La pédophilie dans le sport, triste réalité

Sujet tabou et sensible, phénomène empirique et dévastateur, fléau récurrent, la pédophilie touche aussi le milieu du sport. Les médias n’en parlent peu voire pas du tout, à l’instar des victimes qui se murent dans le silence par peur ou par honte. Ou tout simplement par manque de structures. C’est dans ce cadre qu’est née … Continuer la lecture de « La pédophilie dans le sport, triste réalité »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 10 mai 2013

Lire la suite

Mêlée

Sujet tabou et sensible, phénomène empirique et dévastateur, fléau récurrent, la pédophilie touche aussi le milieu du sport. Les médias n’en parlent peu voire pas du tout, à l’instar des victimes qui se murent dans le silence par peur ou par honte. Ou tout simplement par manque de structures. C’est dans ce cadre qu’est née l’association Colosse aux pieds d’argile. Leur objectif ? Prévenir et sensibiliser les risques pédophiles dans le milieu sportif. 

colosse

« J’ai été violé de 12 à 16 ans, dans le milieu familial. » Cette première phrase, prononcée par Sébastien Boueilh, fondateur et président de Colosse aux pieds d’argile, fait l’effet d’un électrochoc. Pourtant, ce dernier parle de ses agressions d’une voix calme, presque réconfortante. Il continue de nous expliquer le cheminement de son action, sans défaillir.  : « J’ai pu en parler dix-huit ans après et quatre ans de procédure. Au sortir des trois jours de procès, j’ai fait quatre nuits blanches : je me suis dit que je ne pouvais pas laisser les autres victimes dans la panade. Je me suis trouvé l’idée de faire cette association pour aider les victimes. » Rugbyman aguerri, c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers le milieu sportif. Il est vrai que, les sujets de pédophilie que nous connaissons et que les médias nous relatent, correspondent le plus souvent au milieu familial. Sébastien Boueilh évoque une raison particulière : « J’ai décidé d’intervenir dans le monde sportif parce que c’est un vivier d’enfants : qui dit vivier d’enfants, dit prédateurs. »

Sortir du silence, tel est l’objectif des victimes. Un effort qui requiert un courage hors-norme ; des mois voire des années sont nécessaires pour sortir d’une prison, à la fois physique et psychologique. Ce 9 juin 2013, date de création de Colosse aux pieds d’argile, est sans nul doute apparue comme un soulagement pour ces milliers de personnes cloitrées dans un monde de torture et de souffrance. La mission d’aide aux victimes se veut avant tout pédagogique : « Notre action est la sensibilisation et la prévention des risques de pédophilie dans le milieu sportif via un quizz de quinze questions que l’on distribue aux enfants de cinq à quinze ans. C’est à ramener, après l’entraînement, à la maison, pour le remplir avec les parents. Suite aux réponses, les parents vont voir si l’enfant est en danger ou s’il sait se protéger de ses prédateurs. » Pour valider ces tests, l’association a fait appel à des psychologues – au nombre de quatre – à la gendarmerie, la police, des avocats et des éducateurs sportifs. L’association est, certes sur la bonne voie, mais il en faut plus pour satisfaire le natif de Dax. Portant à bout de bras ce projet novateur dans le monde du sport, il a rapidement suscité l’engouement général jusqu’à « se caser dans tous les sports et (être) sûrement connu nationalement, parce que nous avons participé aux Premières Assises nationales au Sénat« . Sébastien Boueilh enchaîne : « On a fait de belles rencontres dont Isabelle Demongeot, qui est le sujet le plus important dans le sport qui soit survenu en terme de viols, et qui fait partie de notre association maintenant. On a aussi été contacté par Frédérique Jossinet pour aller représenter notre association au Ministère des Sports. On a une grosse Fédération française qui va s’impliquer avec nous. »

Le sport, un remède à toute épreuve ?

Changer les mentalités n’a rien d’une partie de plaisir. Surtout en France et dans le milieu sportif. Face à ce pari considérable, Colosse aux pieds d’argile a mis les pieds dans le plat, essuyant en premier lieu d’inévitables refus : « Au début, quand on parlait de pédophilie au club on nous répondait : « Non non, nous n’avons pas de problème avec ça, allez voir à côté ». On leur explique bien que nous ne faisons pas la chasse aux sorcières. » Ensuite, des oreilles attentives ont  commencé à prêter attention aux paroles bienfaitrices de l’association. Jusqu’à recueillir soixante-dix témoignages dans le milieu sportif ou familial, et suivre, par le biais des psychologues, dix victimes qui n’avaient jamais parlé ou très peu. « On les a rencontrées : je suis au même niveau qu’elle, je leur parle, et en tant que rugbyman, ça les aide à parler. »

Pour les plus réticents, Sébastien Boueilh se veut convaincant : « Qu’un club signe avec nous ne signifie pas qu’il y a des pédophiles, bien au contraire. » Depuis, plusieurs clubs se sont associés au projet signant la charte de l’association. Ces derniers « s’engagent à faire respecter les règles que nous avons mises sur cette charte« . On dénote l’interdiction faites aux éducateurs de prendre la douche avec les enfants, l’interdiction de prodiguer des soins tout seul, l’interdiction de prendre des photos isolées, l’interdiction de se faire la bise (« on se check maintenant« ). En somme, l’isolement entre l’éducateur et l’enfant est restreint. Le président de l’association tient à apporter une autre précision : « On protège aussi les éducateurs ! Des fois, les gamins peuvent aussi inventer quelque chose. On protège tout le monde. »

Sébastien Boueilh intervient dans le sport car il s’y sent à l’aise. Le rugby lui a redonné une seconde vie. « Moi, le sport ça m’a canalisé : toute la haine que j’ai eue, je la mettais sur le terrain. Je me mettais dans le rouge dès que j’entrais sur le terrain. Toute la haine, je l’expulsais sur le terrain en me défoulant. Ça m’a permis d’avoir un bon niveau de rugby (Équipe de France amateurs). Moi, ça m’a aidé. »

Il conclut : « Les victimes, je leur propose de faire du sport. Elles sont suivies par une salle de sport qui est affiliée à nous. On les fait mettre dans le rouge pour se défouler. »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 10 mai 2013