Jusqu’où iront les prix des spectacles sportifs ?

Dans un contexte de diminution généralisée du pouvoir d’achats, les tarifs de billetterie pour les grands évènements sportifs continuent malgré tout de croître. Jusqu’où cette augmentation va-t-elle aller et peut-elle s’arrêter un jour ?  Selon la formule consacrée de ses nombreux détracteurs, le sport demeure l’opium du peuple. Si la généralisation de ce lieu commun reste … Continuer la lecture de « Jusqu’où iront les prix des spectacles sportifs ? »

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017

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Mêlée

Dans un contexte de diminution généralisée du pouvoir d’achats, les tarifs de billetterie pour les grands évènements sportifs continuent malgré tout de croître. Jusqu’où cette augmentation va-t-elle aller et peut-elle s’arrêter un jour ? 

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Selon la formule consacrée de ses nombreux détracteurs, le sport demeure l’opium du peuple. Si la généralisation de ce lieu commun reste très exagérée, il est en tous cas malheureux de constater que les tarifs d’accès aux grands évènements sportifs n’ont, eux, plus rien de populaire. Excluant une large part d’amateurs de sport au profit d’une clientèle de VIP (1), cette augmentation continue ne semble pas vouée à s’arrêter. Ces tarifs sont d’autant plus douloureux pour des évènements types Coupe du monde ou matches d’équipes nationales qu’il faut, en sus, rajouter transport, nourriture et souvent logement pour une ou deux nuits. Les déplacements pour ce type d’évènements sont une manière comme une autre de faire du tourisme et de passer ses vacances mais il n’en reste pas moins que dans un contexte de diminution généralisé du pouvoir d’achats des ménages, assister à un événement sportif devient de moins en moins accessible au supporter de base. Citons : 63€ pour assister au France-Irlande du prochain mondial de rugby (seulement en poule) ; 300€ minimum pour s’abonner au Paris Saint Germain ; environ 60€ pour un premier tour de Roland Garros sur le court central ou encore les tarifs délirants de certains matchs de Premier League anglaise… Si l’on ajoute à cela les frais annexes comme la restauration ou les achats de produits dérivés, voire l’hébergement s’il faut se déplacer, on s’aperçoit vite qu’aller assister à un évènement sportif majeur demeure un plaisir inaccessible à la plupart des bourses. Surtout pour une famille avec des enfants où le prix total peut vite flamber.

Si l’on prend l’exemple d’un match du XV de France au Stade de France pour une famille de quatre personnes :

– 4 tickets à 40€ (prix moyen) soit 160 €.

– 4 sandwichs à 4€ et 4 boissons à 4€ soit 32 euros.

Total : 192€, sans compter le trajet, l’hébergement éventuel et les produits dérivés, certes facultatifs mais toujours tellement tentants pour un enfant voulant garder un souvenir. En sachant qu’aux alentours du stade de France, la moindre écharpe coute au moins 15€.

D’où la question : qui peut encore s’offrir de telles soirées actuellement en France ou ailleurs ?  Aussi surprenant que cela puisse paraître, la réponse est qu’il y en a encore beaucoup. De nombreux évènements se déroulent encore à guichets fermés, refusant des acheteurs de billets par milliers, voire dizaine ou centaines de milliers. Le seul match de poule Angleterre-Australie du prochain mondial de rugby a généré pas moins de 650 000 demandes alors que Twickenham ne contient « que » 82 000 sièges, desquels il faut déduire ceux réservés aux agences de voyages, aux officiels ou aux sponsors.

On pourrait donc en déduire qu’à défaut d’être raisonnables, car excluant tout de même une part non négligeable des classes populaires, les tarifs de l’évènementiel sportif sont adaptés au marché. On pourrait même, quelque part, les considérer inférieurs à ce qu’il est possible de pratiquer, tant les tarifs au marché noir sont encore très largement supérieurs aux tarifs officiels. Dans un contexte mondial de crise économique très marquée, un tel résultat a de quoi surprendre. Certes, le sport est une passion et une passion est, par définition, irrationnelle. Néanmoins, il est permis de se demander jusqu’où une telle inflation peut amener. Et surtout les conséquences qu’elle a sur la population des stades. Avec des tarifs aussi élevés, il devient difficile pour beaucoup de supporters de suivre leur équipe sur la durée. De fait, on assiste de plus en plus à une consommation ponctuelle et touristique de l’évènement sportif. Ainsi, les matchs de certains gros clubs européens de football reçoivent de plus en plus de supporters étrangers ne venant que ponctuellement, mais prêt à payer cher leur ticket et à dépenser dans les boutiques officielles des clubs des sommes plus importantes qu’un spectateur régulier qui ne va évidemment pas acheter un maillot ou une écharpe chaque semaine.

Seul hic, avec un public moins habitué, l’ambiance diminue. Cette dernière est basée sur le langage commun de la communauté que représente un public car les manifestations spontanées comme les chants de supporters ou les « ola » ne deviennent collectives que du fait des repères communs qu’a le public. Comment construire ces repères avec un public différent chaque semaine ? Et, surtout, pour en revenir au point de vue économique : comment les dirigeants de clubs comptent-ils s’y prendre pour que ces baisses d’ambiance ne plombent pas les envies de stades des supporters potentiels ? Comme l’expliquait le romancier anglais John King (2) dans une interview donnée il y a quelques années au magazine So Foot : « Si les gens ne venaient que pour le football, il y aurait des milliers de personnes à chaque entraînement. Ce que les gens viennent chercher au stade, c’est une atmosphère. » Si la raison principale qui va pousser un spectateur à venir au stade n’existe plus, la demande chute, et donc, mécaniquement, les prix avec. Les supporters populaires ont donc l’avantage de fournir gratuitement ce que l’on peut qualifier de « service promotionnel » auprès de la clientèle. Se passer d’eux peut donc déprécier le « produit » du spectacle sportif sur le long terme. C’est ainsi que, de nombreuses fois, la Ligue de football professionnel (LFP) a ainsi mis sur ses plaquettes promotionnelles des images de tifos et d’animations par les supporters. Même si ceux-ci ne s’en aperçoivent pas forcément, il leur faut conserver une part de public à tarif réduit pour valoriser leur produit.

Cette flambée des tarifs envoie «de force» le public le moins fortuné, qui est aussi souvent le plus passionné, devant les retransmissions télévisuelles. Augmentant artificiellement la demande de diffusions, cela permet d’augmenter les droits télés réclamés aux diffuseurs. Non seulement les organisateurs n’ont rien à perdre à se priver de ce type de clientèle (ou tout au moins le pensent-ils), mais, et c’est peut-être le pire, ils en tirent même des revenus supplémentaires. Là où il possible d’imaginer que des VIP très fortunés qui assistent aux matchs pour des raisons d’image ne regarderont pas forcément le match à la télévision.

Là encore, la nécessité de conserver une atmosphère visuelle visible et audible à la télévision est nécessaire pour conserver des audiences stables. Le jeu n’étant pas la seule raison qui pousse une personne à regarder un match. L’atmosphère, les antagonismes dans un match peuvent être des éléments au moins aussi attractifs que la valeur sportive pure. L’importance donnée, bon an mal an, au match OM-PSG, quel que soit le classement respectifs de ces deux clubs, en est une preuve irréfutable.

Tant dans le but de l’attractivité des spectateurs que de celle des téléspectateurs, il apparaît crucial de garder un noyau de public populaire et, de fait, de ne pas faire flamber les tarifs de billetterie. En cela, il est donc fort probable que l’inflation des tarifs d’accès au spectacle sportif devrait s’arrêter, à plus forte raison face à un pouvoir d’achat des supporters en érosion constante. Est-il pour autant possible d’imaginer une déflation de ces mêmes tarifs ? Probablement pas dans l’immédiat notamment parce que les contrats des joueurs courent sur plusieurs années et nécessitent des fonds pour être honorés. A plus long terme, celle-ci va être tributaire du pouvoir d’achat des ménages et difficilement lisible. Wait and see…

(1) La dernière coupe du monde de football au Brésil ayant probablement atteint le sommet de ce désolant état de fait, puisque la majeure partie de la population de ce pays de passionnés n’a pu assister à cet évènement qui aura pourtant énormément couté au contribuable brésilien.

(2) Auteur du roman Football factory dont le personnage principal, Tom Johnson, est un hooligan de Chelsea

Par Didier Guibelin Publié le vendredi 31 mars 2017