L’art de savoir respirer

Faire face, gérer avec sang-froid le conflit, dompter sa respiration… tels sont les préceptes du systema, cet art martial développé par les forces spéciales soviétiques. Depuis la disparition de l’URSS, il se pratique aux quatre coins du globe. Comme à Paris où Lathlète.fr a pu assister au cours de l’instructeur Kadian. L’entrée en matière est … Continuer la lecture de « L’art de savoir respirer »

Par David Douieb Publié le samedi 27 mai 2017

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Faire face, gérer avec sang-froid le conflit, dompter sa respiration… tels sont les préceptes du systema, cet art martial développé par les forces spéciales soviétiques. Depuis la disparition de l’URSS, il se pratique aux quatre coins du globe. Comme à Paris où Lathlète.fr a pu assister au cours de l’instructeur Kadian.

Sistema

L’entrée en matière est musclée. Alors que le cours de systema est sur le point de démarrer, un élève se dirige vers le professeur Jerôme Kadian. Qui, à sa demande, lui assène un coup de poing puissant dans le plexus. En réaction, l’élève expire à plusieurs reprises comme s’il tentait d’absorber la douleur. La scène se répète plusieurs fois avant que les deux hommes se séparent en souriant.

Le systema est un système de self-défense développé dès 1917 par les forces spéciales soviétiques et la garde rapprochée de Joseph Staline. Il serait l’héritier d’un style de combat libre au corps à corps adopté au Xe siècle par les combattants russes pour prendre le dessus sur l’envahisseur dans n’importe quelle situation. Cet ancrage historique fait toutefois débat. Selon le site systemaspetsnaz, il aurait été façonné par le pouvoir soviétique, soucieux à l’époque d’ancrer toute création soviétique dans le roman national russe.

Mais quel est le crédo du systema ? « Apprendre à respirer correctement pour survivre », pose le Senior Instructeur Kadian. Depuis 2000, cet homme aux yeux doux et à l’accent arménien enseigne le systema à Paris dans le sous-sol de la maison de l’Arménie. Ici, il n’y a pas de tatami. Baskets aux pieds, les élèves -tous adultes- doivent apprendre à combattre sur un sol dur. Comme dans la rue.

Le cours commence par une longue session d’étirements rythmée par les bâillements des pratiquants avachis par terre. Une étape à ne pas négliger : la décontraction du corps est en effet déterminante dans la pratique du systema. « L’esprit est le reflet du corps physique, détaille l’instructeur Jean Marie Frécon, sur le site du club parisien Global Systema. La peur produit la rigidité, la confiance engendre la fluidité. Ce prétendu réflexe qui vous fait sursauter lorsque vous êtes surpris ou effrayé est destructeur. Il bloque la respiration et provoque une tension du corps et une contraction des muscles ».

Passé le temps des étirements, les élèves entrent dans le vif du sujet. Au menu, des exercices par groupe de deux où ils doivent s’échanger tour à tour des coups. L’objectif étant d’apprendre à utiliser des mouvements simples et rapides afin d’être capables in fine d’improviser en toutes circonstances lors d’une agression. A noter que les mises en situation en systema sont multiples : plusieurs contre un, défense contre des armes, défense dans une situation inconfortable (assis sur une chaise, dans un couloir), survie au sol.

En somme, le pratiquant a une grande liberté dans le choix de ses coups ou de ses esquives. Lorsqu’il débute son apprentissage, il sera encouragé à décomposer chaque geste. A force de répétitions, ses enchaînement deviendront à terme plus rapides. Et donc forcément plus efficaces.

« Tu apprends plus à encaisser les coups qu’à en mettre »

Retour au cours. Lors d’un exercice consistant à toucher successivement le plexus, les carotides et le visage, l’instructeur exhorte ses élèves à intensifier l’impact de leurs frappes. Les plus aguerris n’hésitent pas à y aller franco quand les novices appuient à peine leurs coups, de peur de faire mal à leur binôme. Mais pour progresser, il faut parvenir à surpasser son appréhension. « On enseigne aux élèves à se toucher et à ne pas avoir trop peur de contact », explique l’instructeur Kadian.

« C’est un sport où tu apprends plus à encaisser les coups qu’à en mettre, complète Nicolas Azemard, qui pratique le systema depuis 2008. On apprend à être alerte plutôt que tendu pour se préparer au chaos et à l’inconnu ». Néanmoins, certains élèves ne parviennent jamais à frapper plus profondément. Selon Nicolas, « le travail et la répétition comptent. Mais le lâcher prise ne se décide pas. C’est un chemin spirituel que l’on est obligé de faire pour progresser », assure cet ancien pratiquant d’arts martiaux chinois.

Un lâcher prise qui passe notamment par une bonne utilisation de sa respiration, pierre angulaire du systema. D’après Jérôme Kadian, « on peut absorber des coups très puissants uniquement avec la respiration. Quand le coup arrive et qu’on expire au bon moment, l’expiration créera la tension nécessaire pour se protéger ». Ce qui explique pourquoi il répète inlassablement le même conseil : « Expirez à l’impact, expirez à l’impact ! »

Le cours prend fin et le groupe se réunit en cercle autour du professeur Kadian. Tous se remercient mutuellement avant d’évoquer leur perception des exercices du jour. Certains partagent leur appréhension et leurs peurs. D’autres demandent un complément d’explication. Le tout dans une ambiance décontractée à l’image de la séance qui s’est déroulée sans aucune animosité.

Par David Douieb Publié le samedi 27 mai 2017