PanamBoyz United

En marge de leur entraînement hebdomadaire, Alexandre Adet et Bertrand Lambert, respectivement président et vice-président des Panamboyz United, ont pris le temps de répondre à nos nombreuses interrogations sur leur projet inédit qu’est-ce club. Accoudés aux barrières entre les gradins et la pelouse, les deux hommes se sont rodés de nouveau à l’exercice. Depuis leur prix remis … Continuer la lecture de « PanamBoyz United »

Par Florian Gautier Publié le mardi 25 août 2015

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Conversation

En marge de leur entraînement hebdomadaire, Alexandre Adet et Bertrand Lambert, respectivement président et vice-président des Panamboyz United, ont pris le temps de répondre à nos nombreuses interrogations sur leur projet inédit qu’est-ce club. Accoudés aux barrières entre les gradins et la pelouse, les deux hommes se sont rodés de nouveau à l’exercice. Depuis leur prix remis en direct lors des Trophées UNFP, ils en ont l’habitude. 

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Lathlète.fr :  Quand on arrive sur votre site, les premières choses que l’on voit sont les lacets arc-en-ciel qui font référence au LGBT et « #CoupdeSifflet contre l’homophobie ».  Est-ce qu’il y’a une volonté de mettre en avant cette différence ? Dans le football, est-ce la principale différence qui pose problème ?

Bertrand Lambert : « Il y a plus d’un seul problème dans le football. On est le club de toutes les différences. C’est notre slogan, on y tient. Effectivement, on est affilié à la FSGL (ndlr : la Fédération Sportive Gay et lesbienne) et on est très content d’y être. Chacun vient tel qu’il est avec son parcours, son histoire, sa différence. Il s’assume tel qu’il est. Dans le vestiaire tout le monde rigole des différences des autres ! Les homos vont chambrer les hétéros et inversement. Tout le monde s’en fout, c’est ça l’objectif. On n’est pas un club communautaire. On est content d’avoir des hétéros qui s’impliquent dans la lutte contre les discriminations et qui ne sont pas, eux, discriminés. La campagne arc-en-ciel était tournée vers le respect des différences en général avec un symbole très LGBT, mais cela ne se limite pas qu’à ça. »

Lath. : Pourquoi utiliser le football pour porter ce message ?

B.L. : « Nous sommes des footeux. On a envie de militer tout en faisant du foot. On aurait pu s’attaquer à un autre sport, sauf que nous faisons du football. On s’implique dans le sport que l’on pratique. »

Lath. : Vous appelez à dire oui à la diversité. C’est très vaste…

B.L. : «  La diversité ça peut être l’origine, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, la religion…Il y a quelques jours, il y avait une affiche dans les stades de Paris qui disait : « On est tous différents, et c’est une chance ». On veut tous nous uniformiser comme quoi il n’y aurait que des hétéros qui jouent au foot en France, c’est ridicule.  Il y aurait la guerre permanente entre les juifs et les musulmans, ça aussi c’est ridicule. Il y a eu les attentas du 11 janvier qui ont appelé ce besoin de respect et de tolérance. »

Lath. : Donc dans le football on ne peut plus s’invectiver, lâcher des noms d’oiseau tout en respectant l’adversaire dans le seul but de le faire exploser ?

B.L. : «  Oui, ça se taquine. Ça se taquine mais sans aller chercher dans ces spécificités là. J’ai déjà assisté à des matchs où effectivement un mec va dire « qu’est ce que c’est que ce tir de tapette », qui va se rendre compte de ce qu’il vient de dire et s’en excuser. On a jamais fait face à de l’homophobie avérée. Un match de football reste un match onze gars contre onze gars, c’est viril. Il y a de la confrontation, des fois les mots dépassent la pensée. Mais nous, on met en avant la tolérance, le respect d’autrui, le fait de ne pas tricher. Ce sont des valeurs que l’on porte mais l’on ne se veut pas parfait sur tout, tout le temps. Notre combat c’est d’abord celui pour la diversité. Les gars qui viennent chez nous se sentent accueillis tels qu’ils sont et sont heureux de jouer au foot tels qu’ils sont. »

Lath. : Quand on vous insulte, que répondez-vous ? 

Alexandre Adet : « Il n’y a pas d’insultes nécessairement tout le temps. Après, les équipes que l’on affronte sont au courant de notre projet, des valeurs que l’on défend et du coup sur le terrain il y a beaucoup de respect vis-à-vis de nos joueurs. On a jamais eu à subir d’insultes. »

B.L. : «  On joue avec les lacets arc-en-ciel qui sont visibles et on a quand même une certaine notoriété maintenant surtout dans notre championnat. Il n’y a pas de surprise par rapport à ça. On n’a pas eu de retours négatifs. On a eu des retours positifs d’équipes qui cherchaient à se procurer des lacets arc-en-ciel pour porter ce message de différences. »

Lath. : Avez-vous déjà dû exclure un joueur au sein même de l’équipe ?

A.A. : « Non, ce n’est jamais arrivé pour la simple et bonne raison que lorsqu’ils arrivent, ils connaissent le projet. Ils font une démarche vis-à-vis du club, on les incite à mieux connaître nos actions, à visiter le site et ils savent pourquoi ils intègrent le club. »

B.L. : «  Ils portent les valeurs du club. C’est un projet collectif. Ce ne sont pas que les cinq dirigeants qui organisent tout. Tout le monde est impliqué. On l’a vu lors de notre clip « Fiers de nos différences » qui a été réalisé du début à la fin par les gens du club. On a écrit le scénario, on a joué, on a filmé (on a des professionnels de tous les médias). On a tout fait bénévolement. Et ce clip a pour moi une valeur professionnelle importante. Les gars sont heureux de porter les lacets arc-en-ciel, de répondre à toutes les questions des journalistes qui vont leur dire « alors vous êtes gay ? » ; « alors sous la douche comment ça se passe ? ». On croule sous les demandes d’adhésion ! On a cinquante licenciés, et on ne peut pas faire plus. On a un terrain de foot pendant une heure. L’année prochaine, on a un projet : dans les différences, c’est aussi lutter contre le sexisme qui existe dans le football. Il diminue un peu avec le Mondial féminin où l’on se rend compte qu’elles savent également jouer au foot « ah tiens, c’est incroyable » (ironique). On a le projet de monter une équipe féminine. Des femmes et des jeunes filles veulent intégrer notre équipe pour porter nos valeurs. Il y a même une ancienne joueuse de l’équipe de France féminine qui sera là . »

Lath. : Vous parlez de diversité, et il n’y a même pas de femmes qui jouent avec vous !

B.L. : « Si, il y a une fille qui s’entraîne avec nous ! Notre championnat est aussi ouvert aux femmes. Voilà, après c’est ouvert à tout le monde. Les filles n’osent pas forcément venir. On n’a jamais refusé une demande féminine. On a pris des débutants comme William qui a débuté dans le club il y a deux ans. Il est arrivé tout timide, il ne savait pas forcément jouer au foot et ne s’assumait pas forcément en public. Maintenant, il s’assume et a progressé au foot. »

Lath. : Votre équipe est « unique » en France alors que pourtant elle devrait être absolument « normale ».

B.L. : «  Mais elle devrait être totalement normale !  C’est vrai que l’on est un peu inclassable. Il y a des journalistes qui viennent nous voir et qui nous disent : « aujourd’hui je cherche un gay noir ». Au début, c’était plus contre l’homophobie, mais la dernière fois un journaliste est venu pour faire un reportage contre le racisme. On est inclassable. C’est compliqué de nous cerner. On ne cherche pas à faire des cases. Je me suis déjà trompé quand un journaliste me demande de parler à un homosexuel noir…je me suis déjà planté en lui montrant un joueur du club : le gars me dit « non non, j’ai une copine. » Je ne fais pas de fiche. On en rigole, personne ne s’est fâché d’avoir été pris pour un homosexuel. »

Lath. : Les Panamboyz promeuvent-ils la diversité dans le football ou le football à travers sa diversité ?

B.L. : «  Ca peut être un moyen dans le sens où l’on fait des lacets arc-en-ciel, par rapport à un gamin qui regarde le foot et qui va voir les lacets arc-en-ciel portés par sa star, son joueur préféré, et qu’il a du mal à s’assumer, il va se dire finalement : « je peux le faire ». On sert la diversité. Il est temps d’inverser la tendance avec la haine avec le mariage pour tous. On essaye de nous faire croire qu’il n’y a aucun homosexuel dans le football. C’est juste une bonne blague. Quand on est journaliste et que l’on est dans le milieu gay, on sait très bien qu’il y a des joueurs de football professionnels gays. Ils sont parfois idolâtrés par le public qui ne le sait même pas.. Il y a un besoin d’expliquer aux gens qui ne pensent pas qu’il y a des homos dans le foot. Pour eux, les homos sont les trois premiers rangs de la Gay pride avec les folles de service. 

Lath. : La récente exposition médiatique dont vous avez fait l’objet (L’Équipe 21, France 3, LCI, RFI…) vous a servi de tremplin pour la diffusion de votre message. Il y a t-il eu des effets pervers selon vous ?

A.A. : « Il faut que le message soit relayé par les médias parce que, s’il n’est pas relayé, ça sert un peu à rien. »

B.L. : «  Ce ne sont pas des effets bénéfiques, on a rien à gagner ! On n’a pas de sponsors, on ne gagne pas de l’argent. Notre combat doit être médiatisé, c’est sur. Il faut qu’on l’entende, qu’on le voit. Un reportage c’est un gamin qui le lit, au lieu d’aller faire des conneries. Ce sont des choses comme ça qui nous poussent vers l’avant. C’est pour cela que l’on a été voir le foot professionnel et la LFP (ndlr : Ligue de Football Professionnelle) car c’est un démultiplicateur du message à destination des couches les plus populaires qui sont celles qui ne rencontrent pas forcément de diversité au quotidien et qui sont touchées de plein fouet par le foot. La campagne des lacets est la première en Europe ! Et dans aucun pays du monde il n’y a eu deux championnats professionnels qui, conjointement, ont porté les lacets. J’ai eu un journaliste de Libération qui m’a dit « c’est vraiment timide votre truc », mais au moins ça existe. Et on fera mieux dans la deuxième édition en mettant des mots sur les discriminations. On y a été tranquillement. Et c’était important de passer par le monde pro. »

LATH.FR : Quelles ont été les sources d’inspiration pour la création de cette association et les mises en oeuvre de sa politique ?

B.L. : «  On vient quasiment tous de différents clubs plus orientés « gay ». On était tous au PFG (ndlr : Paris Football Gay), on est tous partis, mais ce n’est pas le sujet. On a passé six premiers mois très durs nous deux (Alexandre et lui ; rires), on a réussi à conserver le terrain et à monter l’association. Celle-ci est autonome, on n’a pas de subventions, on fonctionne sur nos fonds propres. Elle a deux ans et demi. On a fait énormément de choses. »

Lath. : Pourquoi il n’existe pas de clubs sur une base de discrimination religieuse ? Le fondement est toujours gay…

A.A. : « On n’est pas obligés de se sentir discriminés mais il existe des clubs communautaires liés à la religion, à l’appartenance ethnique. »

B.L. : «  On est une arche de Noé. »

Lath. : Comment les Panamboyz font-ils pour ne pas devenir un effet de mode et pour que leur message ne perde pas de sa nature ? Quand on voit la vente de produits dérivés sur le site du club, on peut se poser la question.

B.L. : «  Il y a plein de choses à créer encore, on est tout jeune. On a des entraîneurs, ce qu’on n’avait pas l’an dernier. Sportivement, on est montés d’une division, on a été beaucoup à partir à l’étranger pour un tournoi. On commence à travailler avec la mairie de Paris, avec le Ministère des Sports, on s’entend très bien avec Maguy Ontanon, avec les Dégommeuses, on a co-organisé les TIP (ndlr : Tournoi International de Paris), tout ça avec nos 50 petits bénévoles…On se développe. »

Lath. : Dans un climat sociétal que l’on dit de plus en plus anxiogène, votre démarche n’a t-elle jamais eu autant de sens ?

A.A. : « Ca tombe à point nommé avec le climat de haine qui a entouré les attentats et le mariage pour tous. Il n’y a pas de sujets tabous, on parle tout. Il y’a beaucoup de travail à faire. À Paris tout est plus simple. En province, il n’y a pas beaucoup de relais. Mais des projets naissent à Rennes, à Montpellier, à Bordeaux. »

Lath. : Vous êtes arrivés troisième de l’Eurocup à Hambourg en réalisant un très beau parcours. Que pouvez vous nous dire du regard des autres équipes européennes sur les Panamboyz ?

B.L. : «  Ce sont plus des équipes axées “gay”. On est un peu à part. Le coup des lacets arc-en-ciel, ça parle beaucoup. Ils sont beaucoup à essayer ça dans leur championnat, mais personne n’y arrive. Les Anglais ont lancé en premier ces lacets. Ils ont distribué ces lacets à tous les clubs anglais. Le message, en gros, était « portez ça sinon vous êtes homophobes ». Il y a deux clubs qui ont porté ces lacets et tous les autres, mis devant le fait accompli, n’ont pas pris part à cette initiative. Et pourtant, il y a eu d’énormes retours dans la presse. Je me suis dit qu’il fallait faire ça mais en s’y prenant complètement autrement. C’est pour ça que je suis allé voir la LFP. Ensemble, ce sera notre projet. C’est comme ça qu’on y est arrivé. À l’étranger, ils sont très heureux de nous voir avec les lacets arc-en-ciel et il y a eu des reprises partout. On a eu un joueur qui a fait une double page dans le Têtu allemand alors qu’il est hétéro ! On brise les barrières. On brouille les stéréotypes habituels. »

A.A. : « Tous les projets de ce type là sont portés par le monde amateur. Après le monde professionnel est un relais primordial dans le sens où les gens vont s’identifier par rapport à leur joueur préféré. »

B.L. : «  La FFF (ndlr : Fédération Française de Football ) met un temps fou à réagir, et vient seulement de cautionner “#Coupsdesifflet contre l’homophobie” . Il aura fallu un mois pour relayer sur twitter ! Pour eux, ce problème n’existe pas. La LFP joue le jeu. J’ai présenté ce projet devant les présidents de club. Le coût de l’opération a été quasiment nul pour des retombées énormes, c’est génial. »

Lath. : C’est encore une base gay… 

A.A. : « Ce qui nous rapproche au départ, c’est ce qu’on a en commun. Si on est musulman, on va se sentir plus proche d’autres musulmans, si on est gay on va se sentir plus proche d’autres gays. Le sport est là pour prôner toute cette diversité.

B.L. : « Ce qui nous rapproche tout de même c’est le foot. On est là pour jouer au foot. On veut mettre en avant le respect et la tolérance. Les gays, dans le club, sont peut-être plus impliqués parce qu’ils se sentaient peut-être plus visés. »

Lath. : Sur le plan sportif, avec la meilleure défense, et de loin, du championnat (18 buts en 18 matchs) les Panamboyz ont fini deuxième de leur poule du Championnat synonyme de montée en première division. Quel est l’objectif extra-sportif pour la saison prochaine ?

B.L. : «  Moi j’ai l’accord de M.Thiriez pour l’année prochaine pour recommencer cette semaine FARE (ndlr : Football Against Racism in Europe). Ça ne va pas s’arrêter là. On va décliner le message pour mettre des mots sur les discriminations. C’est le debrief que l’on a eu avec le Ministère des sports. On est très heureux de porter ce message à côté de notre travail respectif. »

A.A. : « Fallait mettre un pied à l’étrier et maintenant améliorer ce qui n’a pas été correctement fait. »

Par Florian Gautier Publié le mardi 25 août 2015