1900, des Jeux au bord de l’échec

Quatre ans après la réhabilitation des Jeux Olympiques modernes par le baron Pierre de Coubertin, à Athènes en 1896, se déroule la seconde olympiade, à Paris. L’amateurisme et la féminisation de l’événement ont été les vedettes de ces Jeux.  1900, année de l’Exposition Universelle organisée à Paris. Qui aurait pu avoir l’idée d’y inclure des … Continuer la lecture de « 1900, des Jeux au bord de l’échec »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Quatre ans après la réhabilitation des Jeux Olympiques modernes par le baron Pierre de Coubertin, à Athènes en 1896, se déroule la seconde olympiade, à Paris. L’amateurisme et la féminisation de l’événement ont été les vedettes de ces Jeux. 

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1900, année de l’Exposition Universelle organisée à Paris. Qui aurait pu avoir l’idée d’y inclure des Jeux Olympiques, fraîchement relancés ? Pierre de Coubertin, bien sûr. Après avoir convaincu Alfred Picard, le commissaire général, il met en place son projet olympique, sous conditions : Monsieur Picard ne veut que des professionnels à Paris. Les amateurs sont envoyés en banlieue. Et pourtant, les Jeux Olympiques de l’époque sont synonymes d’amateurisme. En tout point.

Ça ne tourne pas rond à Paris

L’affluence, d’abord, n’est pas au rendez-vous : deux-mille à trois-mille visiteurs quotidiens se pressent aux abords des terrains, stades ou lacs. C’est trop peu. D’autant plus qu’il n’y a pas de cérémonie d’ouverture – la compétition aurait officiellement débuté  le 5 mai et la presse ne s’y intéresse pas. Les voyageurs voire les sportifs eux-mêmes (!)  ignorent qu’ils participent aux Jeux Olympiques. Pour corroborer notre propos, un Anglais, venu de Nice, a voulu assister au criquet féminin, épreuve disputée uniquement par des Françaises. Résultat, il est le seul spectateur payant de la compétition !

En revanche, côté performance, la déception ne se fait pas sentir. Irving Baxter, d’origine Sioux, devient le premier non-blanc à être sacré champion olympique. Il réalise un saut (en hauteur) d’un mètre 90, et 3 mètres 30 à la perche. Pourtant, il n’obtient pas le plus de « médailles », celles-ci n’existant pas encore. Ce titre honorifique revient à l’Américain Alvin Kraenzlei (quatre « médailles » d’or), en devançant le Suisse Konrad Stäheli (trois « médailles » d’or et une en bronze) et son compatriote Ray Ewri (trois « médailles » d’or). Il conquiert des médailles en longueur, au 60 mètres, au 110 mètres haies et au 200 mètres haies…Sa victoire en saut est contestée par son principal concurrent, Prinstein, qui a remporté les qualifications avant de refuser de sauter en finale, jour du seigneur. Kraenzlei reste aussi dans l’histoire pour son innovation : il adopte une position accroupie au départ. En athlétisme, les Américains remportent dix-sept titres sur vingt-trois.

La France, organisatrice de l’événement semble à la peine, dans cette discipline seulement : on note quand même la deuxième place pour Henri Tauzin sur le 400 mètres haies, pour Henri Deloge sur le 1500 mètres et pour Émile Champion, second du marathon. Le marathon conclut la séquence athlétisme avec une anecdote croustillante : le “professionnel” Michel Théato remporte la victoire pour la France alors qu’il est Luxembourgeois.

Innovation, quand tu nous tiens

L’entrée officielle de l’aviron au programme des Jeux Olympiques constitue une nouveauté. Qui plus est avec une victoire française de Barrelet, qui devance son compatriote Gaudin, largement devant les anglais. À l’instar de l’athlétisme, ce sont des scènes cocasses qui forgent ces deuxièmes olympiades : stupeur lors de la course du deux avec barreur hollandais, puisque cette équipe a perdu son barreur (ce dernier ayant trop abusé de la gastronomie française). Pensant au forfait, les deux gaillards aperçoivent alors un jeune en tribune et s’empressent de lui apprendre, en quelques minutes, comment barrer. L’équipage gagne, mais le barreur n’est pas jeté à l’eau, comme le veut la tradition : il ne sait pas nager. On l’aperçoit encore sur les photos de la cérémonie, mais l’on ne sait, ni son âge, ni son prénom. Dans la catégorie des jeunes précoces, l’on retrouve le Cubain Ramon Fonst qui, à 17 ans, est devenu le plus jeune épéiste à remporter les JO.

Dans l’indifférence totale, se déroulent pêle-mêle de nombreuses disciplines. Le tournoi de rugby a lieu en octobre : contre toute attente, les anglais ne sont pas en finale, puisque l’affiche oppose l’Allemagne à la France, dans un contexte post guerre prussienne. La rencontre tourne à la bagarre générale et les Français l’emportent 27 à 17. En revanche, en football, ils se font écraser, quatre à zéro, par les Anglais.

Par ailleurs, les femmes font leur entrée aux Jeux Olympiques, pour la première fois : que cela n’en déplaise à Pierre de Coubertin, elles sont dix-neuf.  La première championne olympique est une joueuse de tennis : Charlotte Cooper. Raillées pour certaines, elles reçoivent le soutien d’Émile Zola qui se déclare partisan de leur participation.

Le 28 octobre, les Jeux sont clos. C’est un échec quasi total. Il n’y a pas eu de médailles distribuées, seulement des cadeaux en récompense comme des portefeuilles, tampons buvards…Toujours est-il, que l’on retrouvera les Jeux Olympiques quatre ans plus tard, à Saint-Louis, aux États-Unis.

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017