Du jeu et des enjeux

Depuis sa conception en 1930, imaginée et mise en oeuvre par les français Jules Rimet et Henry Delaunay (s’inspirant des Jeux Olympiques),  la Coupe du monde est devenue, édition après édition,  la vitrine du football au niveau mondial. Cette compétition est suivie par des centaines de millions de personnes à travers le monde (près de 3,2 milliards … Continuer la lecture de « Du jeu et des enjeux »

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Depuis sa conception en 1930, imaginée et mise en oeuvre par les français Jules Rimet et Henry Delaunay (s’inspirant des Jeux Olympiques),  la Coupe du monde est devenue, édition après édition,  la vitrine du football au niveau mondial. Cette compétition est suivie par des centaines de millions de personnes à travers le monde (près de 3,2 milliards de téléspectateurs pour ont suivi la compétition en 2010). Un outil de partage des valeurs de ce sport qui est aujourd’hui l’un des plus populaires de la planète.

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La Coupe du monde a été parfois prise en otage, a été parfois complice. Elle demeure un témoin essentiel des événements récents et de l’Histoire du siècle dernier. Cette compétition a permis au football de devenir ce qu’il est aujourd’hui : un agent social, une “religion” ou  pour certains, un outil de propagande et d’intérêts informels pour d’autres. Comment la Coupe du monde a-t-elle été aliénée ? Subtilement à travers les années, de quelle manière l’enjeu a t-il pris le pas sur le jeu ? Eléments de réponses à travers le portrait de cinq de ses éditions.

Coupe du monde 1930 : L’Europe quasiment absente 

Cette première édition de la Coupe du monde est snobée par la majorité des pays européens, notamment par l’Angleterre car elle est jugée trop chère et peu porteuse de retombées dans un contexte économique difficile. L’Uruguay est chargée de l’organisation du fait de ses victoires aux Jeux Olympiques (1924, 1928) et du symbole du centenaire de son indépendance  (1830). Elle prend en charge les frais des participants. Seulement quatre équipes européennes sont présentes, dont la France portée par son capitaine Alexandre Villaplane, qui finira fusillé en 1944 après avoir rejoint d’autres rangs, ceux de la Gestapo française.

Le coup d’envoi est donné le premier juillet 1930. Quelques problèmes d’arbitrages sont déjà à signaler, le plus marquant étant un coup de sifflet final lors du match France – Argentine à six minutes de la fin temps réglementaire, alors qu’un attaquant français allait au but (victoire 1-0 des Argentins). La finale oppose l’Uruguay à l’Argentine au stade Centenario le 31 Juillet 1930. Dans ce duel entre ces deux nations qui se vouent une rivalité sportive sulfureuse, l’Uruguay l’emporte : le 31 juillet sera même proclamé jour de fête nationale. Les supporters argentins, rentrés au pays, se ruent à l’ambassade d’Uruguay et y jettent des pierres. La police tente de rétablir l’ordre, en vain.

Le 6 Septembre 1930, l’armée renverse le gouvernement et prend le pouvoir, début d’une longue période d’instabilité et de dictature militaire dans le pays.

Coupe du monde 1934 : Ode au fascisme 

La Coupe du monde 1934 est organisée en Italie. Ne suscitant guère l’enthousiasme de Mussolini dans un premier temps, le dictateur se méfie de ce sport dont les racines sont anglaises, sport devenu professionnel et qui entretient les divisions locales et régionales du fait des rivalités entre les clubs. Il se rend tout de même compte que cette Coupe du monde organisée sur son sol peut être un outil de propagande du fait de la couverture des médias actuels de l’événement. Dès lors, cette Coupe du monde peut affirmer la puissance du régime à une condition : que l’Italie l’emporte. Mussolini et ses Chemises noires mobilisent l’appareil d’Etat dans un objectif, celle de la victoire finale.

Cette Coupe du monde serait émaillée de scandales arbitraux. Sur fond de rivalité avec l’Allemagne nazie, le régime met tout en place pour que l’équipe d’Italie aille au bout. La fédération grecque reçoit 400 000 $ en échange de son forfait contre l’Italie. Lors du quart de finale opposant l’Espagne aux transalpins, et après un premier match nul, deux buts sont refusés à l’Espagne : quelques minutes plus tard, un joueur italien ceinture le gardien de but espagnol, le but est néanmoins accordé. L’Italie se qualifie. En demi-finale face à la “Wunderteam” d’Autriche, elle se qualifie au gré de quelques buts refusés aux coéquipiers de Matthias Sindelar.

La veille de la finale contre la Tchécoslovaquie, l’arbitre dîne avec Mussolini. L’Italie l’emporte en prolongation devant 55 000 spectateurs. Mission accomplie pour Mussolini.

Coupe du monde 1938 : L’Allemagne avec l’Autriche 

La France organise et croit en une Coupe qui unit les peuples malgré un contexte politique tendu où Mussolini commence à réclamer la Corse, la Savoie et la Tunisie. Cette Coupe du monde voit des nations imposer leurs idéologies plutôt que leur jeu.

L’Allemagne ayant annexée l’Autriche, a intégré dans son équipe les meilleurs éléments de l’équipe d’Autriche, la « Wunderteam » . Les meilleurs sauf un : Matthias Sindelar, véritable légende en Autriche du fait de son éthique et de son talent. Auteur de 600 buts en 700 matchs avec l’Austria Vienne, le “Mozart du ballon rond” refusa la proposition du sélectionneur allemand de jouer pour l’Allemagne hitlérienne suite à un match amical opposant l’Allemagne nazie à l’Ostmark (devenue province autrichienne) – match remporté deux buts à zéro par l’Ostmark avec un but de Sindelar. Ce refus fut fatal pour Sindelar et sa compagne, tous deux juifs, qui furent ostracisés puis persécutés par le régime. Une récompense était même offerte pour leur capture. Le 23 janvier 1939, le meilleur sportif autrichien du XXème siècle et sa compagne furent retrouvés sans vie dans leur lit. La Gestapo prétexta une intoxication au monoxyde de carbone et fit disparaître les corps.

L’Allemagne nazie se faisant éliminer, c’est l’Italie qui va au bout et porte haut et fort son régime. Le capitaine italien Giuseppe Meazza fait un salut nazi devant le Président français Albert Lebrun au moment de la remise de la Coupe. Un geste politique tel un soldat qui a rempli sa mission. La dictature allemande, jalouse des victoire de l’Italie, voudra organiser la Coupe du monde 1942, sans succès. Elle est plus occupée à tenter de dominer l’Europe et le monde, qu’à l’inviter pacifiquement.

Coupe du monde 1958 : Le FLN contre-attaque 

La Suède est l’hôte de la Coupe du monde 1958 où l’on attend beaucoup des favoris que sont la RFA, tenante du titre, l’URSS, le Brésil et l’équipe de France, portée par ses deux stars : Just Fontaine et Raymond Kopa. Une équipe de France qui compte dans ses rangs deux joueurs algériens (Mustapha Zitouni, Rachid Mekloufi). À deux mois du début de la compétition, ces deux joueurs disparaissent. Le chiffre de dix joueurs internationaux manquant nord-africain est annoncé.

Le FLN (Front de Libération National) se révèle être derrière cette opération, qui avait tout d’une opération militaire. C’est un ancien footballeur, Mohamed Boumezrag qui a organisé la fuite des joueurs et qui est à l’origine de la constitution de cette équipe de football du FLN. Le but de cette opération étant d’attirer l’attention de la presse et de l’opinion française afin de médiatiser et de défendre la cause de l’indépendance. Ils seront dix joueurs au total à rallier Tunis par la Suisse et l’Italie entre le 12 et le 14 avril 1958, et une trentaine de joueur à rejoindre l’équipe du FLN. En France, la disparition simultanée des joueurs pousse l’opinion à s’interroger sur les raisons de leur départ. Rares étaient les personnes au courant de ce qu’il se passait vraiment en Algérie. Les Bleus, eux, se concentrent sur le mondial. Certains joueurs ont tenu à saluer l’initiative des joueurs partis pour l’indépendance, par le biais d’une carte postale d’encouragement depuis la Suède.

L’équipe de France, elle, laisse un record en Scandinavie: celui du nombre de buts marqués (23) et finit à une belle troisième place. Le Brésil, bourreau des français en demi-finale, remporte la compétition. Les autorités françaises feront alors pression sur la FIFA pour la non-reconnaissance de l’équipe du FLN. Cette équipe jouera plus de 90 matchs, aucun en Algérie, pour faire connaître la cause indépendantiste. Elle laissera la place à l’équipe d’Algérie de football en 1963.

Coupe du monde 1974 : le Chili se la joue solo 

En novembre 1973, peu après le coup d’État perpétré par le général Pinochet, l’Union soviétique doit se déplacer au Chili pour jouer un match de barrage de la Coupe du monde 1974. Ce match devait se tenir à l’Estadio Nacional où y sont détenus et torturés les prisonniers politiques du régime. Un camp de concentration d’une capacité de plus de 40 000 places. L’URSS refuse de jouer dans ce stade et en appelle à l’arbitrage de la FIFA. Celle-ci envoie une délégation qui déclare le stade apte à recevoir la rencontre malgré la présence des prisonniers dans les bas-fonds du stade. Les dirigeants soviétiques refusent d’envoyer leur sélection. Le Chili joue le match, bien qu’étant la seule équipe sur le terrain et se qualifie pour la Coupe du monde.

Un autre match se joue à Francfort : Joao Havelange, soutenu par le patron d’Adidas, Horst Dessler, est face à Stanley Rous pour la présidence de la FIFA. Au terme d’un scrutin entaché de soupçons de versements de pots de vin par Dessler, le Brésilien est élu. C’est un tournant. L’organisation deviendra une véritable multinationale. L’une de ses premières décisions en tant que président sera de signer un contrat avec Adidas. Dès lors, la FIFA vendra l’exclusivité de ses droits de plusieurs Coupes du monde à une société du nom d’ISL, détenue par Dessler, en échange de pots de vin reçus par Havelange de plusieurs millions de dollars entre 1992 et 2000. Des agissements connus au sein l’organisation, mais, apparemment pas de son secrétaire général depuis 1981, Joseph Blatter.

La Coupe du monde de la FIFA s’est imposée comme l’un des événements les plus influents au monde de par son histoire sportive et extra-sportive. Ses éditions sont marquées par les séquelles de l’histoire du XXème siècle que sont la guerre, la corruption, la lutte pour l’indépendance. Il est difficile de comprendre le rôle et la mission de la la Coupe du monde de la FIFA, qui a permis à travers les années d’augmenter son nombre d’équipes participantes, de s’exporter à travers le monde et les continents, dans le but d’avoir toujours plus de marchés ou de diffuser les valeurs du football. Avec l’attribution des éditions 2018 et 2022 respectivement,  la Russie et au Qatar sur fond de soupçons de corruption, le doute subsiste. Malgré tout, dés le commencement du match d’ouverture, toutes ces questions semblent tout à coup hors de propos.

Par David Douieb Publié le vendredi 31 mars 2017