vient de publier Libérer le sport aux Éditions de l’Atelier. Il a écrit en collaboration avec Adrien Pécout, journaliste au service des sports du journal Le Monde, cet … Continuer la lecture de « Nicolas Bonnet-Oulaldj »

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017

Lire la suite

Conversation

Conseiller territorial des activités physiques et sportives, responsable de la commission des sports du Parti communiste français et président du groupe communiste au conseil de Paris, Nicolas Bonnet-Oulaldj vient de publier Libérer le sport aux Éditions de l’Atelier. Il a écrit en collaboration avec Adrien Pécout, journaliste au service des sports du journal Le Monde, cet ouvrage préfacé par Pierre Villepreux, ancien arrière puis entraîneur du XV de France. Il y aborde toutes les facettes de la politique sportive en France : de l’organisation de grands évènements au rôle des bénévoles en passant par la formation, l’accès au sport ou les salaires de joueurs. L’occasion d’évoquer avec lui tous ces sujets.

Libérer le sport_HD

Lathlète.fr : Comment vous est venue l’idée de ce livre ? 

Nicolas Bonnet-Ouladj: « Ce n’est pas une idée qui m’est venue comme ça. C’est lié au cumul de plusieurs choses. Tout d’abord, un travail que nous avons mené au sein de la commission sport du parti communiste. Ensuite, la volonté de mettre en débat tout un ensemble de sujets qui sont liés à l’actualité. Je pense notamment à la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 2024, la question de la place et du traitement des supporters dans le football, la question du bénévolat dans le sport. L’absence d’une politique nationale des sports et d’un ministère à la hauteur qui serait pourtant nécessaire pour une mise en débat de ces questions de politiques publiques, notamment celle du financement du sport. Enfin, c’est la connaissance du terrain, de beaucoup de personnes rencontrées au cours de toutes ces années et qui ont pu témoigner. J’ai été directeur des sports de la ville de Bagneux, puis de Noisy-le-Sec, conseiller à la région Ile-de-France, ce qui me permet d’apporter aussi mon expérience personnelle.

Après, c’est la rencontre avec Adrien Pécout, journaliste au Monde, qui a lui aussi fait beaucoup de reportages de terrain, notamment sur des pratiques qui n’étaient pas visibles (le projet du forum Educasport par exemple), ainsi que la volonté de mettre en avant de petits clubs et des pratiques moins connues comme des projets liés à l’insertion par le sport. Adrien est arrivé avec l’idée de travailler avec un élu pour faire le lien avec des pratiques novatrices qui pourraient changer les choses et amener à des propositions concrètes.

Il y a eu le choix de l’éditeur aussi. Un choix qui consistait à faire un livre amenant au débat en posant des questions, en ouvrant des pistes de réflexion et en s’appuyant sur des pratiques concrètes pour animer ce débat.

Donc la volonté de ce projet de livre, c’est avant tout d’être un support au débat. Ce n’est ni un programme politique, ni un récit journalistique. Et ce n’est pas non plus une thèse ou un travail uniquement théorique. C’est un travail croisant différentes expériences de journaliste et de politique couplées à des propositions que l’on peut mettre en débat.

Je pense que le fil conducteur contenu dans le titre Libérer le sport est important pour plusieurs raisons. La première, c’est que je considère que la liberté n’est pas incarnée uniquement par le libéralisme et le marché, c’est aussi l’autonomie et la possibilité d’y accéder par une progression. C’est aussi l’idée que le sport permet l’accès à la liberté de tout un chacun. La pratique sportive permet un gain d’autonomie et la connaissance de son corps et des autres, on est dans le partage qui permet d’évoluer et de progresser.

Et l’autre aspect de la liberté, c’est l’idée qu’aujourd’hui le sport peut être un instrument à des fins différentes de ses objectifs originels. Cela peut être un instrument politique, comme on le voit sur le plan géopolitique à travers l’instrumentalisation de grands évènements internationaux. Je pense, par exemple, aux investissements des dirigeants du Qatar dans le sport, ou, plus loin dans le passé, avec l’utilisation à des fins de propagande des Jeux olympiques de Berlin en 1936 par le régime nazi ou du sport en général par le régime de Vichy. Plus près de nous, on peut aussi se rappeler de l’instrumentalisation des Jeux Olympiques de Sotchi par Vladimir Poutine. L’autre utilisation qui est faite du sport est économique avec l’emprise que le marché et l’argent peuvent avoir sur lui. Le fil conducteur de ce livre, c’est l’idée de libérer le sport de l’emprise politique et de l’emprise marchande et financière, pour en faire un lieu d’émancipation.” 

Lath. : Le premier thème que vous abordez dans le livre est celui de la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2024. Alors, êtes-vous pour ou contre ? Et pourquoi ?

N.B-O: “On ne veut pas résumer la question de l’organisation des Jeux à un simple référendum posant seulement la question : pour ou contre ? D’ailleurs, l’une des propositions que l’on fait, c’est de créer des comités locaux pour la réussite de la candidature et mettre en débat “en quoi les Jeux Olympiques peuvent être utiles pour toutes et tous”.

Être pour l’organisation des Jeux, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, c’est quand même assez compliqué. Donc nous sommes pour ouvrir une réflexion qui amènerait à savoir quels sont les Jeux que nous pourrions avoir, différents de ceux que l’on a connus jusqu’à présent. Il y a beaucoup de critiques qui se posent. Que ce soit sur le coût, sur l’utilité des installations qui restent une fois l’événement terminé, sur l’accès de tout le monde au spectacle sportif, et sur, finalement, la compétition en elle-même.

Donc à la question de savoir si l’on est pour ou contre les JO, moi je suis pour investir fortement l’ensemble de la population pour porter une candidature de Paris qui transforme les JO et revisite la charte olympique en mettant au cœur de cette dernière la question de l’être humain et celle du progrès. En quoi les Jeux peuvent être utiles pour le sport lui-même et son développement. Que l’on parle du développement du sport pour tous, du sport à l’école, ou donner plus de moyens pour les bénévoles et les clubs amateurs, notamment en termes d’équipements sportifs de proximité.

Un autre volet, c’est de savoir en quoi les Jeux sont utiles pour toute la population. Pas seulement pour le sport, mais aussi dans une logique d’aménagement du territoire. Il y des enjeux forts en termes de transports en commun qui eux aussi sont  un enjeu pour lutter contre la pollution. Et l’aménagement du territoire à proprement parler. Si la candidature de Paris amène le village olympique, la piscine olympique ou le centre des médias en Seine-Saint-Denis, en quoi cela va transformer ce département et devenir un accélérateur pour l’emploi et l’urbanisme ? On sait par exemple qu’on est dans un territoire très contraint par les autoroutes ou l’immobilier et qu’il a besoin d’être boosté et revitalisé. Donc il faut penser les JO comme une utilité aussi pour les populations locales. On l’a vu par exemple avec la dernière Coupe du monde de football qui s’est déroulée au Brésil pendant laquelle la population ne s’y est pas retrouvée et a manifesté en disant « C’est notre Coupe du monde, elle doit avoir des retombées positives pour nous. » On doit cesser d’organiser des évènements sportifs au détriment des populations du pays d’accueil, voire parfois, en les chassant de leur territoire. Les jeux doivent être organisés pour la population locale et non contre elle.

Et, un dernier point, les Jeux sont un moment important sur le plan international. C’est le seul événement mondial à regrouper en un même lieu autant de représentants de divers pays avec une volonté de porter un message de paix, de partage et de solidarité. Donc la question des valeurs, du sens du sport et de l’olympisme. En quoi ce dernier dans un monde en guerre peut porter un message de partage à travers le sport, en quoi cela peut porter un élan de paix, d’éducation et de citoyenneté ? Pour moi, l’olympisme doit faire partie d’un mouvement d’éducation à la citoyenneté dans le monde.” 

Lath. : Un argument souvent utilisé par les promoteurs de la candidature de Paris, c’est celui de la maîtrise des coûts d’organisation. On sait que cela n’est jamais le cas, comme on a pu le voir lors des Jeux de Londres ou, pire, de ceux de Sotchi où le budget a explosé dans des proportions délirantes. Pensez-vous que ce soit faisable à Paris ? 

N.B-O: “On a la chance d’avoir déjà beaucoup d’équipements de qualité déjà disponibles ou sur le point de l’être. On peut en faire une liste : Bercy, récemment rénové et parfaitement opérationnel ; Roland-Garros qui va être rénové ; nos stades qui, pour beaucoup, auront déjà été rénovés dans la perspective de l’Euro 2016 de football. Il y a la grande salle de Nanterre (ndlr, l’Arena 92, stade modulable et fermé du Racing 92 en Top 14 de rugby, qui ouvrira fin 2016). On a des sites remarquables dans le centre de Paris pouvant être utilisés pour organiser des compétitions comme la Tour Eiffel, le Champ de Mars ou le Grand Palais qui a déjà accueilli de l’escrime et de l’équitation. On a aussi plusieurs hippodromes. Le vélodrome de Saint Quentin en Yvelines qui a été inauguré l’an dernier. La base nautique de Vaires-sur-Marne, qui accueillera l’aviron, le canoë-kayak en ligne et en eau vive, sera prête en 2018 ou 2019. Et, évidemment, le Stade de France. Ce qui fait que l’on a un stade olympique déjà construit, même s’il nécessitera sans doute quelques travaux de rénovation pour accueillir une compétition de cette importance. Il manque une piscine olympique, un village olympique pour l’hébergement des athlètes et un centre des médias dans le même périmètre.

Donc on peut dire qu’environ 90 % des équipements sont déjà réalisés et que les coûts ne vont se concentrer que sur les quelques équipements manquants. La question qu’il faut se poser, c’est bien sûr celle de la maîtrise publique dans le but de les bâtir avec un coût raisonnable. Mais c’est surtout celle de l’héritage de ces installations. En quoi l’investissement consacré au village olympique, au centre des médias et à la piscine sera utilisable dans l’avenir et pour une longue durée ? On peut très bien faire un village olympique qui puisse ensuite être utilisé pour des logements sociaux ou une résidence universitaire. De ce fait, on ferait d’une pierre deux coups. On peut donc faire une économie à condition de raisonner et penser le projet par rapport à l’utilisation qui en sera faite après les jeux. Concernant le centre des médias, on a un enjeu très fort aujourd’hui, ce sont toutes les innovations qu’il y a autour du sport. Je pense notamment les innovations liées au numérique, aux nouveaux matériaux et à la technologie. Le centre des médias pourrait, après les Jeux, être un lieu permettant de booster les liens entre l’université et la recherche sur les nouvelles technologies autour du sport. Une sorte de hub dédié à l’innovation liée au sport. Là encore, on ferait d’une pierre deux coups.

Il faut donc réfléchir à la manière dont on inscrit les équipements construits dans le futur et leur utilisation ultérieure. L’erreur serait de construire des équipements neufs et très onéreux dans un seul but de sport-spectacle, comme on a pu le voir lors des Jeux d’Athènes ou même de Pékin. Mais, dans le cas de la candidature de Paris, ces équipements sont déjà quasiment tous existants. Je pense donc que l’on peut tabler sur un coût raisonnable.

Par contre, un autre aspect important est celui de l’accueil des athlètes sur les périodes de préparation et d’entraînement. De fait, on peut profiter de cela pour relancer un plan de créations d’équipements sportifs de proximité pouvant ensuite être utilisés par le monde du sport amateur. Que ce soient des piscines, des stades ou des gymnases. On peut profiter de cet accueil pour rattraper les carences d’équipements sportifs pour tous que connait la ville de Paris ou le département de la Seine-Saint-Denis, puisque ces deux territoires souffrent du ratio d’équipement par habitant le plus faible de France. Je pense que l’ambition de booster l’équipement sportif de proximité, plus que l’équipement lié au sport-spectacle, est une ambition que cette candidature peut porter.

L’autre gros chantier d’une candidature olympique comme celle de Paris, c’est celui de l’aménagement du territoire et des transports en commun. On voit aujourd’hui une carence en quantité et en qualité de nos transports en commun. À la fois pour les usagers quotidiens et pour les usagers ponctuels. La Seine-Saint-Denis, par exemple, est très mal desservie, comme les transports de banlieue à banlieue. Donc le grand Paris, qui est un projet déjà lancé, pourrait être accéléré par ce projet. Tout comme les projets d’aménagement du territoire et des quartiers populaires.

Après, concernant la question du dérapage des coûts, il faut être clair. Si l’on prend l’exemple sur la Philharmonie de Paris, on a eu un dérapage très important des coûts de construction, même chose pour l’ensemble des grands travaux en France. Il faut donc lier cette problématique la question de la maîtrise publique des grands chantiers. Aujourd’hui, on parle beaucoup de la question de l’inutilité de certains chantiers, comme des barrages ou des aéroports. Donc la question de la maîtrise des grands chantiers n’est pas propre à la seule organisation des Jeux Olympiques. C’est une vraie question de société : comment maîtriser les coûts d’un grand chantier qu’ils soient liés au transport, à des infrastructures techniques ou, dans le cas qui nous intéresse, à un équipement sportif ? Et en quoi, au-delà des enquêtes publiques, les citoyens doivent être capables d’avoir, à la fois une transparence sur les coûts, leur évolution ou le choix des architectes et, au final, d’avoir leur mot à dire ? Donc c’est une question plus large que la seule question des Jeux Olympiques.”

Lath. : En parlant de la problématique des dérapages de coûts dans les grands chantiers d’équipements sportifs, quel est votre avis sur le projet de grand stade de la Fédération française de rugby (FFR) qui entre, en partie, en concurrence avec la candidature de Paris pour les Jeux ? Surtout avec certains rapports dénonçant une menace de rentabilité trop faible par rapport au volume d’investissements qu’il nécessite ?

N.B-O: “Je crois que la Coupe du monde va amener à une réflexion en profondeur sur le rugby de demain en France (ndlr, interview réalisée trois jours après la défaite en quart de finale du XV de France face aux All Blacks). Ce à quoi il faut réfléchir, à mon avis, c’est de savoir si la fédération a besoin d’un stade ou a plutôt besoin de revoir l’ensemble de ses méthodes de formation, du plus petit des clubs amateurs jusqu’aux centres de formation des clubs professionnels. Et de savoir si on a réellement besoin d’investir dans un grand stade pour accueillir l’Équipe de France, tel qu’il est prévu dans le projet, ou de restructurer l’organisation du rugby en France, en investissant éventuellement dans des structures de formation au niveau régional, voire national. On sait qu’il existe en région des structures comme les CREPS (ndlr, Centre régionaux d’expertise et de performance sportive) ou des pôles espoirs pour des sportifs d’autres disciplines. Ne serait-il pas plus urgent aujourd’hui de développer tout un réseau performant de structures de formation pour les jeunes joueurs avant de penser à un grand stade ?

Ensuite, il se pose une vraie question, à l’échelle de la région Ile-de-France, de la multiplication des grands stades. Si l’on regarde Paris et ses alentours : Bercy est inauguré, neuf et fonctionnel ; l’Arena 92 est déjà en chantier ; le Stade Jean Bouin est neuf ; le Parc des Princes et le Stade de France sont toujours disponibles. Il y a donc une problématique de schéma de cohérence des grands équipements en Ile-de-France. Je pense donc que l’on a surtout besoin de mutualiser ces équipements entre les différentes disciplines. Si ce stade n’est voué qu’à accueillir l’Équipe de France, c’est tout de même un peu léger. L’Équipe de France peut très bien continuer à jouer au Stade de France, quitte à parfois jouer à l’Arena 92, au Parc des Princes ou à se déplacer en province. Parce que ce projet pose aussi la question de la possibilité de l’Équipe de France d’aller jouer devant les publics de province, à Toulouse, Bordeaux ou Toulon. Parce qu’au-delà du cas du rugby, se pose globalement la question du rayonnement des équipes de France sur l’ensemble du territoire.

De toute façon, un débat va devoir être lancé au sein de la FFR du fait du résultat du dernier mondial. Il n’est pas certain que ce stade en reste la priorité.”

Lath. : Dans le livre, vous abordez la thématique du financement du sport pour tous par l’argent généré par le sport professionnel, notamment via la taxe Buffet. Pensez vous que ce mode de fonctionnement n’est pas assez développé en France ?

N.B-O: “Ce qui est clair, c’est qu’il y a d’un côté un sport-spectacle qui produit et accumule beaucoup de richesse économique et, de l’autre côté, un sport amateur qui génère de la richesse humaine mais manque de moyens pour fonctionner. À travers la taxe Buffet ou d’autres systèmes de redistribution des richesses dans le sport, comme le fond Sastre lors de la coupe du monde 1998 qui consistait à reverser au football amateur les bénéfices économiques générés par le mondial, la vraie question qui se pose est celle de la solidarité financière entre ces deux univers.

Le souci aujourd’hui, dans le football, c’est que l’on voit un monde professionnel qui cherche à se couper du monde amateur. Même les clubs de Ligue 1 essaient d’éviter la redistribution des richesses de la Ligue 1 vers la Ligue 2. Ce n’est pas acceptable. Même si je pense que la taxe Buffet pourrait être réévaluée à la hausse, il reste tout de même la question d’une vraie mutualisation des richesses, qui ne proviennent pas uniquement des droits télé.

Le deuxième point à analyser, c’est que le sport professionnel est devenu une bulle financière d’un marché qui se concrétise par le mercato. De fait, une part non négligeable des richesses générées par le sport professionnel échappe aux clubs pour être captée par des intermédiaires comme les agents. Il faut donc réguler ce fonctionnement.

Dans le livre, nous proposons diverses idées comme la limitation du phénomène des transferts ou du salaire des joueurs. Notamment parce que le rapport Karaquillo, remis l’année dernière au ministre des sports, pointe les inégalités salariales entre les différentes disciplines, au sein d’une même discipline et même au sein d’un club. De fait, certains sportifs croulent sous l’argent quand d’autres, issus de sport pourtant olympiques comme la lutte ou le tir, n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Pourtant, dans un sport collectif, chaque membre d’une équipe a la même importance et devrait donc être récompensé au même niveau que les autres. Dans une action de but, le passeur est aussi important que le buteur, par exemple.

On peut aussi pointer du doigt les inégalités entre filles et garçons au sein d’un même club. Le cas du PSG étant très frappant avec des filles évoluant au même niveau de compétition et touchant pourtant à peine de quoi vivre. Un tel écart est inacceptable. Parce que ces écarts ne sont pas liés à des critères sportifs, mais à des critères de marché. C’est là qu’on en revient au fil rouge du bouquin qui consiste en la libération du sport, notamment des contraintes de marché.”

Lath. : On sait aujourd’hui que, dans le football, il existe un dispositif de la FIFA imposant aux clubs qui recrutent un joueur de verser une certaine proportion de son indemnité de transfert aux clubs où il est passé chez les jeunes. Ce type de dispositif, par exemple, n’est-il pas à encourager dans une idée de redistribution des richesses ?

N.B-O: “C’est une première étape. Mais ce type de dispositif peut avoir un effet pervers qui serait la marchandisation des jeunes joueurs entre clubs amateurs et professionnels et qui risquerait de créer un nouveau marché.

Je pense qu’il serait plus intéressant de se poser la question d’éviter les transferts d’argent dans le cadre des transferts de joueurs.

En ce sens, il serait souhaitable de développer l’idée de club formateur, via une proposition que l’on évoque dans le livre qui est celle d’un indicateur de développement humain pour les centres de formation. Tout au long du cursus, on réfléchirait à développer chez le jeune sportif, outre évidemment les qualités techniques, tactiques et physiques requises par la pratique de sa discipline, la citoyenneté, la connaissance de son corps, la formation scolaire et professionnelle. Avec notamment un regard, dès la formation, sur la reconversion post-carrière.

La question que je préfère poser, c’est de savoir comment favoriser les joueurs issus du centre de formation du club au sein des clubs professionnels. Plutôt que d’instaurer un lien financier supplémentaire entre clubs amateurs et professionnels à travers les jeunes joueurs. Ce qui, à mon sens, n’est pas de la redistribution des richesses. La redistribution des richesses, c’est une contribution équitable des clubs professionnels, collectée, régulée et redistribuée par une autorité comme le ministère des sports ou la fédération. C’est à mon sens préférable à ce dont vous parlez qui, au final, deviendrait une sorte de mercato, avec les dérives que cela suppose.” 

Lath. : Un autre sujet que vous abordez est celui du statut des bénévoles du sport dans les clubs amateurs. Vous proposez notamment la création d’un statut légal du bénévole. Pouvez vous nous en dire plus ?

N.B-O: “On a depuis des années des retours de terrain des bénévoles concernant les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien dans leur rôle au sein des clubs. En gros, ils demandent trois choses.

Tout d’abord, du temps. L’idée serait donc que les personnes ayant ce statut de bénévole auraient un temps, défalqué de leur temps de travail, à consacrer à leur rôle de bénévole. Sur le même modèle que les heures de délégation des représentants syndicaux. Mais cela présuppose une conquête sur le temps de travail, ce qui n’est pas dans l’air du temps en ce moment avec une loi Macron créée pour faciliter le travail le dimanche. Or, un bénévole qui travaille le dimanche ne peut pas en même temps être à la disposition des sportifs dont il s’occupe dans son club. Cette proposition est donc à intégrer à une réflexion plus globale sur le thème du temps de travail. Que ce soit sur le sujet des 35 heures ou sur le sujet des heures atypiques comme le travail de nuit ou le travail du dimanche.

Leur deuxième souhait serait de disposer de plus de moyens, notamment des créneaux d’utilisation plus fréquents sur les installations sportives. Il faut savoir que l’une des principales activités d’un bénévole consiste souvent à devoir négocier avec des collectivités locales pour obtenir ces moyens. Avec, entre autres, le temps passé en diverses formalités administratives comme les demandes de subventions.

Ce qui nous amène à leur troisième demande : de l’argent. Pas pour eux évidemment, mais pour faire fonctionner une association. Or, aujourd’hui, les politiques d’austérités successives ont conduit à une réduction des dépenses publiques qui affecte évidemment le sport. Cette baisse des subventions met en péril l’existence de nombreux clubs qui n’arrivent plus à financer leurs activités.

Donc, la proposition que l’on fait, c’est celle d’une réflexion sur la façon d’accompagner ces bénévoles, notamment au niveau local, celui des communes. Comment professionnaliser un corps qui serait au service des bénévoles associatifs pour faciliter leur mission ? Comment développer des maisons des associations, ou mettre à disposition des locaux de réunion ou de formation ? Comment les CREPS pourraient devenir des lieux de formation pour ces bénévoles. Évidemment, tout cela à un coût.

Donc au final, ces trois impératifs que sont le temps, les moyens et les subventions nécessitent une réévaluation du budget des sports de l’État. On voit aujourd’hui que les actions du centre national de développement du sport (CNDS) sont insuffisantes. Les enveloppes fournies ne sont plus suffisantes. Beaucoup de bénévoles nous disent que l’obtention de subventions via le CNDS est de plus en plus difficile, en sus de nécessiter un gros travail administratif.

Il faut donc repenser la manière dont l’état, via le CNDS, accompagne le bénévolat.”

Lath. : Eu égard à leur dimension sociale importante, les associations de supporters pourraient-elles aussi bénéficier de ces avantages ?

N.B-O: “Dans le livre, on aborde la question des supporters, essentiellement dans le football, sous le thème : « Les supporters sont-ils tous des hooligans ? »

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une situation de rupture de dialogue entre les supporters, surtout ultras, et les instances dirigeantes du football qui stigmatisent et critiquent en permanence leurs agissements, englobant tous les supporters, violents et non violents, en un seul groupe.

Nous prônons donc, en premier lieu, une reprise du dialogue et la création d’instances de concertation entre club, ville et associations de supporters. Ensuite, pour en venir à votre question, il faut déterminer comment, dans ce cadre, il est possible de créer des conventions d’objectifs avec les supporters sur les thèmes qui les concernent : l’animation des stades, les déplacements, voire, pourquoi pas, les produits dérivés. En bref, toutes les pratiques culturelles qui se créent dans et autour des stades. Je pense que les associations de supporters peuvent porter une culture populaire.

Ces projets auraient aussi pour but d’éviter une dérive consumériste dans les stades. Comme on peut le voir, par exemple, dans les stades de baseball et de football américain outre atlantique, où les stades sont pensés dans un but d’incitation permanente à la consommation plutôt qu’un lieu de participation à un fait culturel et sportif. Car les pratiques du supportérisme sont des pratiques culturelles touchant les plus jeunes et les classes populaires.

D’autre part, un partenariat avec les associations de supporters aurait aussi une visée sociale via un travail d’éducation et de prévention de la violence qui n’est pas à négliger non plus.

D’autre part, on peut évoquer à ce sujet ce qui se passe en ce moment dans les virages du stade vélodrome de Marseille, où le club est en train de reprendre la main sur la commercialisation de la billetterie. Cette dérive avait entraîné une certaine professionnalisation des associations de supporters. Donc oui à une implication très forte des supporters, mais pas au point d’en devenir un emploi avec un revenu. Il va donc y avoir une réforme. On peut donc se poser la question d’une nouvelle convention d’objectif entre le club et les associations de supporters et de la nouvelle base de relations entre les deux parties.”

Lath. : Dernière question au sujet du bénévolat. La France va organiser l’Euro 2016 de football. L’UEFA a bénéficié, à ce titre, d’une exemption fiscale pour l’année 2016. Et, malgré cette exemption, le comité d’organisation va fonctionner en grande partie avec des bénévoles. Trouvez vous cela normal ?

N.B-O: “On a connu mieux avec la Coupe du monde 1998 dont l’organisation n’avait pas bénéficié de cet avantage fiscal. Je ne suis pas pour ces exonérations fiscales, je trouve cela anormal. À mon sens, toute richesse produite dans notre pays doit être susceptible de soumission à une fiscalité dans un but de redistribution et de répartition des richesses régulée par l’état.

En sus de cette non exonération fiscale, la Coupe du monde 1998 fut exemplaire. On a créé le fond Sastre (1) avec les bénéfices du mondial et celui-ci a permis d’aider des clubs et des bénévoles, remettre en état des terrains…

Donc au delà du fait d’employer des bénévoles, il faut se poser la question de l’utilisation qui sera faite des bénéfices générés par ces bénévoles. Ceux-ci ne sont pas et ne doivent être utilisés pour combler le trou de la sécu ou le budget de l’état. Cet argent doit être reversé au mouvement sportif.

Un autre point, on ne considère plus l’engagement militant et bénévole sur le long terme, mais on prend des volontaires ponctuels pour la compétition. Si je force un peu le trait, on peut voir ça comme de la servitude volontaire non rémunérée. Je ne suis pas d’accord avec ça. Je préfère que ces évènements créent un engouement chez les bénévoles qui s’engageront sur du plus long terme, de façon militante. Et que cet engagement sportif leur amène la possibilité de faire un retour vers leur club. Qu’ils puissent en profiter pour échanger ou se former. Et surtout échanger avec les sportifs. Car, et c’est dramatique, il n’y a plus d’échange entre le sport pour tous et le sport de haut niveau. Un joueur amateur n’aura quasiment jamais l’opportunité de croiser un joueur de Ligue 1, par exemple.

Cet événement peut être l’occasion de mettre en mouvement une fédération, en mettant sur le même pied d’égalité tous les acteurs. Et pas seulement les professionnels ou les sponsors. Il ne faut jamais oublier que la qualité d’une équipe nationale, quel que soit le sport, est tributaire de la qualité des structures amateurs qui forment les jeunes joueurs qui seront professionnels à l’avenir. Donc, les bénévoles sont les créateurs de la richesse du sport de haut niveau, quelle que soit la fonction qu’ils occupent au sein de leur club.

Bref, ces bénévoles doivent être associés et respectés. Et les grands évènements de ce style doivent créer un retour vers la base.”

Lath. : Dans le livre, vous posez la question de l’accessibilité au sport, par manque de structures par exemple. Mais les plafonds de verre n’agissent-ils pas aussi énormément ? Comme dans le cas du rugby, un sport facilement accessible à tous, mais peu présent dans les banlieues.

N.B-O: “La première chose que l’on propose dans le livre, c’est de profiter de l’opportunité de la candidature olympique pour créer des comités locaux rassemblant tous les acteurs du sport amateur : bénévoles, pratiquants, professeurs d’EPS… pour réfléchir à la possibilité que la candidature pour les JO aboutisse à une loi cadre qui présente le sport comme un droit fondamental avec une accessibilité pour tous avec une possibilité d’accès au haut niveau.

Or aujourd’hui, il y a un gros problème d’inégalités entre les territoires quant à l’accessibilité au sport. Et il y a plusieurs leviers pour le régler.

D’abord avec le levier du développement des équipements qui permettent la création et le développement des clubs.

Il y a ensuite la question du coût. De nombreuses études ont démontré que certains pratiquants privilégient la pratique libre au club notamment du fait du coût de la licence.

Il y a enfin la question du temps et de la possibilité de dégager des plages d’emploi du temps pour la pratique.

Il faut donc agir sur le coût des licences et sur la possibilité au niveau des communes d’offrir une pratique gratuite du sport pour ceux qui renoncent faute de moyens financiers. Notamment via des éducateurs sportifs municipaux. Aujourd’hui, c’est le cas via le système scolaire qui offre l’éducation physique obligatoire et gratuite. Mais il faut se poser la question d’une offre de sport pour les adultes qui serait valable jusqu’à la fin de la vie. Éventuellement gratuitement pour ceux qui n’en ont pas les moyens.

Concernant la question des plafonds de verre à laquelle vous faites allusion. Il y a d’abord une problématique culturelle. Dans le cas du rugby, cela peut être celle du rugby dans les banlieues ou du rugby féminin qui, malgré les progrès récents, reste essentiellement considéré comme un sport exclusivement masculin par le grand public.

Ces stéréotypes doivent tomber. D’abord par l’école qui est un lieu devant permettre l’apprentissage d’un maximum de disciplines, pour les filles comme les garçons.

L’autre aspect important, c’est un travail sur la mixité, par certaines pratiques éducatives comme, dans le cas du rugby, le flag rugby ou le touch rugby. Ces pratiques éducatives pouvant ensuite amener au rugby à XV, à XIII ou à VII.

Plus globalement, le constat de l’augmentation de la pratique libre au détriment de la pratique licenciée doit nous amener à une réflexion sur une nouvelle offre de sport pour tous. Que cette offre se fasse au niveau des municipalités ou des clubs.”

Lath. : Quand on parle d’accessibilité au sport – on vient d’évoquer le cas de l’accessibilité la pratique du sport – on peut aussi évoquer la problématique de l’accès au sport de haut niveau comme spectateur ou téléspectateur. Celui-ci étant sans cesse compliqué par le tarif des abonnements télévisuels ou celui de la billetterie. Vous qui êtes élu de Paris, le cas du PSG et de ses tarifs qui excluent d’emblée une part de la population doit vous interpeller, non ?

N.B-O: “Le coût demeure toujours le plus gros obstacle. Que cela soit dans l’accès à une pratique sportive ou à un spectacle sportif de haut niveau. C’est un sujet d’inégalité important. Pour essayer de maintenir une égalité, il faut donc intervenir sur le coût. Pour cela il faut des aides publiques pour un accès à la licence, ou un système social permettant une adaptation du coût du sport en fonction du quotient familial.

Pour les spectacles sportifs, on peut dire que c’est la même chose. Sauf que le coût du billet est maîtrisé soit par le club, donc une entreprise, soit les gérants de l’équipement, comme dans le cas de Bercy. À ce titre, la ville de Paris étant membre de la société d’économie mixte dédiée à la gestion de cette arena est intervenue pour essayer d’éviter une inflation trop importante des tarifs. Elle réserve aussi des places pour permettre l’accès à certains événements aux jeunes, comme dans le cas du tournoi de Paris de Judo qui a eu lieu récemment. De même qu’au meeting d’athlétisme du stade de France, la région Ile-de-France réserve gratuitement certaines places aux lycéens et collégiens. Les collectivités peuvent donc joueur un rôle important sur ce plan-là.

Concernant la question du PSG, c’est une question qui doit avoir lieu entre les divers acteurs, notamment les supporters, mais le club ne reconnaît plus les associations et n’a donc plus d’interlocuteurs dans le public. On peut imaginer des facilités tarifaires pour les étudiants par exemple, ou les personnes en situation de grande précarité.

Ce problème peut avoir lieu dans le cadre de la collectivité. J’ai d’ailleurs déposé un vœu au conseil de Paris quand un supporter avait été exclu du Parc des Princes pour avoir créé un chant contestataire au sujet du prix des abonnements et l’avoir chanté en plein match. J’ai été entendu par la maire de Paris, mais pas par le président du PSG.

C’est un combat à mener au niveau des clubs, mais aussi au sein de la Ligue professionnelle de football. Que ce soit au niveau de la billetterie, mais aussi des chaînes payantes détenant l’intégralité des droits des matchs. C’est aussi en partie le rôle du service public, donc de France Télévisions, que de donner un accès à ces spectacles à toute la population.

Là encore, on en revient au titre du livre qui consiste à libérer le sport, notamment des lois du marché. Aujourd’hui, le téléspectateur amateur de football subit le fait que les droits télés du sport aient été mis sur un marché financier. Même si ces droits génèrent ensuite des rentrées d’argent pour le centre national de développement du sport via la loi buffet.

De fait, c’est ce marché et cette spéculation financière qui « tiennent » le sport amateur. Et c’est regrettable. Rehausser le budget du sport de l’état pourrait donc permettre la sortie du sport amateur de ce cercle vicieux.”

Lath. : Vous abordez aussi le cas du sport scolaire qui permet l’accessibilité à certaines disciplines. Ne pensez vous pas qu’un sport scolaire ou universitaire aussi utilisé que dans les pays anglo-saxons pour la formation au haut niveau pourrait être souhaitable ? Notamment pour éviter le phénomène de certains sportifs professionnels complètement déconnectés du monde réel ?

NBO: “C’est déjà un peu le cas. Les résultats de nos sportifs lors des compétitions internationales universitaires étant bons. D’autre part, l’UNSS (ndlr, Union nationale du sport scolaire) joue un rôle important de formation dans la progression de jeunes sportifs. Mais il y a clairement besoin d’un investissement d’état plus important dans le sport scolaire et universitaire.

Après, je ne partage pas l’idée d’en faire un tremplin pour le sport professionnel. Ce travail doit rester dévolu aux centres de formation et le sport scolaire n’a pas pour vocation à jouer ce rôle, qui demeure un rôle particulier. L’Éducation nationale a d’abord pour objectif de former des citoyens et d’être sur un apprentissage. Dans le cas du sport, son rôle est de faire en sorte que chaque enfant sache courir et nager, par exemple. Ou qu’il puisse essayer le handball, le rugby ou le volley. Avec une idée de critique et de compréhension de l’autre. La compréhension des techniques et des tactiques de base. L’Éducation nationale joue pleinement ce rôle. Les enseignants réclament d’ailleurs plus de moyens et de temps. Surtout que, dans leur cursus, les professeurs des écoles n’ont pas de bagage dédié à l’enseignement de l’EPS.

De fait, je ne pense pas qu’on puisse calquer notre modèle sur le modèle anglo-saxon. Investissons dans nos centres de formation et mettons en place des indicateurs précis permettant de juger du travail effectué. Dans le livre, nous proposons la mise en place d’un indice de développement humain basé sur divers critères, qu’ils soient liés à la progression physique ou technique ou à la compréhension de son corps, par exemple.

Améliorons la formation, soyons plus exigeants avec nos centres de formations. Mais que le sport scolaire et universitaire continue à fonctionner pour toutes et tous.

Maintenant, concernant la problématique de sportifs de haut niveau déconnectés de la vie réelle, il y a plusieurs choses.

D’abord, en centre de formation, le double parcours scolaire-sportif est obligatoire. Le problème qui se pose, c’est celui du contrôle de l’état sur les centres de formations et le respect de leurs obligations. Parce qu’on peut évoquer ce double parcours pour éviter que les sportifs ne soient coupés du monde réel, mais surtout dans l’optique de leur reconversion après des carrières sportives souvent courtes, pas plus d’une dizaine d’années.

Maintenant, on voit dans certaines disciplines olympiques, où les revenus sont moindres, des doubles parcours très équilibrés. Certains sportifs accédant à des diplômes d’ingénieurs ou des formations universitaires de haut niveau et qui font ensuite des carrières professionnelles « normales » tout à fait remarquables après leur carrière de sportif.

On peut donc se poser la question des exigences de l’état envers les centres de formation et des moyens mis en place pour en contrôler le respect. Notamment dans le suivi des études et de la formation à la citoyenneté, mais aussi dans la formation à la connaissance du corps, avec les questions liées au dopage, par exemple.”

Lath. : Dernière question, concernant le salaire des sportifs. Vous appelez à sa limitation. Pourtant, le modèle du sport professionnel avec une richesse essentiellement capté par les producteurs de richesse, à savoir les sportifs eux-mêmes, n’est-il pas plus sain que celui des entreprises classiques qui tirent les salaires vers le bas pour en faire bénéficier les actionnaires ?

NBO: “Il faudrait regarder de près, mais il me semble que les dirigeants de clubs sont souvent des dirigeants de grandes entreprises. On a récemment inauguré le nouveau Bercy, et, malgré les protestations de mon groupe au conseil de Paris, nous avons eu recours au naming (ndlr, l’ancien palais omnisport de Paris Bercy s’appelle désormais officiellement l’Accord hotels arena). Sébastien Bazin, le PDG de l’entreprise qui a donné son nom à la structure, a été PDG de Colony Capital, ancien actionnaire majoritaire du PSG et a donc été président du club. Et je pense qu’on ne devrait pas concevoir les clubs de sport comme des entreprises avec la logique financière qui en découle. Le principal sujet à évoquer serait d’éventuellement un nouveau statut des clubs professionnels, via une réécriture de la loi Buffet à ce sujet. Cette loi comprendrait notamment une spécificité culturelle. Car derrière un sport c’est une culture qui est en jeu. Il y a aussi un enjeu de diffusion de cette culture aux plus jeunes via l’image des sportifs. L’élite du sport doit jouer un rôle, comme l’élite dans le domaine culturel.

Le problème, c’est que les dirigeants des clubs pro sont aujourd’hui dans une logique de rentabilité économique où le stade devient une usine à cash.”

 

(1) Du nom de Fernand Sastre, ancien président de la Fédération française de football et co-président du comité d’organisation de la coupe du monde, décédé pendant la compétition.

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017