Les petites histoires du journalisme sportif (2/2)

Nous ouvrons notre second volet sur les petites histoires du journalisme. Il y est question des origines de la presse écrite, la presse radiophonique et du radio-reportage sportif.  Entre 1875 et 1914, l’actualité sportive ne se relatait pas de la même manière. À l’origine, il s’agissait de relater un simple fait divers aux allures festives dans … Continuer la lecture de « Les petites histoires du journalisme sportif (2/2) »

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Nous ouvrons notre second volet sur les petites histoires du journalisme. Il y est question des origines de la presse écrite, la presse radiophonique et du radio-reportage sportif. 

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Entre 1875 et 1914, l’actualité sportive ne se relatait pas de la même manière. À l’origine, il s’agissait de relater un simple fait divers aux allures festives dans les rubriques mondaines. Puis, le sport s’est imposé comme une préoccupation majeure qu’il fallait analyser, expliquer et valoriser. Grâce à des journalistes qui connaissaient ou maîtrisaient la discipline sportive, l’information a gagné en précision, en technicité et en exhaustivité.

Le début du XXe siècle a vu se multiplier les titres de presse de sport par la volonté des journaux de gagner les classes moyennes et populaires afin d’augmenter leur lectorat ; le sport étant un atout décisif. En 1900, on comptait une quinzaine de titres de presse sportive en France. En 1901, on en comptait 46.

De 1918 à 1939, on a pu assister à une explosion de titres régionaux, coloniaux  et fédéraux comme Le Midi Olympique en 1919, Marseille Sports en 1920, l’Echo des sports indochinois en 1925, l’Echo des sports Nord-Africains en 1936. Les magazines ont sectorisé les types de sport et se sont spécialisés dans une discipline sportive. D’abord le cyclisme, le motocyclisme, puis le cyclotourisme mais également le football. Des bulletins de supporters ont vu le jour, comme celui du Football-Club Rouennais en 1927. Des journaux liés à une fédération sportive sont parus : Natation en 1922, Basket-Ball en 1933, la Revue du Ping-Pong en 1935.

Les premiers journaux étaient sans photo. Le journaliste devait donner à son récit un style permettant de créer l’émotion, de donner une image avec des mots.

Cet ancrage du sport dans les médias s’est renforcé grâce à l’apparition du photo-journalisme. Les journaux sportifs ont alors accordé de l’importance à la mise en page d’illustrations qui visaient à produire du spectacle et du sens. Le Miroir des Sports et Match-l’intran sont notamment deux exemples de cette nouvelle ère du photo-journalisme sportif. Mais après la guerre, les photos ont massivement investi les journaux au détriment des articles écrits. La photo sportive ne dit rien de la nature d’un sport, elle n’informe pas sur l’événement, elle saisit un moment le plus spectaculaire possible. C’est une « photo de geste ».

La valise bélinographe va permettre aux journalistes-photographes de faire des reportages à l’extérieur, et de transmettre la photo devant paraître dans le journal du lendemain. Ils transmettaient la photo par téléphone mais ça prenait beaucoup de temps !

La concurrence s’aiguisait alors. Le débat s’élargissait avec la généralisation de l’information sportive dans la presse quotidienne nationale. Celle-ci est devenue le premier concurrent sérieux du journal L’Auto. De ce fait, le style rédactionnel des productions journalistiques liées au sport s’est peu à peu modifié, avec une description des actions et la rédaction d’articles qui devaient permettre aux lecteurs de vivre la même émotion que les spectateurs. La régularité du calendrier des compétitions sportives a créé une temporalité dans l’information sportive ; on a pu retrouver par exemple le foot et la boxe en hiver et le cyclisme et l’athlétisme en été.

En plus du vélo très populaire, le football, fort de ses 400 000 spectateurs lors de la Coupe du Monde de 1938 a également fait la Une de la presse. De grands journaux ont ainsi consacré de très importants moyens pour développer leur rubrique sport : le Paris-Soir employait par exemple 139 correspondants sportifs.

Entre la Belle Époque et les années 1930, le sport a étendu son emprise, aussi bien dans la presse écrite qu’avec un nouveau média, la radio. Les foyers équipés de postes de radio sont passés de 40 000 en 1922 à 5 millions en 1939. L’âge d’or de la presse écrite s’est refermé du fait de la croissance de la radio.

La presse radiophonique, le radio-reportage sportif

Edmond Dehorter, connu sous le pseudonyme « Le parleur inconnu », premier reporter français spécialisé en sport, a obtenu en 1923 l’autorisation des PTT (postes,

télégraphes et téléphones) d’accorder les circuits nécessaires avec Radiola, radio privée, et la salle Wagram à Paris, pour diffuser et commenter en direct et pour la première fois, un combat de boxe. Cette première expérience sportive radiophonique fait sensation à l’époque. Un journal écrit même : « La réception était si parfaite que l’on entendait même les bruits de la foule ».

Il a alors réitéré l’expérience pour des  matchs de football, de rugby et une course cycliste. Mais ses confrères de la presse écrite jugeaient cette concurrence déloyale, car ce reporter en direct annonçait au public les résultats avant tout le monde. Les organisateurs des Jeux Olympiques de Paris en 1924, face à la pression, lui ont interdit l’accès au stade pour la finale de football. Mais il a pu contourner l’interdit en survolant le stade en ballon captif, dans une nacelle qui malheureusement s’est trop éloignée et l’a contraint à renoncer à son reportage. Mais en ridiculisant ses confrères, il parvient à faire admettre à la presse écrite qu’elle ne peut freiner les progrès techniques et qu’il est nécessaire d’accompagner et de développer cette nouvelle forme de communication.

Grâce à cet exemple fourni par le sport, le reportage radio va se développer pour d’autres types d’événements. Alors que jusque là, à ses balbutiements, la presse écrite débattait principalement des vertus du sport, la radio, elle, va s’intéresser au factuel. Le sport profite de ce nouveau vecteur de médiatisation pour accentuer son écho et sa popularité à travers le choc que constitue le direct. Nous sommes là face à une nouvelle technique révolutionnaire au service de la rapidité, voire du direct.

En 1928, c’est le journal L’Intransigeant qui, associé à Match, finance sur les ondes de Radio Cité les premiers reportages radio sur le Tour de France cycliste. L’information circule alors plus vite. En juillet 1929 c’est la première retransmission en direct du Tour de France.

Le reporter sportif à la radio instaure un rapport de proximité entre l’auditeur et l’événement. La radio inscrit le sport dans la sphère privée. De grands noms s’y illustrent comme :

  • Georges Briquet au Poste parisien et à la radio nationale à son retour de déportation.
  • Alex Virot à Radio Cité et à Radio Luxembourg après-guerre : caricaturiste à l’origine, il devient reporter sportif et se tue en 1957 sur le Tour de France cycliste en basculant avec son motard dans un ravin.
  • Roger Couderc, Léon Zitrone débutent aussi à Radio France.
  • Georges Peeters, spécialiste de boxe sur Radio PTT avant-guerre etc.

La radio des années 1930 prépare la population française à rentrer dans une ère de la consommation sportive de masse. Malgré l’apparition de la radio, la presse écrite gardera un avantage sur cette dernière grâce à l’utilisation massive des photos.

La presse télévisée, la télévision sportive

L’entrée en jeu de la presse sportive à la télévision est beaucoup plus récente.  En 1948, la télévision diffuse les premières images de sport en retransmettant le Tour de France cycliste. C’est Raymond Marcillac, ancien athlète et jeune résistant qui est chargé, en 1958, de mettre en place et de diriger le service des sports de l’ORTF (Radio-Télévision Française) créée au lendemain de la guerre. Il formera des télé-reporters sportifs parmi lesquels Léon Zitrone, Michel Drucker, Robert Chapatte…

Bilan d’une évolution séculaire

En prenant au cours des années écoulées des responsabilités et des engagements, la presse sportive a contribué à faire du sport un phénomène social et économique. Elle a encouragé la pratique du sport, en a assuré sa notoriété et sa popularité. En présentant le sport comme un spectacle, les journalistes de sport ont aussi participé à sa rentabilité. La médiatisation du sport de compétition a favorisé la démocratisation du sport.

Pour Jacques Marchand, journaliste sportif et historien du journalisme de sport, « le journaliste de sport a été longtemps au service du sport dans sa généralité, comme activité de santé et de détente, recrutant et encourageant ses pratiquants, glorifiant les meilleurs et les plus forts d’entre eux, valorisant leurs performances physiques pour en faire des exploits humains et créer un spectacle qui fait rêver et fantasmer un public ».

L’histoire de la presse sportive est une compétition généralement entre deux quotidiens qui se termine toujours et assez vite par le retrait de l’un des deux quotidiens et, généralement, le battu est plutôt le dernier arrivé sur le marché. Pourtant, une certaine concurrence serait sûrement bénéfique au milieu sportif. Cependant, L’Équipe, seul quotidien de la presse sportive en France passe aujourd’hui pour un modèle du genre et de qualité reconnue dans le monde entier.

Mais la presse sportive ne se limite pas à la presse spécialisée. Elle est aussi intégrée à la presse nationale d’information, plus encore à la PQR et elle s’exprime et s’impose plus que jamais dans la presse audio-visuelle.

Les journaux L’Auto avant-guerre et L’Équipe après-guerre sont l’héritage des journalistes de sport. Leurs fondateurs, Henri Desgrange et Jacques Goddet ont été à la fois d’incontestables journalistes et des dirigeants du sport qui ont imposé rigueur et authenticité aux événements sportifs qu’ils ont organisés. Ils ont réussi à doser et équilibrer le commercial qui faisait vivre leur journal et l’exaltation du fait sportif qui fournissait sa matière première à l’info.

Thibaut Alrivie (twitter) avec Nicolas Tavares (twitter), Robin Watt (twitter) et Florian Gautier (twitter). 

Par Florian Gautier Publié le vendredi 31 mars 2017