Romain Molina

Cheveux bruns, passionné de foot, amoureux de l’Espagne… Romain Molina a récemment écrit la biographie d’Unai Emery, entraîneur au Paris Saint-Germain, cheveux bruns, passionné de foot et amoureux de l’Espagne, lui aussi. Le récit est bâti autour d’une cinquantaine d’entretiens. Qu’ils soient russes ou espagnols, en première division ou dans des divisions inférieures, ils ont … Continuer la lecture de « Romain Molina »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 21 avril 2017

Lire la suite

Conversation

Cheveux bruns, passionné de foot, amoureux de l’Espagne… Romain Molina a récemment écrit la biographie d’Unai Emery, entraîneur au Paris Saint-Germain, cheveux bruns, passionné de foot et amoureux de l’Espagne, lui aussi. Le récit est bâti autour d’une cinquantaine d’entretiens. Qu’ils soient russes ou espagnols, en première division ou dans des divisions inférieures, ils ont tous côtoyé de près ou de loin le triple vainqueur de l’Europa League.

Emery

Lathlète.fr : Est-ce que tu as choisi d’écrire un livre sur Unai Emery parce qu’il est, comme tu le dis, « un coach à la mode dans le monde du football » ?

Romain Molina : « Ce sont les mots de mon éditeur, Bertrand Pirel ! C’est même lui qui m’a proposé le projet. Il m’a appelé fin juillet/début août avec cette idée de faire un peu comme pour Marcelo Bielsa quand il est venu à Marseille. Thomas Goubin avait fait une bio pour permettre de mieux connaître Bielsa, ce qu’il a fait, sa méthode, etc. C’est un exercice où il faut être attentif à tout, prendre un peu tout ce qui se fait ici et là. Honnêtement, je ne suis pas très doué pour ça, donc je suis parti sur autre chose, en allant chercher tout par moi-même (encore une fois, ce n’est pas forcément mieux ou moins bien, c’est un boulot différent, que ce soit bien clair). Le livre est sur Unai Emery, mais je me sers justement de lui pour voyager dans les divisions inférieures espagnoles, notamment dans les clubs du sud du pays (Lorca, Almeria), et mettre en avant d’autres personnes, comme José Ortiz, le capitaine historique au tournant du XXIe siècle d’Almeria. »

Lath.fr : Pourquoi lui et pas Diego Simeone par exemple ?

R.M : « Sans doute car il n’a pas signé à Paris ! Ça pourrait être intéressant, évidemment, mais il est plus logique pour un éditeur français de s’intéresser avant tout à un grand entraîneur étranger venu en France. Et puis, il me semble surtout que quelque chose va sortir sur Simeone en France, une traduction d’un bouquin sur lui (à voir si je ne dis pas de conneries).
À titre personnel, je ne connais pas Simeone. Pas que je sois intime avec Unai – je l’ai vu une fois dans ma vie -, mais j’avais plus de connexion ou de réseau pour avoir des gens ayant bossé avec lui. Il ne faut pas oublier que ce livre, je me suis démerdé tout seul pour tous les contacts. Je n’ai pas de rédaction pour m’aider, donc il faut faire aussi en fonction de ce que je peux avoir. Le portable de David Villa, tu n’as pas ça d’un claquement de doigt ; encore plus quand tu es un jeune de 25 ans exilé au fin fond de l’Andalousie et bossant de manière indépendante. »

Lath.fr : C’est quoi être « un coach à la mode » ?

R.M : « Demande à Bertrand, ce n’est pas mon expression (rires). Mais je pense qu’il voulait dire un coach dont tout le monde parle. Un coach qui gagne, réussit ou propose quelque chose suscitant l’attention. Exemple : Eduardo Berizzo au Celta n’a peut-être pas remporté de titres, mais c’est un « coach à la mode » pour les idées qu’il préconise en matière de jeu ; fortement inspirées de Bielsa, certes, mais encore faut-il les appliquer à sa sauce et que ça marche. »

Lath.fr : Faut-il être « fou » dans sa manière d’être et de paraître – comme Klopp, Simeone – pour être à la mode ?

R.M : « Tout dépend de ce qu’on entend par être fou. Si la « folie » se résume à des déclarations trash et une « manière d’être » propice à l’émotionnel, au pathos, alors oui, pour beaucoup, c’est une manière d’être à la mode car elle s’accompagne d’une effervescence médiatique et marketing. Mais ça, ce sont des âneries. Je n’ai strictement aucun respect pour les gens essayant d’amener des mecs au sommet car ils balancent des trucs ou sont un peu « fous », pour reprendre ton expression. Déjà, ils sont très loin d’être fous, il y a beaucoup de déclarations ou « manière de paraître » pour encore te citer, qui sont calculés en avance avec des conseillers de communication, agent ou journaliste/responsable éditorial.
Maintenant, je vais parler d’une autre folie, la vraie, qui est celle d’être habitée par ce que tu fais. Alors là, oui, Klopp, Simeone ou Emery, j’imagine qu’ils partagent cette même folie ; s’infliger cinq fois Guingamp – PSG, c’est vrai qu’on peut même parler de psychose. Maintenant, la manière de paraître… Putain, mais faut arrêter avec ces conneries. Qu’est-ce qu’on devrait en avoir à foutre du paraître ? Surtout que le métier d’entraîneur, c’est tout l’inverse, non ? La vie en elle-même d’ailleurs. Enfin ouais, je sais, ça marche beaucoup le paraître. Mais si une nuée d’illuminés se jette dans le Guadalquivir, je ne vais pas les rejoindre pour autant. Pareil avec ce non-sens. »

Lath.fr : Bielsa est un fou de football et à son arrivée il a été adulé. Emery est également un fou de football et pourtant il a suscité rapidement la controverse. Comment l’expliquer ?

R.M : « Je parle de tout ça dans le chapitre 16, avec notamment une vision en interne de la démission de Bielsa après le match contre Caen ; c’est un passage que j’aime beaucoup d’ailleurs. Il a été adulé Marcelo, oui, mais par qui ? Après il faut remettre les choses à leur place. Bielsa est un inventeur, un génie au sens propre du terme, avec ses qualités et ses défauts. Comme me le disait Pablo Herrera, père d’Ander : « Marcelo, c’est un terroriste du football ! C’est l’extrême ! » Il racontait ça avec beaucoup d’affection, comme à peu près tous les grands joueurs ou coachs. Je ne sais pas, mais Javier Zanetti ou Alex Ferguson sont peut-être plus crédibles que des personnes n’ayant jamais parlé à Bielsa ou n’ayant jamais bossé avec lui ? Ah mais j’oubliais, c’est vrai, « c’est un salaud » qui courait les billets auprès de la sélection mexicaine ! Mais oui, que suis-je bête….
Bref, pour revenir à tout ça, personne n’est insensible sur Bielsa, c’est peut-être le propre du génie. On en revient au paraître avec cette connerie de glacière…. C’est comme ça aussi qu’on a traité un mec ayant littéralement bouleversé la manière dont le football pouvait être joué. C’est dramatique, et heureusement que les fans de l’OM et d’autres ont vu en cet homme quelque chose qu’ils ne trouveront chez personne d’autre. Après, concernant Unai, il a connu une certaine « hype » au tout début. Bon après, j’ai vu que Bernard Morlino – donc je parle vraiment des grands de ce monde – Bernard Morlino putain – a comparé l’Europa League à la Ligue 2, et qu’en gros, Emery, c’est l’AJ Auxerre. Un autre l’a traité de « ouistiti » en direct à la télé, tranquillement. Dominique Séverac, me semble-t-il, a parlé d’un « enfant de huit ans » dans sa manière de gérer l’effectif. Ne parlons pas de Courbis, Domenech et autres, que des gens demandés par l’Europe entière depuis des dizaines d’années ! (Et là, normalement, il faudrait un rire bien gras préenregistré). »

Lath.fr : Comme on peut le lire, tu dis que ses joueurs à Almeria disaient de lui qu’il était un « enfermo de futbol ». C’est-à-dire ?

R.M : « Ils le surnommaient comme ça, en effet ! Enfermo veut dire malade. Donc si on traduit littéralement « malade de football », c’est un peu péjoratif, alors que c’est plus dans le sens affectif et ironique. Comme le dit Laurent De Palmes, latéral droit français ayant joué à Almeria : « Il dort, mange et respire football. On se demandait même s’il ne baisait pas football ! » »

Lath.fr : Est-ce un génie tactique, un homme de management, un puit de science du football ? Quelle est sa singularité ?                                                                                                           


R.M : « Je n’ai jamais été un joueur dirigé par Unai, donc c’est dur de répondre. On va dire que ce qui ressort de la quasi-cinquantaine d’entretiens menés autour de lui est un ensemble des trois. Il faut s’imaginer l’entraîneur d’un grand club européen, le PSG donc, appeler un ami pour lui demander des informations sur une tactique utilisée en D3 espagnole ! Donc il y a un peu de tout, mais je dirais que ses deux singularités sont le soin accordé aux phases arrêtées et sa manière de gérer les écorchés vifs. Il a eu quelques cas mine de rien : Felipe Melo, Gary Medel, Ever Banega…»

Lath.fr : Pourquoi a-t-il échoué en Russie ?

R.M : « Lisez « Unai Emery – El Maestro », disponible pour 13 euros 50 dans toutes vos bonnes librairies ou sur la Fnac et Amazon ! Pour un livre acheté, il y a une chance en moins qu’un auteur – encore plus d’œuvres sportives – vive sous un pont !
Surtout qu’il y a deux chapitres sur son aventure au Spartak et que j’en suis bien content. Merde, j’ai pu parler avec le directeur sportif ayant fait venir Emery, Dmitri Popov, et il explique très bien les faits. Puis merde, cet homme a une photo de profil Whatsapp absolument génial. C’est un genre d’image de Carles Puyol en travesti. Rien que pour ça, je suis heureux d’avoir fait le livre. »

Lath.fr : Et surtout, pourquoi la France est-elle hostile à cet homme, à tel point que le vestiaire n’avait pas, au début, son adhésion?

R.M : « Euh, non. Cette affirmation est fausse. Que certains ne comprenaient pas le pourquoi du comment, oui, mais l’adhésion, je ne peux pas te laisser dire ça car c’est faux. Après il ne faut pas déconner, il n’est pas rentré dans un champ miné, même si certains ont dû tiquer vu le changement des entraînements, en effet (et les séances vidéo aussi). »

Lath.fr : Lorsqu’il laisse toute la première partie de saison Di Maria titulaire, personne ne comprend. Lui l’assure : il ne lâchera jamais son idée et veut redonner confiance à Angel. C’est ça l’esprit Emery ?

R.M : « Il n’avait pas Draxler, Guedes ou un Ben Arfa en bonne condition au début de la saison, il ne faut pas l’oublier. Donc il fait quoi ? Il n’avait pas Pastore non plus. Imagine une minute dans la hiérarchie et affinités qu’un vestiaire peut avoir s’il sort Di Maria pour mettre, au hasard, Meunier ailier droit ou un gamin de 18 ans. Tu imagines ce que ça peut faire ? Et je tiens à signaler que Di Maria a fait un petit séjour sur le banc en ce début d’année avec l’arrivée de Draxler justement. Honnêtement, j’ai du respect pour Jesé, mais je pars du principe que le staff voit les joueurs chaque jour à l’entraînement. Donc s’il était bon, il aurait joué à la place de Di Maria, c’est certain. On va voir ce qu’il fait à Las Palmas d’ailleurs ; et je lui souhaite le meilleur, sans ironie, et pas uniquement en salle de muscu en écoutant du reggaeton. »

Lath.fr : Est-ce qu’Emery est le coach qu’il faut au PSG ?

R.M : « Je ne sais pas, mais il m’a permis d’écrire un livre (et donc de continuer à « survivre » de ce que j’essaye de faire dans ce métier) et de voir la photo Whatsapp de Dmitri Popov, donc je suis tenté de répondre oui. »

Lath.fr : A-t-il la capacité d’adaptation qu’il manque parfois à de très grands tacticiens et qui lui a manqué en Russie ?

R.M : « Le meilleur exemple, c’est son bilan en Coupe d’Europe, sa capacité à justement s’adapter d’un match à l’autre. À la mi-temps contre Liverpool, le but égalisateur est le fruit d’une stratégie qu’il invente pendant ces quelques minutes. Sans oublier le discours. Donc les faits répondent que oui (cf, le Irun – Lorca de la montée en D2, le Almeria – Cadiz où il peut se faire virer, le repositionnement de Rakitic quand Séville galérait…). »

Lath.fr : Le coach et l’homme sont-ils indissociables ? Ou Emery montre-t-il un autre visage en dehors du football ?

R.M : « J’imagine qu’on ne peut pas dissocier les deux. Après, je ne connais pas Unai dans l’intimité, je l’ai vu une fois dans ma vie, et il est vrai qu’il était aussi passionné que lorsqu’il dirige une séance d’entraînement. »

Lath.fr : A-t-il d’autres passions ?

« Je ne suis pas intime avec Unai, donc je ne sais pas trop quoi répondre. De ce que ses amis m’ont dit, il y a forcément la lecture vu tout ce qu’il lit. Après, je sens qu’une bonne bouteille de vin et des tapas ne le laisseront jamais insensible (cf, il est propriétaire d’un restaurant de cuisine basque à Valencia justement). »

Lath.fr : Comment as-tu décider de construire ton livre ?

« Je n’ai jamais fait de plan pour quoi que ce soit, donc c’est simple : j’ai interviewé près de cinquante personnes ayant connu Unai, car ce sont eux qui peuvent conter l’histoire, pas moi. A la rigueur, je fais le metteur en scène, mais ça s’arrête-là. C’est un peu ça l’idée globale : voir ce que les gens ont à dire, à tous les niveaux, sur toutes les périodes de sa carrière, et ensuite mixer la chose et enrober ça avec un peu de culture-foot (ou gastronomique, comme l’ensalada murciana). »

Lath.fr : Comment écrire sur Emery ?

« Comme sur chaque autre entraîneur ou joueur : en cherchant des témoins. N’aimant pas parler des matchs ou des stats, j’ai toujours pensé que j’écrirai quelque chose me faisant envie. Ce qui me fait bander, si tu me permets l’expression, c’est d’apporter une touche intime, humaine, avec un cadre dépassant le foot. Encore plus pour un livre putain. Si le mec donne 13 euros 50 pour un wikipedia amélioré, autant le rembourser car c’est une escroquerie. Donc Emery comme tous les autres, c’est la même recette selon moi : tu te bouges le popotin. »

https://www.amazon.fr/Unai-Emery-Maestro-Romain-Molina/dp/2755629274

Par Florian Gautier Publié le vendredi 21 avril 2017