Olivier Villepreux

Lathlète.fr a pu rencontrer Olivier Villepreux l’un des trois auteurs, avec Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard, de “Débordements” (édition Anamosa). Ce sont treize histoires de footballeurs sélectionnées et racontées pour permettre « de percevoir les vices et désespoirs de la société occidentale ». Ces treize histoires sombres ou sombres histoires du football offrent une vision singulière et originale des … Continuer la lecture de « Olivier Villepreux »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Conversation

Lathlète.fr a pu rencontrer Olivier Villepreux l’un des trois auteurs, avec Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard, de “Débordements” (édition Anamosa). Ce sont treize histoires de footballeurs sélectionnées et racontées pour permettre « de percevoir les vices et désespoirs de la société occidentale ». Ces treize histoires sombres ou sombres histoires du football offrent une vision singulière et originale des grands faits de société qui ont jalonné le XXème et XXIème siècle.

Debordement

Lath. : Généralement, les histoires de football sont plutôt traitées de manière positive voire très positive. Pourquoi ce contre-pied ?

Olivier Villepreux : “L’idée était de faire résonner des problèmes de société ou des problèmes touchants, à des périodes historiques, à travers le football ; car le football n’est jamais hors de la société. Le projet était aussi de faire comprendre comment on passait du football des nations à un football de l’économie mondialisée ; donc de traiter une période entre les années 30 et aujourd’hui. À travers ces treize histoires, ces treize destins sombres de footballeurs, on a souhaité parler plus  de leur époque que ce soit pour parler du nazisme ou du

problème des femmes. C’était une manière originale de traiter des faits de société majeurs.”

Lath. : C’est original, d’autant plus que, dans cette foison de livres qui sortent pour l’Euro et qui font dans la grande majorité l’apologie du jeu de football, vous avez choisi d’aborder le football dans une approche sociétale et effectivement parfois sombre…

O.V : “Oui, cela donne une image plus complexe du football. Même dans le style, on n’a pas voulu rentrer dans ce lyrisme là parce qu’en France, effectivement, la littérature « footballistique » est très souvent dans l’éloge ou le spectaculaire. On a souhaité être assez neutre pour montrer que ces footballeurs étaient comme tout à chacun traversés par des évènements ou des faits de société. Mais, vu leurs situation d’exposition maximale, cela donnait aussi des situations extrêmes. Il y a un effet multiplicateur parce qu’ils sont footballeurs et connus.”

Lath. : En parlant du ton : vous êtes trois auteurs et donc trois écritures. Était-ce un choix ?

O.V : “L’idée vient de Frédéric Bernard. Ensuite, on s’est regroupés autour du projet par affinités et en raison d’une certaine proximité avec les histoires ou les univers.”

Lath. : Est-ce que chacun est venu avec ses histoires écrites ou avez-vous débattu au préalable ?

O.V : “On a beaucoup débattu (rires). Sur certaines histoires, non ; par exemple sur Matthias Sindelar ou Alexandre Villaplana cela a fait l’unanimité, immédiatement. C’était plus difficile concernant les histoires qui se rapprochaient du fait divers ou de l’époque moderne. Lorsque le football est devenu professionnel, les personnages se sont moins imposés ou, disons, qu’il a fallu faire des choix. Jean-Pierre Bernès, par exemple, on l’a traité pour son côté emblématique qui représente une époque ; il est charnière Bernès dans l’histoire du 

football français. Mais globalement on a débattu…”

Lath. : Et vous avez dû faire des choix pas toujours évident, j’imagine. Est-ce pour cela que l’on trouve treize histoires et non onze – parce que le foot ça se joue à 11 – ? Cela aurait été plus logique. 

O.V : “(rires) Oui mais non. Le chiffre “treize” était plus pour invoquer la connotation malheureuse qui lui est attribuée. Et comme les footballeurs sont généralement très superstitieux, on a joué le jeu…”

Lath. : Quelle est pour toi l’histoire la plus symbolique de votre ouvrage ?

O.V : “(hésitant) C’est compliqué à dire parce que de mon point de vue c’est l’ensemble qui fait sens. On a choisi les histoires en fonction des thèmes que l’on a abordés.  Le nazisme, la collaboration.”

Lath. : C’est vrai que l’ordre des histoires est chronologique alors qu’il aurait pu être thématique.

O.V : “Tout à fait.”

Lath. : À qui s’adresse l’ouvrage ?

O.V : “On a toujours voulu passer au-delà de la sphère foot, c’est-à-dire supporters, joueurs et passionnés du ballon rond. On s’adresse à tout le monde et même principalement à ceux qui ne sont pas spécialement intéressé pas le jeu de football.”

Lath. : À tous les sportifs également qui pourraient y trouver des repères ou tout du moins des limites ?

O.V : “Oui aussi. Être sportif n’enlève pas une certaine responsabilité dans la vie quotidienne tout comme les musiciens ou les artistes.”

Lath. : Vous arrêtez votre livre en 2011 avec l’histoire de Breno, ce jeune joueur brésilien du Bayern Munich totalement dépressif et

alcoolique qui avait mis le feu à sa maison. Pourquoi n’avoir pas abordé les sujets d’aujourd’hui ?

O.V : “C’est vrai que l’on aurait pu faire Blatter, Benzema ou Valbuena mais nos histoires du passé racontent quelque part celles d’aujourd’hui. Certaines font tout à fait écho à notre actualité. La chose essentielle est que l’on a plus travaillé sur des sujets d’histoire et de société. La guerre froide, l’Algérie française, la Corée du Sud ou la Yougoslavie  sont traités par le prisme du football : c’est là notre originalité.”

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017