L’athlétisme est-il en train de mourir ?

Michael Johnson, roi du 200 mètres et du 400 mètres en son temps, a jeté un pavé dans la mare à l’occasion des Doha Goals : « Sans les JO, l’athlétisme serait mort ». Discipline phare des Jeux Olympiques, elle n’a pas un rayonnement à la hauteur de ses attentes le reste de la saison. L’athlétisme est-il … Continuer la lecture de « L’athlétisme est-il en train de mourir ? »

Par Florian Gautier Publié le dimanche 31 mars 2013

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Mêlée

Michael Johnson, roi du 200 mètres et du 400 mètres en son temps, a jeté un pavé dans la mare à l’occasion des Doha Goals : « Sans les JO, l’athlétisme serait mort ». Discipline phare des Jeux Olympiques, elle n’a pas un rayonnement à la hauteur de ses attentes le reste de la saison. L’athlétisme est-il véritablement en train de s’essouffler ?

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« Sans Usain Bolt, l’athlétisme serait mort. » Leslie Djhone entre d’emblée dans le vif du sujet. Sa réponse est sans détour : le roi jamaïcain de la ligne droite porte à bout de bras un sport qui s’essouffle. Un regard cinglant qui, forcément, nous force à nous poser les bonnes questions. Que faut-il faire pour remédier à cette mort lente ? « Il faudrait déjà que l’on court plus régulièrement. On a des saisons entrecoupées. Les sports collectifs, on les voit toute l’année, c’est donc plus facile pour eux d’avoir des émissions où l’on parle d’eux. Nous, nous avons pas mal de temps morts, on passe beaucoup de temps dans la préparation. » Ici, deux sujets sont abordés : le calendrier des compétitions et la médiatisation. D’un côté, Leslie Djhone réfute son premier argument arguant que « le concept de la compétition toute l’année amènerait à une préparation plus courte, beaucoup moins de performances et de records« . De l’autre côté, au sujet de la médiatisation, Ghani Yalouz esquive : « Je ne suis pas là pour juger un des plus beaux sports au monde qui s’appelle l’athlétisme. Un sport qui réunit toutes les valeurs, qui est universel, que tout le monde peut pratiquer. » En tant qu’ancien lutteur –  la lutte est une discipline sous-médiatisée – il mesure la chance du retentissement mondial de l’athlétisme. « Quand on voit que la lutte n’a pas sa place aux Jeux Olympiques alors que l’Iran se bat pour elle, Obama et Poutine ont intervenu en sa faveur… Les comparaisons sont toujours faciles, mais l’athlétisme est un sport extrêmement beau. Il véhicule des valeurs de fraternité, de partage..Ça n’a pas de prix pour moi. »

Cette apologie de ce sport pluri-disciplinaires dévie le sujet principal : assistons-nous à la mort de l’athlétisme ? Ghani Yalouz continue sur sa lancée, vantant les bienfaits d’un sport qu’il juge universel : « Je retiendrai toujours les mots d’Arsène Wenger que nous avons fait intervenir face aux athlètes français : l’athlétisme est le sport des pauvres. Il ne faut pas le prendre négativement mais plutôt côté flatteur : cela veut dire qu’il est accessible à tous. Tout le monde peut courir, tout le monde peut sauter. Un sport qui touche toute sorte de public et de morphotype. C’est un sport magnifique. L’athlétisme ne s’arrêtera pas après Bolt et ne s’arrêtera surtout pas après Michael Johnson. » Et la France dans tout ça ? Dans les faits, l’hexagone organise de nombreuses compétitions, dont le Meeting Areva comptant pour la Diamond League, circuit principal. Il faut suivre cet exemple et multiplier les événements. Une réflexion qui n’est pas du goût de Leslie Djhone, pensif : « Je ne sais pas si la France en a les moyens. Le meeting Areva c’est quand même une grosse organisation. Il n’y en a qu’un : je ne sais pas s’il y aurait autant de monde s’il y avait plusieurs compétitions de ce calibre là en France. » On sent tout l’enjeu que représente l’athlétisme à travers ces deux courants de pensée. Entre hésitation et affirmation de la bonne santé de l’athlétisme au nom de l’universalité de ce sport.

Des sujets qui fâchent

L’athlétisme est un sport ingrat puisque l’entraînement y est titanesque et la gloire de courte durée. Ghani Yalouz nous rejoint sur ce point de vue. Pour lui, « le sport de haut niveau est très éphémère. Comme je dis : la gloire a plusieurs pères, la défaite est orpheline. L’athlète de haut niveau, en dix ans, vit tellement de choses : la joie, la notoriété, la solitude. » La solitude, les athlètes qui se sont dopés la connaissent bien. Unanimes, Leslie Djhone et le DTN élèvent la voix contre ce fléau récurrent qui ronge l’athlétisme. Pour le premier cité, « les tricheurs ont toujours un temps d’avance« ,  tandis que le deuxième « n’aime pas les tricheurs. » En revanche, l’action menée par l’IAAF contre le dopage semble, là encore une fois, diviser les deux acteurs. « Aujourd’hui, je ne peux que me réjouir de l’action que mène l’IAAF. Il y’aura toujours des athlètes influençables, fragiles. L’IAAF a mis des moyens très très forts pour le suivi, les prélèvements sanguins. » Les paroles sont signées Ghani Yalouz. « L’IAAF ne se pose pas les bonnes questions. Quand je vois que des gars se font attraper pour dopage et qui courent plus vite que lorsqu’ils étaient dopés…C’est ça qui m’intrigue. Il y a de quoi se poser des questions. Les contrôles ont du retard. ». La réflexion est de Leslie Djhone. Toujours est-il que ces questionnements mettent en péril l’équilibre de l’athlétisme. Guerre intestine, clans fratricides, communication bâclée ? Un sport à deux vitesses ? Ghani Yalouz démontre selon lui, en un seul propos, que l’athlétisme ne mourra jamais : « Le sport est un levier social dans son ensemble. Le sport, ça ne reste que des valeurs. Il faut rester simple. Pour moi c’est ce qu’il y a de plus proche de l’intelligence. »

Non, l’athlétisme n’est pas en train de mourir. En revanche, il est urgent de retirer les plus grosses embûches, que sont le dopage et le manque de médiatisation, du chemin qu’est en train d’emprunter l’athlétisme.

Par Florian Gautier Publié le dimanche 31 mars 2013