Cyclistes et combattants

Lorsque l’on évoque la Première Guerre Mondiale, on mentionne souvent l’histoire des Poilus et de leur vie quotidienne dans les tranchées. D’autres corps de l’armée française apportèrent également leur pierre à l’édifice… comme les Chasseurs cyclistes, ces soldats d’élite méconnus par le grand public. La Première Guerre Mondiale fut l’un des conflits les plus meurtriers … Continuer la lecture de « Cyclistes et combattants »

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Lorsque l’on évoque la Première Guerre Mondiale, on mentionne souvent l’histoire des Poilus et de leur vie quotidienne dans les tranchées. D’autres corps de l’armée française apportèrent également leur pierre à l’édifice… comme les Chasseurs cyclistes, ces soldats d’élite méconnus par le grand public.

chasseurs cylcistes

La Première Guerre Mondiale fut l’un des conflits les plus meurtriers du XXème siècle. Opposant les pays de la Triple-Entente (France, Russie, Grande-Bretagne) à ceux de la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie), le conflit entraîna de nouvelles manières de combattre, liées à la pratique sportive. Grâce à l’action des corps francs, au lancer de grenades et à l’émergence des Chasseurs cyclistes, le sport se mit au service de la guerre. Inconnus par le plus grand nombre, ces derniers participèrent de plein pied aux combats et contribuèrent ainsi fortement à la victoire finale de l’armée française.

De la concurrence pour la cavalerie ?

Dès 1886, l’idée d’une une unité combattante composée de cyclistes commença à germer dans l’esprit des lieutenants Henri Gérard et Charles Morel, notamment dans la perspective de baisser les coûts liés à l’entretien des chevaux des cavaliers. Les deux lieutenants mirent ainsi au point – en étroite collaboration avec Peugeot – une bicyclette pliante capable d’être transportée aisément sur tous les terrains. Un arrêté du 9 mai 1899 permit la création d’unités cyclistes combattantes qui ne cessèrent d’accroître leurs effectifs jusqu’en 1913 et la création officielle du groupe des Chasseurs cyclistes.

Corps le plus prestigieux de l’armée, la cavalerie ne voyait pas l’essor des Chasseurs cyclistes d’un bon œil, craignant qu’ils ne les supplantent à terme. Pourtant, les Chasseurs cyclistes n’étaient pas censés remplacer les Cavaliers. Ils devaient au contraire leur apporter un soutien adapté aux différentes situations sur le champ de bataille.

Un corps d’élite

Loin de faire de la figuration, les Chasseurs cyclistes apparaissaient bel et bien comme un corps d’élite, promis aux missions les plus périlleuses. Ils étaient ainsi chargés de palier à l’infériorité numérique de la cavalerie française, d’empêcher l’infanterie adverse de percer les lignes françaises, de protéger l’artillerie, d’attaquer la cavalerie adverse et d’assurer une couverture en cas de retraite. Les Chasseurs cyclistes étaient souvent utilisés pour les embuscades et les raids sur les arrières de l’adversaire allemand. Rapides et imprévisibles, ils inspiraient la crainte chez l’ennemi, qui éprouvait les pires difficultés du monde à les contrer. Le témoignage du soldat bavarois Ludwig Von Roester abonde ainsi dans ce sens :

« Jamais aucune des troupes adverses quelle qu’elles soient, ne nous aura causé une impression de malaise, d’inquiétude mortelle, comme celles que nous prodiguèrent les Chasseurs cyclistes. »

Les Chasseurs cyclistes étaient triés sur le volet. Dotés d’excellente aptitudes physiques, ils devaient être adroits au tir à la baïonnette et, bien sur, être aptes aux assauts à pieds. Les groupes de Chasseurs cyclistes étaient rattachés aux dix divisions de cavalerie. Chaque groupe était composé de 400 chasseurs, tous équipés de la bicyclette pliante « Gérard » (13 kg). Ce témoignage de l’adjudant Boudou – tiré de la revue « La vie au grand air » – rend compte de l’âpreté de leurs missions :

« Le peloton cycliste dans une division de cavalerie comprenait au début de la guerre une compagnie environ. Il était formé de Chasseurs cyclistes. Mais le travail imposé était tel qu’il ne resta plus beaucoup de ceux-ci au bout de peu de temps et on dut faire appel aux cavaliers. C’est ainsi que cuirassier un jour, je me réveillait le lendemain cycliste. Le travail n’était pas de tout repos. Dès qu’un point faiblissait, c’est nous qui, sur nos frêles machines, étions chargés d’aller occuper le boche en permettant aux renforts d’arriver. S’agissait-il de reconnaître un endroit où faire passer la cavalerie, le peloton cycliste allait remuer la poussière sur la route. Si la division de cavalerie était attaquée et forcée de se replier, c’était encore le peloton cycliste auquel on recourait pour ferrailler et combattre. Ajoutez à cela que nous faisions presque quotidiennement des raids de 100 kilomètres, et parfois plus, alignés, aux aguets, le fusil Lebel sur l’épaule, les cartouchières, les musettes pleines de balles, le vélo chargé de munitions, de linge et d’effet de rechange. J’avoue que j’aurai préféré faire une étape du Tour de France, n’eût-ce été pour avoir un simple maillot et une machine légère… »

A l’issue du conflit, les Chasseurs cyclistes reçurent de nombreuses médailles militaires et certains devinrent même officiers supérieurs. Malgré tout, ils restent très méconnus du grand public et souvent absents des livres d’histoire. En octobre dernier, à l’occasion du centenaire de la Bataille de Crèvecoeur-Séranvilliers, la ville de Séranvillers-Forenville a tenu à rendre hommage à ses 26 chasseurs cyclistes, morts sur le front.

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017