La France boude le sport universitaire

Le sport universitaire français ne bénéficie pas d’une exposition médiatique comparable à celle des États-Unis. Il a connu une intégration socio-économique mouvementée mais glane bon nombre de médailles à chaque compétition. La reconnaissance nationale est bien faible comparée aux athlètes de haut niveau que fournit le milieu étudiant. Elle connaît cependant une croissance importante depuis plusieurs … Continuer la lecture de « La France boude le sport universitaire »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Mêlée

Le sport universitaire français ne bénéficie pas d’une exposition médiatique comparable à celle des États-Unis. Il a connu une intégration socio-économique mouvementée mais glane bon nombre de médailles à chaque compétition. La reconnaissance nationale est bien faible comparée aux athlètes de haut niveau que fournit le milieu étudiant. Elle connaît cependant une croissance importante depuis plusieurs années : des entreprises privées ont flairé la bonne affaire en proposant une offre sportive aux jeunes avides de compétition. Dans le même temps, serait-il pertinent de comparer notre sport universitaire à celui outre-atlantique ? La question mérite d’être posée, non sans donner la parole aux acteurs de l’hexagone. 

FFSU

Un rappel historique s’impose. L’institution sportive universitaire française est née au début du siècle dernier, (en 1905 pour être précis) par la volonté des associations générales étudiantes de créer des compétitions nationales. La France étend le concept au monde entier pour accoucher, en 1924, de l’organisation de Jeux Olympiques édudiants, appelés Universiades à partir de 1930. Il faut attendre l’an 1956 pour que les populaires Associations Sportives (AS) voient le jour sous l’impulsion de leur fondateur, Jacques Flouret, qui devint par la même occasion la pierre angulaire du développement national. Les années qui  suivent ne sont pas roses pour le milieu car elles manquent cruellement de moyens structurels, financiers et surtout d’appui de la part des politiques en place. Le Haut Commissaire aux sports de l’époque, Maurice Herzog, voit d’un mauvais œil l’ascension du monde sportif étudiant et croit bon de mettre des piolets dans les roues de sa demande logique de reconnaissance. S’en suivront plusieurs années de blizzard, avec la non-participation de la délégation française aux Jeux de Sofia et la contestation massive des profs d’EPS. En 1962, sous la pression de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), l’Etat daigne reconnaître et accorder une aide financière et administrative nécessaire aux AS :  le succès fut, certes long à se dessiner, mais enfin au rendez-vous.

Actuellement, le sport U en France est géré par la Fédération Française de Sport U, qui décentralise son action via des comités régionaux, fédérant les AS de chaque académie. Parlons bien, parlons chiffres : les quelques 100 000 licenciés peuvent compter sur une aide étatique s’élevant à presque deux millions d’euros par an, s’ajoutant à cette somme rondelette la mise à disposition du personnel éducatif et des infrastructures….adéquates (c’est un autre débat). En parallèle de cette assistance matérielle indispensable à la survie de la pratique, Vincent Rognon, directeur de la FFSU, pointe d’autres problèmes : « La disparition petit à petit du jeudi après-midi libéré dans les établissements est un frein à une pratique régulière du sport dans les Universités et Grandes Écoles et donc à un plus grand développement  de nos activités. Soulignons également que les enseignants dans les facultés (hors les 37 cadres détachés à plein temps à la FFSportU cités plus haut) œuvrant dans les Associations Sportives en faveur du sport universitaire, n’ont pas d’obligation de service et le font très souvent de façon bénévole. De plus, le sport universitaire français est très méconnu du grand public alors qu’il est l’un des mieux organisés en Europe. »

Sur ce dernier point, le constat ne souffre d’aucune contestation étant donné le peu d’engouement suscité par les performances méconnues et pourtant remarquables de nos représentants étudiants sur le plan mondial.

Une médiatisation quasi-absente pour ce vivier de champions…

Je me permets de vous mettre au défi : seriez-vous capable de me citer instinctivement le rang de notre douce France au classement des médailles des derniers Jeux Mondiaux ? Et seriez-vous capable de me citer un athlète de haut-niveau ayant fait ses gammes au sein du cercle universitaire ?

Afin de vous éviter toutes recherches infructueuses, constatez que notre jeune délégation a coiffé l’ensemble du monde étudiant aux Mondiaux de 2010 et a terminé au quatrième rang en 2012. Les Universiades de Kazan (Russie) de cette année  furent légèrement moins glorieuses avec une treizième place finale au rang des médailles mais avec comme lot de consolation la victoire de nos jeunes footballeurs. L’information fut relayée timidement par les médias sportifs généralistes et n’a jamais atteint le grand public, qui serait pourtant ravi de savoir que le système éducatif français permet à leur progéniture d’arborer fièrement le maillot tricolore.

Dresser une liste exhaustive des champions olympiques ou sportifs de haut-niveau, ayant fréquentés l’élite universitaire au cours de leurs études, serait inutile (pour les curieux, elle est sur le site sport-u.com). Par ailleurs, un chiffre pertinent serait un pourcentage des athlètes participant aux Universiades qui, ensuite, participent aux JO : aucun statisticien ne s’y est risqué puisqu’il omettrait de prendre un compte l’incompatibilité entre la poursuite d’études longues et l’engagement dans le sport de haut-niveau. Ils sont pourtant un nombre conséquent à tenter l’alliage des deux ; mais rares sont les élus et le bagage scolaire accumulé dans sa jeunesse s’avère d’une utilité inestimable.

Arsène Wenger (entraîneur actuel du club anglais d’Arsenal) en est le symbole, parmi tant d’autres, puisque après avoir fréquenté l’équipe de France universitaire de football, en parallèle de ses études économiques, il avoua sans détour que « le fait d’avoir une formation de base économique m’a énormément aidé, durant ma carrière, notamment quand je me suis retrouvé avec des responsabilités étendues comme ici, en Angleterre. » Puis répondant à une autre question, le « sorcier » ne put s’empêcher de faire une référence au mode de fonctionnement français : « L’un des défauts en France aujourd’hui est d’avoir trop véhiculé l’idée que son destin dépendait avant tout de la collectivité. Dans d’autres pays, l’approche est différente. C’est une expérience que l’on fait quand on s’exile. Peut-être qu’en France, le fait d’avoir un Etat Providence auquel on demande de régler beaucoup de choses crée une déresponsabilisation individuelle qui, parfois, n’aide pas les gens à se révéler à eux-mêmes. » (source : Sport U mag de Février 2006) Une main tendue vers le système anglo-saxon….

….à contrario des États-Unis

Le sport universitaire américain est incomparable au système français ou européen dans son ensemble, tellement les différences sont flagrantes aussi bien au niveau des infrastructures, des moyens financiers, de l’engouement que des débouchés pour les étudiants. La NCAA (National Collegiate Athletic Association) a la main-mise sur la gestion des compétitions nationales et bénéficie d’un budget proche des six milliards de dollars grâce notamment aux droits télévisuels. En effet, que ce soit le basket ou le football américain, les matchs sont suivis de manière massive aussi bien dans leurs immenses gymnases que devant leurs petits écrans. En plus de la culture de la réussite développée par le pays du « self made man », le système mis en place depuis des décennies permet aux joueurs de suivre leurs études tout en bénéficiant de bourses et d’infrastructures dignes des plus grands clubs européens. Par la suite les « drafts » (assimilables à des transferts gratuits) donnent la possibilité aux meilleurs performeurs d’accéder à la ligue majeure dès la fin de leur cursus. La réussite de Joakim Noah (joueur de basket des Chicago Bulls) en est le parfait exemple. Il n’aurait jamais connu une évolution si rapide en passant par la formation « à la française ».

À Victor Rognon de rappeler, néanmoins, les effets pervers que peut engendrer ce mode de fonctionnement :  « Aux Etats-Unis, il n’y a pas ce socle. Ce sont les franchises ou les universités qui gèrent le sport américain. Il y a donc un gros business qui se créé autour du sport en général et en particulier des universitaires. Le sport universitaire n’a alors d’universitaire que le nom. En France, le sport étudiant est gratuit (sauf la licence sportive annuelle à prendre, entre 10 et 50 euros en fonction des établissements). Notons aussi qu’au niveau des résultats sportifs à l’international, nous n’avons rien à envier aux Américains puisque nous sommes très souvent mieux classés qu’eux au ranking mondial. »

En définitive, le monde du sport étudiant devrait avoir de beaux jours devant lui, car la passion, le potentiel et l’engagement sont présents. Mais sans un manque de moyens, à tous les niveaux, il risque de stagner à l’inverse des autres nations mondiales. Prendre exemple sur les USA ? Pourquoi pas….mais faire en sorte de garder notre système et notre identité ? Certainement.La

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017