Le PanamBoyz United, une histoire de différences

Le nom du club fait plutôt penser à un “crew” de breakeurs ou à un groupe de rappeurs. PanamBoyz United est à mille lieux de ces deux idées. Il s’agit d’un club de football. Ordinaire, me diriez-vous. Pas tant que ça en réalité. Le football y est central, à la fois dans la pratique sportive … Continuer la lecture de « Le PanamBoyz United, une histoire de différences »

Par Florian Gautier Publié le samedi 01 avril 2017

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En piste

Le nom du club fait plutôt penser à un “crew” de breakeurs ou à un groupe de rappeurs. PanamBoyz United est à mille lieux de ces deux idées. Il s’agit d’un club de football. Ordinaire, me diriez-vous. Pas tant que ça en réalité. Le football y est central, à la fois dans la pratique sportive et dans le combat que mène cette équipe : celui du respect et de la tolérance des différences. Quand des footballeurs se muent en guerriers de l’impossible, le ballon rond devient une arme sacrément efficace.

Panamboyz

Paris, vingtième arrondissement. Il est 19h30, un jour en semaine, et les deux terrains de football mis à disposition ne désemplissent pas. C’est la fin d’une journée de travail pour certains, les vacances pour d’autres. Tous sont là pour pratiquer une activité sportive sous le ciel gris et nuageux d’une ville qui ne connaît pas un début d’été étincelant. Le complexe sportif Louis Lumière offre deux terrains de football, dont un permettant aussi l’exercice du football américain, séparés par une piste d’athlétisme et une parcelle ensablée où les candidats au beach-volley sont nombreux. Malgré la proximité avec le périphérique Est – le bruit de fond des voitures s’intègre au paysage jusqu’à se faire oublier – et avec les tours des quartiers environnants, la sérénité semble habiter tous ces sportifs. Les jeunes sont présents en masse, un ballon au pied. Il y a aussi une équipe féminine. Au milieu d’une rencontre de football à sept, une bagarre éclate entre deux joueurs, vite calmés par des coéquipiers. Une scène banale qui n’inquiète aucunement les quelques individus assis dans les gradins. D’ailleurs, ils ne prêtent pas attention à la scène : deux garçons fument pour faire passer le temps, trois autres discutent avec un quatrième assis sur une chaise de camping, tandis que trois filles se marrent et parlent avec force comme pour attirer l’attention. C’est une soirée comme tant d’autres où le sport est le lien commun. Une soirée à laquelle tout le monde devrait prendre part.

Au milieu d’une rencontre de football à sept, une bagarre éclate entre deux joueurs, vite calmés par des coéquipiers. Une scène banale qui n’inquiète aucunement les quelques individus assis dans les gradins.

La tolérance et le respect sur un même terrain

Quelques tirs plus tard et à la tombée de la nuit, un autre groupe de footballeurs termine son entraînement. Des têtes curieuses, sorties du foyer d’hébergement accolé au terrain, ont assisté à cette heure d’opposition sans anicroche. À première vue, il s’agit d’une vingtaine de gars venus se mesurer et taper dans le cuir ensemble. À première vue seulement. Sur le bord du terrain, un détail fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’une équipe de football habituelle. Un détail accroché à la sacoche de Bertrand Lambert, vice-président du PanamBoyz United : un pin’s. « Fiers de nos différences », voilà le message qui y est inscrit. Et parmi tous les messagers de ce club, Bertrand, aussi journaliste, développe cette maxime choc : « On assume totalement notre côté « gay friendly ». On a des homos qui jouent ici. Mais nous sommes aussi très fiers que ces homos jouent à côté d’hétéros et que l’on forme une équipe ouverte à toutes les différences. On a des gays avec des hétéros, des musulmans avec des juifs, des blancs avec des beurs et des blacks. » Créé il y a plus de deux ans et demi, le PanamBoyz United propose un projet « unique » : jouer au football dans le respect, la tolérance et dans l’acceptation des différences des joueurs, au niveau de la couleur de peau, au niveau religieux, sexuel, ethnique…En somme, une description d’une équipe de football qui devrait être « normale ». Pourtant, les problèmes d’homophobie ou de racisme dans le football « n’existent pas selon la Fédération Française de Football (FFF) », comme l’indique Bertrand.

Le climat anxiogène que la France connaît met au centre des débats l’orientation sexuelle. Dis moi avec qui tu couches, je te dirai qui tu es. Ne pouvons-nous pas jouer au football sans savoir qui nous sommes ? Les cinquante bénévoles du club ont aussi cette prérogative malgré eux, mais, à leur décharge, sans jugement. Et à la différence près qu’ils n’y accordent aucune importance et qu’ils se battent pour l’acceptation d’autrui tel qu’il est. Ils sont à l’origine des lacets arc-en-ciel portés par les joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2, le temps d’une rencontre, et ont remporté le trophée UNFP/Peace and sport pour leur campagne « Soyons fiers de nos différences ». Fiers, ils le sont.

Le PanamBoyz United compte un entraîneur et a engagé depuis peu une préparatrice physique. Les moyens sont conséquents depuis que l’équipe a été promue à l’étage supérieur ! Une demi-heure de mise en condition physique avant d’attaquer une rencontre où la présence du coach n’est pas significative. Deux consignes d’avant-match sur le pressing et le tour est joué : les joueurs, aux niveaux épars, sont livrés à eux-mêmes. Pendant une heure, vingt-deux footballeurs s’affrontent dans une ambiance calme. Quelques railleries, des sourires et une discussion entre deux joueurs qui n’a aucun rapport avec le football. Le tout, en plein match. Une fois au vestiaire, les uns récupèrent rapidement leurs affaires tandis que d’autres en profitent pour se mettre à nu. Avant de s’en aller, ils ne se serrent pas la main mais claquent la bise. C’est à ceci près que l’on distingue le PanamBoyz United.

Par Florian Gautier Publié le samedi 01 avril 2017