La glorieuse incertitude dans le football professionnel

Depuis le rachat du Paris Saint Germain par le gouvernement Qatari et de l’AS Monaco par un milliardaire Russe, le classement semble déjà joué. Les deux nouveaux riches de la Ligue 1 finiront, quoiqu’il arrive, à la première et à la deuxième place, pour les dix prochaines années (1). Affirmer cela – ce qui d’ailleurs … Continuer la lecture de « La glorieuse incertitude dans le football professionnel »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Mêlée

Depuis le rachat du Paris Saint Germain par le gouvernement Qatari et de l’AS Monaco par un milliardaire Russe, le classement semble déjà joué. Les deux nouveaux riches de la Ligue 1 finiront, quoiqu’il arrive, à la première et à la deuxième place, pour les dix prochaines années (1).

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Affirmer cela – ce qui d’ailleurs semble se vérifier dans la réalité – c’est renier l’idée de la « glorieuse incertitude » dans le sport, supposer que chaque match se joue avec des variables indéterminées et que tout le monde a ses chances. C’est un débat continu entre tenants de l’équilibre compétitif dans le football – tout n’est qu’histoire de travail et de motivation et n’importe qui peut gagner une confrontation – et les partisans de l’efficience économique, à savoir que l’argent permet aux clubs les plus compétitifs de remporter tous les trophées.

Une rente de situation pour les meilleurs

Dans son livre Economie du football professionnel (2), Bastien Drut montre que la plupart des championnats européens, puisqu’ils admettent un système de ligues ouvertes, sont caractérisés par un total déséquilibre compétitif : les meilleurs sont toujours les mêmes et il n’y a quasiment jamais de surprise. De la saison 1990/1991 à la saison 2009/2010, le pourcentage de titres remportés par les trois meilleures équipes de chaque championnat européen est supérieur à 84%. Il est notamment de 90% pour l’Angleterre, avec Manchester United, Arsenal et Chelsea, et pour l’Espagne, avec Barcelone, le Real Madrid et Valence.

C’est le système de ligue ouverte, avec un risque de relégation vers des championnats de seconde zone qui altère le processus de compétitivité et qui bloque les possibilités de surprise. En garantissant une rente de situation, en fonction de la place finale, on maximise la concurrence entre les clubs et ces derniers sont incités à mettre tous les moyens en œuvre afin de minimiser le risque de perdre cette rente. Ainsi, ce sont toujours les clubs les plus fortunés qui garantissent le mieux leur compétitivité et maximisent leurs chances de finir au plus haut du classement.

Dans le même temps, ceux qui n’ont pas réussi à se maintenir sont relégués vers la deuxième division, où les recettes publicitaires, les droits de retransmission télévisuelle et les fréquentations de stades sont moins importantes. Cela désagrège le budget du club et ne le met pas dans les meilleures conditions pour tenter une remontée : son niveau est extrêmement touché. Dans un système de ligue fermée, comme la Major League Soccer aux Etats-Unis, il n’y a pas de risque de relégation, les clubs ne cherchent pas à minimiser un risque qui n’existe pas. Dès lors aucun ne cherche à se constituer un budget suffisamment conséquent pour ne pas descendre et l’équilibre compétitif est respecté. D’ailleurs, en MLS, le pourcentage de titres remportés par les trois meilleures équipes est de 57%.

La glorieuse incertitude dans le sport, qui garantit l’équité entre les équipes et la chance accordée à n’importe quel club de remporter un titre, est donc de moins en moins tenace à l’ère du football moderne, libéralisé et mondialisé. La concurrence tenace qui sévit en Europe oblige les meilleurs clubs à se structurer professionnellement et compétitivement, pour faire face aux risques sportifs et économiques.

À terme, le risque pour le spectateur est de voir le suspense tué : il n’y aurait plus que quelques clubs capables de truster les meilleures places, dans le championnat national et en coupe d’Europe. Théoriquement, l’intérêt du public réside dans l’incertitude, ne pas connaître pas avance le vainqueur. La « glorieuse incertitude » n’a lieu d’être que si les équipes en lice sont de niveau comparable. Ce qui ne semble pas être soutenu actuellement.

Un dernier village gaulois résiste à l’envahisseur (mais plus pour longtemps)

En France, l’incertitude perdurait, le pourcentage de trophées remportés par les trois meilleures équipes entre 1990 et 2010 était de 63%, moins que les critères européens. Des équipes étaient encore susceptibles de sortir du lot, comme Montpellier, Auxerre, Toulouse ou encore Nancy. Des clubs à petits budgets et à grandes capabilités (3) sportives. Cela ne semble plus être le cas. La France se dirige vers les cadences européennes avec des locomotives ultra-compétitives et des équipes à l’affût des « miettes de qualifications européennes ».

Un calcul simple nous permet de constater que l’efficience de la ligue est de plus en plus importante. C’est-à-dire que la corrélation entre le budget des clubs et leur classement est extrêmement élevée et augmente d’année en année. Depuis la saison 2007/2008, la différence entre le classement économique (4) et le classement sportif nous montre une baisse continue de la variance moyenne.

En 2007/2008, elle était de 6.3, c’est-à-dire que, selon sa place au classement du budget, le club avait, en moyenne, une chance de finir sportivement à plus ou moins 6.3 places. Ce résultat tombe à 4.25 durant la saison 2012/2013.

La détermination d’un budget d’avant-saison, en juillet, est une variable significative de la place sportive finale puisque si un club, par exemple, est le troisième budget de Ligue 1, il peut finir entre la première et la septième place en moyenne. Alors que si cela avait été à la saison 2007/2008, le troisième budget pouvait finir entre la première et la dixième place. L’incertitude tend à se réduire avec une variance encore plus faible que les années précédentes.

À terme, le risque (ou pas) pourrait être d’avoir un résultat proche de zéro et ainsi le classement sportif sera connu en juillet à partir du classement économique. Il est valorisant d’avoir des monstres compétitifs comme le PSG ou Monaco en France mais la « glorieuse incertitude » doit être protégée pour garantir le spectacle sportif et le suspense permanent.

 

  1. (1) http://www.le10sport.com/football/ligue1/ligue-1-platini-le-psg-va-etre-champion-pendant-dix-ans137081
  2. (2) http://livre.fnac.com/a3399476/Bastien-Drut-Economie-du-football-professionnel
  3. (3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Capabilit%C3%A9
  4. (4) http://www.sportune.fr/article/psg-om-asm-les-budgets-de-ligue-1-saison-2013-2014-94204

 

*Illustration : This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017