Youna Dufournet

Youna Dufournet ne vit que pour la gymnastique depuis son inscription au cours de baby gym alors qu’elle n’a que dix-huit mois. Dix-neuf ans plus tard, elle n’a pas changé de discipline, seulement d’environnement. Après avoir quitté le club de son enfance, à Avoine, la native de Saumur a rejoint l’INSEP. Entre ses blessures, ses … Continuer la lecture de « Youna Dufournet »

Par Florian Gautier Publié le lundi 18 mai 2015

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Conversation

Youna Dufournet ne vit que pour la gymnastique depuis son inscription au cours de baby gym alors qu’elle n’a que dix-huit mois. Dix-neuf ans plus tard, elle n’a pas changé de discipline, seulement d’environnement. Après avoir quitté le club de son enfance, à Avoine, la native de Saumur a rejoint l’INSEP. Entre ses blessures, ses coups de mou et ses médailles mondiales, la jeune gymnaste n’hésite pas à porter un avis critique sur son sport. 

Youna Dufournet

Lathlète.fr : Dès le CP, à 6 ans donc, tu fais 15 heures de gymnastique par semaine. Avec du recul, n’est-ce pas trop ? 

Youna Dufournet : “Avec le recul, je ne trouve pas. En primaire, on n’avait que le jeudi de libre alors en sortant de l’école, de 16 h 30 à 20 h, on allait à la gym. C’était notre occupation. On était quatre ou cinq, c’était mes amis et je n’avais pas l’impression d’être différente. Ça a été un peu plus dur au collège et au lycée parce qu’on voyait les gens rentrer chez eux ou sortir alors que nous, nous allions dans une salle de gym. C’était difficile. Mais je n’en garde pas un mauvais souvenir.” 

Lath. : À 16 ans, tu obtiens une médaille de bronze au saut de cheval aux Mondiaux à Londres. Comment gère-t-on, à cet âge-là, ce nouveau statut ? 

Y.D : “J’ai eu 16 ans le lendemain. On ne s’en rend pas compte du tout. Je travaillais pour ça, j’avais eu des résultats avant en Juniors : j’avais fait cinq médailles aux Championnats d’Europe dont trois en or ; aux Jeux Méditerranéens j’avais eu quatre médailles d’or et une d’argent…Du coup, c’était dans la lignée, je travaillais pour et je voulais participer aux Mondiaux. Ce n’était pas qu’une participation qui me tenait à cœur : c’était une médaille. Par exemple, au concours général, j’ai fini cinquième et j’étais insatisfaite alors que maintenant je me dis qu’une cinquième place ce n’est pas du tout négligeable. C’est super top. Pour moi, il me fallait une médaille, je me suis donnée à fond au saut et je n’avais qu’à faire mon travail. J’ai obtenu une médaille mais, sans être prétentieuse, ça me paraissait banal après mes résultats en Juniors. Maintenant, je me rends vraiment compte de cette médaille que j’ai eue aux championnats du Monde.” 

Lath. : Tu as longtemps fait le choix de rester à Avoine alors que tu pouvais partir dans les pôles… et pourtant tu performais. Quel est le message à faire passer ? 

Y.D : “Je suis partie d’Avoine à l’âge de 17 ans mais vu que ça se passait bien, que j’avais des résultats, je n’avais pas l’intention de partir. Je voulais rester près de ma famille le plus longtemps possible. Après, ça a été mon choix de partir parce que ça se passait moins bien avec mes entraîneurs et que j’avais besoin de partir à l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance). Au début, ça a duré trois ans, je n’avais aucune envie de partir.” 

Lath. : Ensuite, tu t’es blessée assez gravement. Et c’est là que tu as commencé à ouvrir les yeux sur le monde qui t’entoure. La blessure a-t-elle été, dans un sens, bénéfique ? 

Y.D : “Je me suis blessée une première fois en 2009. J’avais déjà mal avant les Mondiaux et après la compétition, on m’a dit que je devais me faire opérer. Ça a été une opération bénigne : il fallait enlever des morceaux du ménisque qui étaient cassés. Après cette opération, j’ai trop sollicité mon poignet, qui s’est fracturé. J’ai repris, je me suis refait mal au genou début février lors d’ un stage et j’ai continué les Coupe du monde, les Championnats d’Europe. L’état de mon genou ne faisait qu’empirer, jusqu’au jour où il a pété aux Championnats de France. Sur une mauvaise chute, ça ne s’est pas très bien passé. Et là, ça a été un peu la descente aux enfers avec la rééducation très difficile, mes entraîneurs qui ne comprenaient pas trop que je puisse avoir mal et que je n’aille pas à l’entraînement… Plein de choses qui ont fait que j’ai craqué : je n’en pouvais plus, j’en avais marre de tout. J’ai décidé de demander à partir à l’INSEP parce que c’était soit ça, soit j’arrêtais la gym. C’est sûr que ça a été bénéfique. Après, ça a mis du temps avant que je voie le côté positif de la chose.” 

Lath. : Pourquoi les gymnastes sont très jeunes ? Existe-t-il une limite d’âge à la performance gymnastique ? 

Y.D : “Non, je ne pense pas. C’est propre à chacun. Ça dépend comment le corps a été sollicité avant, ça dépend ce que l’on sait faire… Mais le corps ne peut pas travailler autant sur du long, long terme.” 

Lath. : Pourquoi il n’y a pas d’union entre les clubs, la fédération et l’INSEP ? Quel est le problème ? 

Y.D : “À l’époque, puisque ce n’est plus trop le cas maintenant, c’est vrai que j’étais un peu enviée d’aller à l’INSEP et on ne comprenait pas trop mes résultats dans mon club alors que l’INSEP était considéré comme LE Pôle France. Comme toutes les gyms (il existe différentes disciplines dans la gymnastique) devaient se réunir à l’INSEP, c’était inconcevable que Youna reste dans son club avec ses entraîneurs. La fédération, pendant un temps, voulait enlever mes subventions à cause de ça… C’est l’ancien président – ce ne sont plus les mêmes dirigeants et entraîneurs maintenant. Mais les anciens entraîneurs n’aimaient pas du tout mes entraîneurs de l’époque. C’était une “guéguerre” de merde, concrètement. Maintenant, il y a beaucoup plus d’union entre les clubs, la fédération et l’INSEP. Il y a quatre ou cinq pôles France et toutes les gyms et les meilleures Françaises n’ont pas l’obligation d’être à l’INSEP.” 

Lath. : Cette “guéguerre” a-t-elle eu un impact négatif sur toi ? 

Y.D : “Oui et non. Je n’étais pas très appréciée par l’entourage d’autres gymnastes, parce que j’étais l’exception qui n’allait pas à l’INSEP… Le jour où j’ai demandé d’aller à l’INSEP, je ne suis pas sûre que ça ait été très bien perçu par tout le monde. Ça n’a pas eu énormément de répercussions, hormis en 2010 où ils ont refusé que mon entraîneur de l’époque me suive aux Championnats d’Europe. Je rentrais un nouvel élément (une figure) en finale des barres asymétriques – un élément que je maîtrisais mais qui était assez compliqué et dangereux – et l’entraîneur qui te connaît sait comment parer la gym (on n’a pas le droit de toucher la gymnaste qui fait son élément noté). L’entraîneur national a cru que je ne rattraperais pas la barre, il m’a accrochée mais je l’ai rattrapée. Au final, j’ai perdu 5/10e et une médaille à cause de ça. Mais à part ce petit pépin qui me coûte une médaille, il n’y a jamais eu de répercussions.” 

Lath. : Des entraîneurs étrangers t’ont-ils déjà contactée ? 

Y.D : “Non, pas à ma connaissance. Peut-être par le biais d’un entraîneur, mais pas à ma connaissance. Sauf aux États-Unis, dans les universités américaines.” 

Lath. : La gymnastique à l’étranger est-elle complètement différente de la gymnastique en France ? 

Y.D : “Ça dépend. En université, oui. Mais dans les autres pays, je ne pense pas que ça soit fondamentalement différent.” 

Lath. : Est-ce que tu vis de la gymnastique ou fais-tu des études parallèlement ? 

Y.D : “Houla, non, non je n’en vis pas du tout. Je fais des études – je suis en BTS Communication – et je suis en contrat d’insertion professionnelle avec une entreprise, Vivendi. C’est le ministère des Sports qui passe des contrats professionnels avec certains sportifs potentiellement médaillables pour les Jeux, dans le but de les aider à avoir un pied dans l’entreprise et d’avoir un revenu tous les mois permettant de vivre un peu plus sereinement.” 

Lath. : Combien rapporte une première place aux Championnats du monde ? 

Y.D : “Une première place aux Mondiaux, je crois que c’est 15 000 euros de la fédération et après, tout dépend du sponsor. De mon souvenir, la troisième place c’était 2 500 euros par la fédération. J’avais eu 5 000 euros d’Adidas. Si tu ne fais pas de podium, tu ne gagnes rien.” 

Lath. : Quelles sont tes prochaines échéances ? 

Y.D : “Je ne sais pas trop, comme je suis en rééducation, je reprends tranquillement. J’espère que fin novembre, début décembre, pour une Coupe du monde, ça va être bon. Sinon, à plus long terme, je vise les compétitions pré-Jeux Olympiques et les Championnats d’Europe et ma qualification pour les Jeux.”

Par Florian Gautier Publié le lundi 18 mai 2015