Thierry Ambrose

Qui ne rêverait pas, à dix-huit ans, d’avoir été élu meilleur joueur de l’Académie de Manchester City après en avoir été le meilleur buteur ? Qui ne rêverait pas, à sa majorité, d’être dans le groupe d’un des meilleurs clubs de Premier League pour disputer une rencontre de Ligue des Champions ? C’est le parcours … Continuer la lecture de « Thierry Ambrose »

Par Florian Gautier Publié le samedi 01 avril 2017

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Conversation

Qui ne rêverait pas, à dix-huit ans, d’avoir été élu meilleur joueur de l’Académie de Manchester City après en avoir été le meilleur buteur ? Qui ne rêverait pas, à sa majorité, d’être dans le groupe d’un des meilleurs clubs de Premier League pour disputer une rencontre de Ligue des Champions ? C’est le parcours de Thierry Ambrose. Auxerrois de coeur et de formation, il a quitté à seize ans sa région natale pour le professionnalisme anglais. Là où beaucoup d’autres se sont cassés les dents. En dépit de sa récente blessure, il se sent bien dans un univers qui n’attendait que lui. Oui, Thierry Ambrose est né pour briller. 

ambrose

Thierry Ambrose : “À la base, je jouais à l’AJ Auxerre. J’ai eu la chance d’être contacté par plusieurs clubs. J’ai décidé de partir en Angleterre car j’ai toujours voulu jouer en Angleterre. C’est moi qui ai pris la décision mais j’en ai parlé avec ma famille. Manchester me suivait depuis pas mal de temps. J’étais aussi en fin de contrat à l’AJ Auxerre et il voulait me faire signer pro : j’ai décidé de ne pas signer professionnel comme ça je pouvais partir à Manchester qui m’a proposé une bonne offre. 

C’est mon agent qui est parti à Manchester visiter. Un mois avant que je signe, je suis parti là-bas pour regarder. On a fait un ou deux mois à l’hôtel pour chercher la maison. On a choisi ensemble.” 

Lath. : Dans le football, la qualité de vie d’une ville compte-t-elle vraiment ou seul le niveau du club pour toi joue un rôle dans la décision finale ? 

T.A : “Il n’y a que le football qui a compté. Pour moi, c’est une grande ville, il y a beaucoup de choses à faire. Le temps n’est pas super beau mais on s’habitue vite. 

Je vivais avec ma famille mais maintenant je vis tout seul. Mes frères font des aller-retour. Je suis tout seul mais en même temps ma famille vient souvent. 

Et puis je me suis fait rapidement des potes. Il y avait déjà des Français qui étaient avec la réserve. Moi je suis arrivé en U18 et j’étais obligé tout de suite de parler anglais parce que j’étais le seul Français dans ma catégorie. J’ai dû apprendre rapidement et c’est le fait de n’être qu’avec des Anglais qui m’a fait apprendre. Si je n’étais resté qu’avec les Français je n’aurais pas appris. J’ai aussi des potes Anglais.”

Lath. Désormais, les jeunes partent de plus en plus tôt à l’étranger. Est-ce que l’on peut encore être un bon joueur, être reconnu comme tel tout en restant avec ses potes dans son club d’origine ? Pourquoi cette course « à la gloire » ? 

T.A : “J’ai eu des petits problèmes dans mon club vers la fin. En plus, il y avait des changements de direction, pour moi c’était compliqué de rester. Le président changeait, Auxerre était presque en National. Le club n’avait plus d’argent. Ça a aussi penché dans la balance. Et puis, au niveau des potes, ce sont des potes du foot. Ce n’est pas comme si c’était des amis d’enfance. Mais mes potes d’enfance ne viennent pas à Manchester.” 

Lath. : J’ai lu quelques articles te concernant et tu remercies tout le temps Daniel Duroir et Jérémie Spender (ndlr, deux entraîneurs chez les jeunes à Auxerre). Quelle importance ont-ils eu pour toi ? 

T.A : “Ce n’était pas facile parce que je suis parti en famille d’accueil chez Daniel Duroir : c’est pour ça que je le remercie. Il a fait énormément pour moi, comme Jérémie Spender d’ailleurs. C’était obligatoire de les remercier. Comme j’étais en famille d’accueil, je n’avais pas ma famille à mes côtés, c’était un peu comme mes deuxièmes pères.” 

Lath. : Pour Maxwell Cornet (ndlr, joueur de Lyon), par exemple, il y a de la suspicion autour de son véritable âge. Est-ce que tu as déjà été confronté à des remarques sur ton âge, ton gabarit…?

T.A : “Non (rires). Je suis né en France, je suis guadeloupéen. Et quand j’étais petit, quand je jouais, j’étais vraiment tout petit.”

Lath. : Tu es parti très jeune de France. Tu connais à la fois la formation des jeunes en France et à la fois la formation des jeunes en Angleterre. Qu’est-ce qui change ? 

T.A : “C’est un peu la même formation. En France, c’est plus physique. En tout cas à Auxerre, on apprend l’endurance, à finir un match. À Manchester, c’est plus technique. Tactiquement j’ai vraiment progressé. Après, c’était différentes catégories donc c’est difficile de comparer. Au niveau de la gagne aussi : en Angleterre c’est vraiment quelque chose qu’il faut avoir. 

Et quand je suis arrivé, ils m’ont dit d’apporter ce que j’ai appris à Auxerre.”  

Lath. : Et là tu arrives à Manchester et tu as pour entraîneur Jason Wilcox. Comment se sont déroulés les premiers entraînements avec la difficulté de la langue ? 

T.A : “Oui, j’étais entraîné par Jason Wilcox qui était un international anglais et qui a joué dans des grands clubs comme Blackburn. J’ai fait un an avec les U18 et vers la fin je suis monté avec la réserve. Au début, c’était difficile comme je n’avais pas ma licence – pendant deux, trois mois. Je faisais que de m’entraîner, je ne faisais pas de match. Mais j’étais mieux intégré dans le groupe donc je commençais à avoir des potes, à rigoler. C’était plus facile pour moi du coup. Après c’est parti pour de bon !”

Lath. : Qu’est-ce qui change entre le discours de Daniel Duroir et de Jason Wilcox ? 

T.A : “Je ne me pose même pas cette question. Je ne sais pas comment l’expliquer. À Manchester, c’est plus professionnel. Avant, on devait finir premier. C’était avec les 13 ans, on savait qu’on allait gagner tous les week-end. Maintenant on joue contre des grands clubs même en U18.”

Lath. : Ensuite, tu arrives sous les ordres de Patrick Viera. Est-ce qu’il t’as pris sous son aile ?

T.A : “Non pas du tout. Il me considérait comme tout le monde voire me traitait de façon un peu plus dur. Patrick Viera m’a entraîné pendant deux ans. Après il a eu une bonne opportunité de partir à New York.” 

Lath. : Tu as connu une première sélection dans le groupe A pour un match de Ligue des Champions. Comment t’es-tu comporté dans un groupe composé de stars ? 

T.A : “Je l’ai appris le matin après l’entraînement. Je suis rentré chez moi pour faire mes affaires et ensuite on a pris l’avion. J’étais à côté de Yaya (ndlr, Touré). On a été à l’hôtel. Le lendemain, l’entraîneur donne l’équipe. Moi j’étais dans le groupe, j’étais dans le vestiaire avec eux donc c’était cool.” 

Lath. : Est-ce que tu passes du temps avec les autres Français de l’équipe en dehors du centre d’entraînement ? 

T.A : “Je suis un peu avec Bacary (ndlr, Sagna). Bacary et mon frère sont assez proches donc j’ai une bonne relation avec lui. Je m’entends bien avec Mangala, on a assez les mêmes délires.”

Lath. : Un joueur de ton âge a-t-il le temps pour se préoccuper de sa vie amoureuse ? 

T.A : “Non, je n’ai pas le temps (sourire). Enfin si, juste pour une : Marie. Ça fait longtemps que je suis avec elle : depuis le collège. Quand je suis parti, elle a déménagé elle aussi en même temps. On était tous les deux à Auxerre et elle a déménagé à Toulon quand je suis parti à Manchester. Maintenant, c’est à distance et on verra pour la suite.”

Lath. : Tu as prolongé jusqu’en 2020 avec Manchester City, tu as été nommé parmi les 50 meilleurs joueurs du monde de moins de 18 ans, tu as été élu meilleur joueur et meilleur buteur de l’académie….Si on devait continuer à écrire cette histoire, qu’est-ce que l’on écrirait ? 

T.A : “Je ne sais pas. Pour l’instant, je suis blessé (rires). On verra à mon retour. J’ai un plan de carrière défini mais ma blessure a remis en cause ce plan. Je suis blessé neuf mois, je me suis fait les ligaments.”

Par Florian Gautier Publié le samedi 01 avril 2017