Foot littéraire et littérature footballistique

Précurseur en son temps, Albert Camus, grand écrivain français du vingtième siècle, écrivait le bien-fondé du football sur la société. Depuis, les journalistes, critiques littéraires et écrivains continuent d’abonder en ce sens. C’est le cas notamment d’Hubert Artus, journaliste à France Inter et auteur de Galaxie Foot, qui nous parle de ce croisement des genres. … Continuer la lecture de « Foot littéraire et littérature footballistique »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Mêlée

Précurseur en son temps, Albert Camus, grand écrivain français du vingtième siècle, écrivait le bien-fondé du football sur la société. Depuis, les journalistes, critiques littéraires et écrivains continuent d’abonder en ce sens. C’est le cas notamment d’Hubert Artus, journaliste à France Inter et auteur de Galaxie Foot, qui nous parle de ce croisement des genres.

camus

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… ». Cette phrase est signée Albert Camus. Prix Nobel de littérature en 1957 et gardien de but, il contredit les mauvaises langues, celles qui distillent leurs paroles à qui veut bien les écouter, expliquant que la culture sportive et la culture intellectuelle doivent être dissociées. Il argue même un apprentissage intellectuel par le football. Cette vision de la mixité et du mélange des genres est partagée par Hubert Artus, auteur de Galaxie Foot, un dictionnaire rock, historique et politique du football : ” Certaines personnes veulent cloisonner les choses : le sport reste le sport, la culture reste entre les gens cultivés…C’est comme cela que l’on empêche les gens de se rencontrer. Le sport, comme la politique, est quelque chose de lourd, de léger, de tragique, mais surtout d’utopique.”

Le football, plus que du sport

Hubert Artus aime le football. Autour de ce sport, il s’établit en tant qu’homme mais aussi en tant que citoyen: ” Le football est une de mes trois grandes passions. Je regarde le monde à travers ce sport. Je supporte le Red Star : ça définit mon lien à ma classe sociale, et aux lieux où j’habite…C’est une des trois choses qui régente mon lien à la citoyenneté. C’est passionnel, identitaire et professionnel.” C’est tout naturellement qu’il s’est attaché à la rédaction d’un livre sur son sport préféré, y mêlant des notions, à première vue, étrangères au domaine sportif. À première vue, comment peut-il exister un lien fort entre le rock et le football ? “Je pars du principe que je vois le football d’une façon britannique dans le sens où, l’élan qui nous emmène au stade, est exactement le même que celui qui nous emmène dans une salle de concert, dans un bar, dans une baston, dans un parc…Un rapport à la ville et donc à la citoyenneté qui est très vingtième siècle, très Pop culture et très britannique. C’est le pays du rock. Et comme le football, à la base ouvrier, c’est devenu à la mode. De plus, si l’on prend des icônes comme Georges Best, l’on voit qu’entre le rock et le foot, il y a un lien.”, nous explique avec passion Hubert Artus.

À lui d’enchaîner sur le rapport entre l’histoire, la politique et le ballon rond : ” Il s’agissait de montrer comment le foot, sport de noble et bourgeois (né dans les universités d’Oxford et de Cambridge, au moment de la révolution industrielle), devient un sport ouvrier (quand les équipes d’universités se font battre par des équipes d’usines). Le tout, avant d’épouser l’histoire du vingtième siècle avec les dictatures, les guerres,  et l’olympisme.”  Même s’il n’est pas historien, il s’attache à montrer une histoire du monde, entre 1880 et 2014, vue par le football. Cette perception de l’histoire universelle s’avère être originale et pour le moins intéressante.

Sport, littérature et politique…marions-les !

Ainsi, figures de style et dribbles en tout genre ont une même équivalence pour le supporter de Marseille. Il n’a pas peur des mélanges et, bien au contraire, les encourage. Lorsqu’on lui parle du rapport entre le sport et la politique – là où beaucoup mettrait une frontière entre les deux domaines -, il continue de prôner sa mixité et affirme que “tout est politique”. “La politique est un langage de l’homme et de notre histoire comme le sont les mathématiques, la culture, les épices, les saveurs, les sciences, le sport aussi, et donc le football. On le voit aujourd’hui avec le foot business : et ceci pour le mauvais côté de cette relation sport-politique. La façon dont Sarkozy, par la suite, un peu Montebourg, a favorisé à outrance l’arrivée sur les marchés français du Qatar, montre que le sport est politique. Au contraire, et ceci pour le bon côté des choses, on le voit avec les footballeurs résistants, ceux qui ont émancipé les pays africains…Tout est politique.” Hubert Artus ne s’écarte pas de sa ligne directrice et martèle fermement ses convictions. À l’instar d’Albert Camus.

La politique, l’histoire, le rock…Quid de la littérature ? Le journalisme sportif souffre d’une mauvaise image où la langue utilisée n’est que peu élaborée. Faut-il donc traiter le football de façon plus littéraire ? La réponse d’Hubert Artus, légitime puisque critique littéraire, est sans appel : ” C’est fait. Par So Foot, un peu plus par France Football maintenant. L’Équipe s’y met aussi avec Vincent Duluc, qui est une des plus belles plumes de la presse française à mon sens. Mais il faut traiter le sport en général de façon plus littéraire : cela nous forcerait à parler autant de sport féminin que de sport masculin. Il faudrait traiter le sport de façon plus politique, donc civilisationnelle, donc littéraire. C’est justement parce qu’il n’est vu que dans des cases qu’il n’est pas pris au sérieux.”

Hubert Artus nous parle de Galaxie Foot avec fougue et passion. Sa vision multi-culturelle du sport offre une nouvelle voie dans l’ère du journalisme sportif. Est-ce le bon chemin à prendre ? À vous d’en juger, en fonction de votre sensibilité.

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017