À Cuba, le sport et la Révolution sont amis

À Cuba, la Révolution de 1956 a profondément modifié les rouages de la société. Démocratisé à toutes les franges de la population, le sport permit de mettre en pratique certains idéaux insufflés par Fidel Castro : labeur, respect de l’ordre établi, productivité au travail, bien-être des travailleurs et éveil de la conscience patriotique. Forte d’un … Continuer la lecture de « À Cuba, le sport et la Révolution sont amis »

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017

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À Cuba, la Révolution de 1956 a profondément modifié les rouages de la société. Démocratisé à toutes les franges de la population, le sport permit de mettre en pratique certains idéaux insufflés par Fidel Castro : labeur, respect de l’ordre établi, productivité au travail, bien-être des travailleurs et éveil de la conscience patriotique.

cuba

Forte d’un dynamisme économique éclatant, Cuba apparaissait à l’orée du XIXe siècle comme l’une des colonies les plus prospères de l’époque grâce à son système économique reposant sur un capitalisme foudroyant, comme l’explique l’historien Fernando Martinez Heredia : « Une modernité basée sur l’exploitation sauvage du plus grand nombre par une bourgeoisie propriétaire d’esclaves qui connecta Cuba au marché mondial capitaliste, aux progrès et aux idées du capitalisme international et, finalement, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à la grande production d’aliments pour l’immigration et la population croissante des Etats-Unis. »

En 1956, Fidel Castro renversa le dictateur Batista et prit les commandes du pays. À l’époque, la société cubaine était fortement gangrenée par la corruption et la pauvreté. Casinos, prostituées et mafias étaient légions sur l’île. L’écart entre riches et pauvres n’avait de cesse de s’accroître. De quoi pousser Castro à mettre en application son programme politique : rendre la terre au peuple, donner le pouvoir aux syndicats, mettre en place un arsenal législatif puissant, abolir les différences de classes et le capitalisme mondialisé. L’objectif ultime étant de tendre vers plus de justice sociale.

« Le sport est une des activités qui expriment le mieux la Révolution »

Avant la révolution, le sport était exclusivement réservé aux hautes sphères de la société cubaine. Fidel Castro décida alors de s’en emparer pour en faire un des vecteurs des idéaux de la Révolution. Selon lui, le labeur, la détermination et le goût pour l’effort apparaissaient comme des valeurs inhérentes aux populations pauvres… et à la pratique sportive.

Pour démocratiser le sport, il fallait tout d’abord installer des infrastructures dans toutes les provinces du pays – notamment dans les écoles, les coopératives agricoles et les centres de travail. Stades, terrains d’entraînements, gymnases se mirent ainsi à germer aux quatre coins de l’île. En popularisant une activité initialement monopolisée par la bourgeoisie, Fidel Castro avait sa petite idée en tête : montrer au peuple cubain qu’il était épris d’égalitarisme et de justice sociale. Pour ce faire, le sport à Cuba – historiquement gangrené par la corruption et la ségrégation sociale – allait progressivement devenir une activité de masse.

L’Institut National du Sport, de l’Education physique et des loisirs (INDER) fut créé en 1961. Cette institution fut chargée de démocratiser le sport à l’échelle nationale et de mettre en place un programme scolaire d’éducation physique. Dès le plus jeune âge, les enfants furent ainsi initiés à des exercices physiques. A l’école, ils étaient invités à pratiquer l’athlétisme, le basketball, le baseball, la gymnastique et le volley-ball. L’accès aux sports fut aussi étendu aux personnes âgés, aux handicapés et aux femmes au foyer. Ces dernières pouvaient notamment suivre des programmes appelés « Gimnasia básica para la mujer » (“Gymnastique basique pour les femmes”), diffusés par l’intermédiaire de la télévision et de la radio. Pour les handicapés, des centres scolaires spécialisés dans la pratique sportive firent leur apparition. Les meilleurs sportifs-handicapés étaient par la suite amenés à participer à des compétitions. Quant aux personnes âgées, elles avaient à présent accès à des activités spécialement conçues pour elles. Autre mesure phare de l’INDER : la suppression – à partir de 1967 – de la perception des droits d’entrée pour les compétitions, ce qui incita le peuple à venir assister à des spectacles sportifs.

Par ailleurs, l’INDER mit en place le « plan nacional de eficiencia fisicia » (“plan national d’efficience physique), afin de jauger les capacités physiques de la population. Des épreuves de vitesse, de sauts et d’abdominaux devinrent ainsi obligatoires pour les jeunes cubains scolarisés. Les travailleurs étaient aussi invités à participer à ces batteries de tests. Pour le gouvernement, ces derniers permettaient d’évaluer la qualité des programmes scolaires d’éducation physique et de se faire une idée sur la fraîcheur physique de la population active.

Le gouvernement cubain accordait ainsi une importance non-dissimulée au bien-être des travailleurs. Possédant près de 70% du secteur agricole et 90% du secteur industriel, il n’hésitait pas à ingérer dans la vie des travailleurs afin de les inciter à s’adonner à une activité sportive… qui serait synonyme de gains de productivité accrus. Pour les dirigeants du pays, le sport apparaissait comme un moyen de stimuler l’économie nationale.

Faire scintiller la Révolution cubaine à l’échelle internationale

Grâce à la démocratisation de l’éducation physique à toutes les franges de la population, le gouvernement cubain décelait plus aisément les champions de demain, amenés à devenir les ambassadeurs de la Révolution cubaine à l’échelle de la planète. En 1962, Fidel Castro signa toutefois le décret 83A interdisant le professionnalisme sportif, qui enrichissait « une minorité aux dépens de beaucoup », selon ses dires.

Malgré cette mesure qui engendra l’exode de nombreux athlètes, Cuba réussit à remporter un nombre impressionnant de médailles lors des compétitions internationales où les athlètes cubains excellaient principalement dans les art martiaux, l’athlétisme et le baseball – considéré comme sport national depuis 1864.

« À Cuba, le champion ne peut pas monnayer sa réussite sportive mais il trouve une compensation dans les médailles, la gloire et la considération de tout son peuple. Celui-ci se reconnaît dans ses champions et inversement, le champion cubain sait qu’il doit tout à ses propres qualités mais surtout à la Révolution qui lui a permis de les mettre en évidence et à son peuple qui l’aime et le supporte », explique l’historien Beñat Çuburu-Ithor.

Dès 1964, le sprinter Enrique Figuerola permit à Cuba de remporter sa première médaille olympique. Lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972, trois médailles d’or en boxe s’ajoutèrent à son palmarès. À partir des Jeux de Montréal, en 1976, Cuba se plaça parmi les dix meilleures nations sportives du globe et remporta une moisson de treize médailles. Des résultats qui rendirent les Cubains fiers de leur île et de leur Révolution.

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017