Du bitume et de la sueur

Depuis le début du vingtième siècle et l’avènement des différents sports collectifs associés à l’urbanisation de masse, le sport se pratique, d’abord, dans la rue, avant de se diriger vers des cercles cadrés et axés sur la compétition. Le sport de rue est ce symbole de liberté et de créativité propre à l’essence même de … Continuer la lecture de « Du bitume et de la sueur »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Mêlée

Depuis le début du vingtième siècle et l’avènement des différents sports collectifs associés à l’urbanisation de masse, le sport se pratique, d’abord, dans la rue, avant de se diriger vers des cercles cadrés et axés sur la compétition. Le sport de rue est ce symbole de liberté et de créativité propre à l’essence même de la pratique sportive et permet à toutes les couches de la population de se retrouver autour d’un même objet dans un esprit dénué d’objectifs pécuniers. Paradoxalement, le pourcentage d’individus ayant un jour participé à un sport dans la rue ne coïncide pas avec le nombre de personnes ayant pratiqué un sport dans un club. Ce phénomène culturel mérite donc le détour puisqu’il pose pas mal de questions sur l’aspiration première des sportifs en tout genre : plaisir ou compétition, liberté ou affiliation, standards ou nouveautés…..État des lieux du «  milieu » qui jouissait, jouit et jouira, d’un statut particulier au sein de l’échiquier sportif mondial.

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Une définition pure et simple du sport urbain serait extrêmement difficile tellement ses contours sont larges et infinis. Mis à part les sports tels que le football ou le basket nécessitant peu de moyens pour être exercés dans la rue, de nouvelles pratiques voient le jour constamment grâce à la créativité d’une ou plusieurs personnes. Le nombre de joueurs de football français professionnels ayant commencé par jouer entre voisins, ou « en bas de la tour », est incalculable. Les Etats-Unis ont connu le même phénomène avec le basket dans les ghettos : la formation des « Harlem Globe Trotters » (née à Chicago dans les années 30) en étant le symbole puisqu’elle a préféré garder son indépendance vis-à-vis des circuits traditionnels en promouvant l’exhibition au dépend de la compétition. Sur le territoire français et européen, les années 60 et 70 ont vu naître une multitude de footballeurs en herbe apprenant de nouveaux gestes techniques sur le bitume au milieu de leur bande de « potes », usant de divers objets faisant offices de buts et ne répondant à aucune règle précise, si ce n’est de marquer et faire le spectacle. Voyant le phénomène grandir les autorités politiques locales se sont décidées à créer des structures afin de permettre aux jeunes de se retrouver sur un terrain de proximité.

Les populaires « city stades » ont donc vu le jour et ont permis de donner naissance au « street soccer » ou « foot 2 rue », vivier pour les clubs à la recherche de joueurs dotés de techniques au dessus de la moyenne. Cependant, cette tradition commence à se perdre doucement au profit du football de compétition qu’intègre très tôt les joueurs après s’être fait rapidement repérer par des éducateurs de quartier. Tout cela dans le but de leur éviter une trajectoire déviante, alors que la pratique d’un sport dans une structure peut leur apporter d’autres aspirations et une stabilité nécessaire. Pascal Duret, sociologue de son état, résume très bien l’écart entre ces deux pratiques du même sport : « Le calendrier sportif du club et le championnat s’opposent à la logique de la surprise renouvelée dans la rue.[…] Le joueur de club peut se projeter dans la saison et se cramponner à ses objectifs. A l’inverse, le joueur de rue ne se mobilise que par rapport à des défis ponctuels au coup par coup. » Mais au détriment de cette liberté primordiale et inhérente à la créativité athlétique….

…mais qui se renouvelle

Il est cependant nécessaire de ne pas restreindre les sports urbains à la seule pratique du football ou du basket car il existe une multitude d’activités de plein-air créée à partir de l’utilisation de l’espace citadin. Pour les plus connues et anciennes, le skate, le roller ou le BMX, sont bel et bien issues de la rue mais ce sont structurées de manière rapide dues à leur probant succès et au nombre croissant de pratiquants. Une fédération a d’ailleurs vu le jour rapidement : la FF Roller, qui englobe le majeure partie des sports de « glisse sèche » et permet une pratique de ces disciplines avec des règles de sécurité. Des compétitions régulières sont organisées. À l’inverse, le reste des « nouveaux sports urbains » est dépourvu d’instances fédérales officielles mais, sous l’impulsion de Fabrice Bach, instigateur du projet de Ligue française des sports urbains, il cherche à se faire une place au sein du milieu sportif français. Des états généraux sont même prévus en avril 2014, afin de mettre (enfin) en place une structure officielle, dans le but de sécuriser, stabiliser et administrer cette entité économique et sportive à part entière. Seulement, l’appui politique se fait attendre, les gouvernements et ministres se succèdent mais aucun n’a réussi à atteindre ces objectifs. La faute au temps ?

Les sources d’inspiration sont infinies pour les sportifs de la « street » et les trouvailles des derniers mois connaissent une popularité fulgurante via les réseaux sociaux. La dernière en date est le « street workout », caractérisée par la pratique de la musculation en pleine rue, dans les parcs, le métro, en utilisant tous les supports possibles. Ses précurseurs sont les athlètes du « parkour », initiés par le film « Yamakasi » et qui profitent de l’urbanisation pour faire des figures inspirées du breakdance ou de la gymnastique. Toutes ces pratiques demandent, bien entendu, un niveau athlétique avancé et, contrairement au football de rue par exemple, ne sont pas destinées aux débutants ou ignorants assoiffés de sensations.

Afin d’atteindre le plus grand nombre, des personnalités issues de la rue (rappeurs, artistes ou athlètes eux-même) diffusent les vidéos des meilleurs performeurs ou gratifient de leur présence sur des rassemblements. Le rappeur MC Jean Gab’, pour ne citer que lui, s’adonne d’ailleurs depuis plusieurs mois à la pratique du « street workout » et insiste sur le fait qu’une préparation physique digne d’un sportif de haut-niveau est nécessaire. La preuve en est, « l’enfant de la DASS » (cf : l’un de ses meilleurs titres) a remporté en 2012 l’épreuve du plus grand nombre de tractions dans sa catégorie de poids, lors de la compétition amicale de Grigny (en septembre tous les ans).

En résumé, les sports urbains ont énormément évolué depuis leur naissance jusqu’à nos jours, passant d’une pratique ludique à des exercices de plus en plus élaborés. Mais contrairement aux idées reçues, n’importe quelle activité physique et athlétique demande une condition adéquate et permet une intégration sociale et sociétale de son participant. Espérons donc que le créativité et la liberté associées aux sports de rue perdurent et, peu importe l’origine sociale, continuent de rassembler le plus grand nombre.

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017