À Saint-Louis, les Jeux sont bousculés

Quatre ans après l’organisation parisienne, les États-Unis proposent trois villes qui seront (les seules) candidates aux Jeux Olympiques d’été de 1904 : Chicago, Saint-Louis et Buffalo. Initialement, Chicago est désignée comme ville hôte de ces troisièmes Jeux de l’ère moderne. Mais sous la pression de Saint-Louis, qui organise en même temps l’Exposition Universelle et promet … Continuer la lecture de « À Saint-Louis, les Jeux sont bousculés »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Quatre ans après l’organisation parisienne, les États-Unis proposent trois villes qui seront (les seules) candidates aux Jeux Olympiques d’été de 1904 : Chicago, Saint-Louis et Buffalo. Initialement, Chicago est désignée comme ville hôte de ces troisièmes Jeux de l’ère moderne. Mais sous la pression de Saint-Louis, qui organise en même temps l’Exposition Universelle et promet d’organiser sa propre olympiade, le gouvernement se retourne et nomme la ville du Missouri. Les tensions naissent.

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Les États-Unis, destination de rêve ? Pour un tel événement, il semblerait que non. Le voyage, long de onze jours de traversée en bateau et de quarante heures de train, rebute la plupart des Européens, à commencer par Pierre de Coubertin qui ne fait pas le déplacement. Seuls les Allemands viennent en grand nombre puisque ils sont parrainés par une marque de bière. Quelques hongrois et autres individualités suivront le mouvement vers les États-Unis. C’est tout.

Pour la première fois, les athlètes se voient récompenser par des médailles : l’or pour le premier, l’argent pour le second et le bronze pour le troisième. Ces dernières sont présentes dans les 82 disciplines disputées par 617 athlètes (il n’y a que huit femmes).

Dès le début de la compétition, corruption et tricherie se bousculent. Le marathon, première épreuve de cette Olympiade, secoue le monde du sport. Dès le dixième kilomètre, le coureur Frederick Lorz, victime de crampe, monte dans une voiture et y ressort à huit kilomètres de l’arrivée. Porté en triomphe, il ressort du stade sous les huées et les jets de pierre, démasqué par le second, Thomas Hicks. Ce dernier, alors sacré champion, avoue, par l’intermédiaire de son entraîneur, qu’il a du prendre du cognac et s’injecter des piqures pour continuer la course. Le troisième est un Français vivant aux États-Unis, Albert Corey. Les organisateurs décident de changer sa nationalité (américaine) suite à sa bonne performance. Mais le problème est rapidement résolu et le Français conserve son passeport. Enfin, cette épreuve voit un athlète particulier courir : un facteur de la Havane prend place sur la ligne de départ, habillé en chemise, pantalon et mocassins. Félix Carvajal devient l’idole des spectateurs et finit quatrième, après avoir découpé son pantalon pour en faire un short. Les Jeux Olympiques de Saint-Louis commencent fort.

L’olympiade sert aussi de test grandeur nature. On y découvre des nouvelles disciplines comme la roque, la crosse, la lutte à la corde, la boxe, l’haltérophilie ou encore le décathlon. Le pugilat intègre le programme officiel. Mais sur le terrain, la compétition ne se déroule pas sans aucune anicroche : le champion blanc refuse d’affronter le champion de la “race noire”. Le racisme est bien ancré aux États-Unis. D’ailleurs, ces Jeux sont marqués par la honte. Organisés en même temps que l’Exposition Universelle, ils sont le théâtre de démonstration colonisatrice : des indiens, des noirs, des pygmées, des mexicains sont montrés en spectacle comme des animaux. Le pays appelle ça les “journées anthropologiques”.  Franz Kemeny, délégué hongrois, a clamé haut et fort : “Ce n’est qu’une foire où l’on triche, où l’on joue, où l’on exhibe des monstres.” Les États-Unis ne font pas l’unanimité.

Sur le terrain, en revanche, les athlètes américains raflent quasiment toutes les médailles. En lutte libre, ils décrochent les 21 médailles mises en jeu ; en gymnastique, ils raflent 29 médailles sur 33. George Eyser, gymnaste de profession, emporte six médailles avec une particularité : sa jambe gauche est en bois. Les héros américains sont nombreux, à commencer par Archie Hahn. Surnommé le Météore du Milwaukee, il enchaîne les victoires sur 60 mètres, 100 mètres et 200 mètres. Il pulvérise le record olympique du 200 mètres en 21,6 secondes : performance qui restera inégalée pendant 28 ans.

Dans cet océan olympique dominé outrageusement par les locaux, les athlètes étrangers arrivent à gagner en natation. Au cours d’une discipline modernisée – on distingue des nages (dos, brasse) – les Allemands font la course en tête suivis par un Hongrois (Zoltan Von Halmay, Emil Rausch, Walter Backs, Georges Zacharias). En ce qui concerne la participation des femmes, elles pratiquent toutes le tir à l’arc dans l’anonymat et l’indifférence.

Une fois de plus, les Jeux Olympiques ne sont relayés par aucun grand média. Étalés sur cinq mois de l’année en plein milieu de l’Exposition Universelle, ils n’ont su se démarquer. À cette époque, la durée de vie de cette Olympiade est infime.

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017