Les quatre géants

Ils sont quatre. Les géants de l’histoire de la NBA. Culminant à plus de 2 mètres 29, ces extraterrestres de la balle orange ont les défauts de leur qualité : les blessures qu’entraînent la taille sur­humaine sous leur toise. Les quatre sont nés hors du pays à la bannière étoilée et ont pourtant marqué l’histoire … Continuer la lecture de « Les quatre géants »

Par Théo Sorroche Publié le vendredi 31 mars 2017

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Retour gagnant

Ils sont quatre. Les géants de l’histoire de la NBA. Culminant à plus de 2 mètres 29, ces extraterrestres de la balle orange ont les défauts de leur qualité : les blessures qu’entraînent la taille sur­humaine sous leur toise. Les quatre sont nés hors du pays à la bannière étoilée et ont pourtant marqué l’histoire de la ligue américaine. Portrait de Manute Bol le Soudanais, Gheorghe Muresan le Roumain, Shawn Bradley l’Allemand et enfin Yao Ming le Chinois.

Muresan

Manute Bol, 2 mètres 31, 99 kilogrammes : A jamais le premier

Fils d’un chef tribal du Soudan, Manute a le privilège de passer son enfance à élever des vaches avec son père. Le jeune soudanais ne va cependant pas à l’école, ne sait ni lire ni écrire. Refusant parfois les traditions ancestrales comme la scarification du visage, le jeune homme est puni, souvent. Il se forge un caractère.

Les rites de son village lui offrent un corps inhabituel : “Certains jours, je buvais près de 15 litres de lait. Certains enfants de mon village ont gagné des dizaines de kilos. Moi, j’ai perdu ces kilos aussi vite que je les avais acquis. J’ai grandi, mais je suis resté maigre et frêle comme un roseau”. Immanquable par sa taille, Manute Bol se fait aussi remarquer en tuant un lion, seul avec sa lance.

Le grand échalas commence sa route vers l’Amérique en 1978 quand un cousin le fait venir dans la plus grande ville de la région : Wau. Son père est opposé à sa décision de débuter le basket, Manute n’en a cure. En 1979, ses 17 ans et 2 mètres 23 émigrent vers la capitale Karthoum. Dans une ville principalement arabe, le jeune soudanais est traité comme un esclave. Le géant grandit dans l’adversité comme joueur mais aussi comme homme. Très maladroit, c’est son cousin qui le forme au b.a-ba du basket. Manute Bol y reste trois ans, subissant insultes sur agressions.

Tout change lorsque Don Feeley, coach NCAA, débarque à Karthoum en 1982. Il est venu observer l’équipe soudanaise dans le cadre d’une étude universitaire. À 20 ans Manute Bol mesure 2 mètres 31. Il a bien progressé et impressionne le Yankee. La porte des Etats­-Unis s’ouvre alors même que celle du Soudan brûle sous le feu de la guerre civile.

En 1983, le Soudanais débarque en Amérique. Incapable de lire et d’écrire en anglais, il ne sait même pas le parler. Le cadavérique pivot est remarqué par le coach de Cleveland State University qui le fait venir, attiré par son immense taille. Après des problèmes administratifs, c’est finalement à l’université de Bridgeport que le géant va entamer son rêve américain. L’avantage de taille est énorme pour le jeune pivot. Avec 22,5 points, 13,5 rebonds et 7,5 contres, il domine sans partage la raquette. Mais les chiffres cachent de vrais problèmes de placement sur le terrain.

En juin 1985, les scouts NBA hésitent entre enthousiasme et doute. L’unanimité concerne sa capacité à contrer les tirs et à peser en défense. Les plus dubitatifs ne le pensent même pas capable de s’intégrer dans une attaque et de conserver le ballon. Finalement, ce sont les Washington Bullets qui prennent le risque de drafter la longue tige de 2 mètres 31, avec le trente et unième choix.

Sa première saison est mitigée entre l’impression d’un mur défensif (5 contres par matchs en 26 minutes, meilleur total de la ligue) et sa difficulté à comprendre les systèmes en attaque (3,7 pts à 46%). Les sceptiques sont finalement excités dans la capitale fédérale, l’impression de voir Gulliver sur l’île de Lilliput intrigue. Titulaire soixante fois, Manute Bol participe à la campagne des Bullets jusqu’aux plays off, éliminés au premier tour. Infernal pour les joueurs adverses, le Soudanais est une aubaine pour les billetteries puisque les salles sont combles à chacune de ses apparitions. La vie n’est pourtant pas facile pour le jeune africain. À nouveau il est insulté, qualifié de sauvage même par certains journalistes à l’inculture affligeante. Bienvenue en Amérique où les braises de la ségrégation raciale sont encore chaudes.

La suite de la carrière de Manute Bol est décevante : il perd sa place de titulaire et n’arrive pas à franchir de cap. Il ne dépasse jamais ses chiffres de Rookie. En 1987, le Soudanais est rejoint par Musguy Bogues, plus petit joueur de l’histoire de la NBA (1,59m). Le duo joue les bêtes de foire dans les magazines et sur les parquets mais les Bullets ne vont pas loin en playoffs.

En 1988, Manute Bol est envoyé à San Francisco chez les Golden State Warriors. Retrouvant un vrai rôle en défense au soutien du duo Mullin-Ritchmond, il passe à nouveau plus de vingt minutes sur le terrain et redevient le meilleur contreur de la ligue (4,3 c/m). C’est aussi à Golden State que le géant se trouve un nouveau hobby : le shoot à trois point. Il en tente 93 dans la saison, pour 20 réussis. Son style désarticulé, toujours si apathique déçoit les observateurs qui espéraient une franche progression. Elle n’arrivera jamais.

Manute Bol est baladé à Philadelphie en 1990. Si la médiatisation s’essouffle un peu, le Soudanais s’amuse dans cette nouvelle ville, enfin réellement à son aise aux Etats-Unis. Cependant sa carrière glisse vers la fin, il souffre de son physique, moins de 100 kilogrammes pour 2 mètres 31. Les premières blessures arrivent en 1992. Lui et son genou droit souffreteux sont transférés d’équipe en équipe durant la saison 1993-­1994. Il ne joue quasiment plus et son impact est anecdotique. En novembre 1994, il fait cinq derniers matchs sous forme d’adieu avec les Golden State Warriors. Il quitte ensuite la NBA, rejoignant une ligue mineur (la CBA) avant de faire deux piges en Italie puis au Quatar.

Après cette fin de carrière accélérée par les blessures, Manute Bol retourne au Soudan. Il y avait déjà fait des apparitions durant sa carrière. Entre bains de foule et oeuvres caritatives, ses voyages étaient courts et intenses. Mais en 1998, il revient pour de bon dans un pays totalement ravagé par la guerre civile. Lui qui donnait la majorité de son salaire à sa famille élargie (son grand-père a eu 82 enfants) est saisi par la situation affreuse dans laquelle se trouve le Soudan. Il soutient les rebelles du SPLA (armée rebelle de libération du peuple soudanais) et tente de faire jouer sa réputation pour que les Etats-Unis réagissent aux massacres perpétrés par le pouvoir en place. Cependant Bol a une position ambivalente, se refusant à la haine. Il déclare être en faveur d’un compromis avec le gouvernement arabe. Décrié de part et d’autres, ruiné par tout l’argent mis dans la cause rebelle, Bol décide de rentrer aux Etats-Unis en 2001 pour renflouer ses caisses et agir avec plus de recul pour le Soudan.

Très vite le géant a compris ce que son physique unique peut lui rapporter. Malheureusement le drame du 11 septembre 2001 le bloque en Égypte. Finalement, il débarque au USA début 2002 et fonde directement The Ring True Fondation afin d’aider les enfants soudanais. L’aubaine marketing qu’il représente lui permet de lever des fonds pour son association. Il donne son image en pâture afin d’aider ceux qui n’ont rien, conscient qu’une image n’est rien comparée à une seule de ces vies. En 2004, victime d’un grave accident de voiture, Manute Bol rencontre pour la première fois la mort de près. Elle l’emporte définitivement le 19 juin 2010. Le géant paye sa volonté d’améliorer les choses au Soudan où il s’était déplacé faire campagne en début d’année pour un parti démocrate, alors que son état ne le permettait pas. L’immense soudanais fut le premier, certainement le plus atypique et le plus impliqué socialement des quatre géants. Sur le terrain, il n’a jamais réussi à franchir un palier, restant un fort intimidateur en défense couplé d’un plot inutile en attaque. Un très grand plot que des milliers de fans applaudirent durant ses neuf années dans la grande ligue et que des millions de Soudanais opprimés regrettent certainement aujourd’hui.

Statistiques en carrière NBA : 624 matchs / 2,6 points / 4,2 rebonds / 3,3 contres / 40,7% aux shoots

Palmarès : Deux fois meilleur contreur de NBA (1986 et 1989)

Gheorghe Muresan, 2 mètres 31, 145 kilogrammes, le plus grand

Anomalie de la nature, le Roumain est plus grand que tous les membres de sa famille à dix ans seulement. Aucun d’entre eux ne dépassent le mètre quatre vingt-trois. Gheorghe, lui, culmine à 2 mètres 05 à quatorze ans, la faute à une tumeur provoquant un excès d’hormones de croissance. La famille n’a pas les moyens financiers de soigner Gidza. Le jeune homme ne connaît pas encore le basket, sport fait pour son avantage de taille. C’est en allant chez le dentiste à Cluj, que celui­-ci repère son immense carcasse. Le Roumain ne rentrera plus chez lui car le coach de l’équipe nationale décide de le prendre sous son aile et deux ans plus tard, en 1987, Muresan intègre la sélection.

En 1991, il émerveille les scouts pendant le Championnat du monde junior. Le géant s’amuse avec 23 points et 11 rebonds de moyenne et mène les Roumains à la cinquième place d’un tournoi dominé par les USA. Mais Gheorghe Muresan refuse de rejoindre la NCAA, même si l’effondrement du bloc soviétique en 1989 le lui aurait permis. Il préfère rejoindre le sud de la France et Pau-­Ortez. Il domine facilement en Pro A avec 18 points, 10 rebonds et 3 contres. À l’instar de Bol, le Roumain est gauche, maladroit et ne sait pas se placer. Muresan apprend les bases du basket professionnel mais aussi l’utilisation de… l’électricité ! Toute sa paye passe dans l’achat d’une maison tout confort pour ses parents. En France, beaucoup de scoutS viennent le voir, notamment face au Real Madrid du roi Sabonis.

En juin 1993 il inscrit son nom à la draft et est sélectionné à la trentième position par les Washington Bullets. L’espace de deux rencontres, il partage le ballon avec un certain Manute Bol (4,61mètres à tous les deux) ! Pour le reste il fait une saison correcte d’adaptation (5,6 pts 3,6 rbds à 55%) même s’il ne parle pas encore anglais. À l’inter­saison, le Roumain prend du muscle. Il veut réussir à s’imposer dans la grande ligue. Il obtient rapidement sa place dans le 5 de départ et double ses statistiques et son temps de jeu (10 pts, 7rebds en 23 minutes).

Sa troisième saison est la meilleure. Il tourne à 14,5 points et pratiquement 10 rebonds et n’est pas si loin du All Star Game. Ce n’est pas une vulgaire attraction mais un véritable très bon joueur NBA. Muresan a atteint son apogée : il obtient le titre de MIP (meilleure progression) pour sa saison 1995-­1996. Comme Bol, Muresan est constamment harcelé à des fins bassement marketing. Moins impressionnant après un été consacré au film “My Giant”, le Roumain ne retrouve pas son niveau de la saison précédente. En 1996-­1997, il connaît une chute de ses statistiques (10,6 pts) due en partie à des problèmes de dos. Néanmoins, les Bullets se qualifient en playoffs et Muresan finit pour la seconde fois avec le meilleur pourcentage au tir de la ligue.

Muresan ne le sait pas encore mais le glas de sa carrière va bientôt sonner. En 1997­-1998, il ne joue pas le moindre match chez les Bullets à cause du tendon de sa cheville droite et de son dos toujours douloureux. Il paye là la rançon de son corps hors norme. Coupé par Washington pendant le lock out de 1998­-1999, il rejoint New Jersey où la raquette est déserte. Aucun joueur de standing NBA à son poste. Mais les blessures l’’empêchent de voir le parquet (un seul match). Pendant la saison 1999­-2000, sa dernière NBA, il dispute trente matchs pour 3,5 points par match en moyenne. C’en est fini du rêve américain du géant. Il fait une dernière pige à l’Elan-Pau-Ortez et remporte le championnat de France en 2001 avant de prendre les rênes managériales de la sélection roumaine. À 29 ans sa carrière de joueur de haut niveau est terminée, quinze ans seulement après qu’il ait touché pour la première fois la balle orange.

Statistique en carrière : 307 matchs : 9,8 points 6,4 rebonds 1,5 contres 57% aux shoots

Palmarès NBA : Most Improved Player 1996 // 2 fois meilleur pourcentage aux shoots (1996 et 1997)

Shawn Bradley, 2 mètres 29, 122 kilogrammes, le Balou de Kaiserlautern

Né en Allemagne, Shawn Bradley est éduqué par des parents mormons. Ils sont surtout très grands. Sa mère mesure 1 mètre 83, alors que son père dépasse les deux mètres. Forcement, le petit Shawn devient vite grand, géant même. Il dépasse de deux têtes tous ses camarades de classe. Juste après la naissance du futur pivot, les Bradley sont revenus aux Etats­-Unis, dans l’Utah. Dans son petit lycée de secteur, qu’il a préféré aux institutions qui lui faisaient de l’oeil, Shawn Bradley époustoufle dans tous les sports, du basket à la lutte.

À sa sortie du Lycée le pivot mesure 2 mètres 29. Pour les études supérieures, le mormon fait dans la proximité en rejoignant l’austère faculté mormone de BYU. L’équipe est éliminée au second tour de la Marsh Madness, mais Shawn Bradley a marqué les esprits. Bien que très frêle (moins de 100 kg), il pose de très bons chiffres pour une première année (14,8 points; 7,7 rebonds; 5,2 contres).

Cependant, sa foi le guide vers un sentier bien éloigné du chemin vers la NBA. Son graal a lui est spirituel. Dans le respect des traditions mormones, Shawn Bradley part en mission en Australie afin de prêcher la parole divine. Pendant deux ans, le jeune homme se lève à 6 heures 30 du matin, se couche à 22 heures 30 et ne vit que pour la foi. Il ne joue que très rarement au basket car la compétition est interdite.

Pendant ces années océaniques, Bradley a mûri, mentalement mais aussi physiquement puisqu’il a pris plus de 20 kilogrammes. Son agent, David Falk, sent son poulain prêt pour le grand saut. Alors qu’aucune équipe ne l’a vu évoluer depuis deux ans, Shawn Bradley est sélectionné deuxième de la draft 1993 par les Philadelphie 76ers. Le pari est risqué, le pivot est attendu au tournant.

Il est encore mince quand il débarque dans le grand bain du basket américain. Forcement diverses blessures émaillent sa première saison dans l’élite mais son exercice est satisfaisant avec 10,3 points, 6,2 rebonds, et 3 contres par match. L’année sophomore du colosse germanico-­américain est du même acabit (9,5 pts; 8 rebds et 3,3 ctrs) mais Shawn Bradley a cette fois fait une saison complète.

Dès le début de sa troisième saison NBA, le géant est échangé contre le déjà all-star Derick Coleman (20 pts, 10 rbds de moyenne en carrière à ce moment là). Preuve que les 2 mètres 29 du mormon séduisent. Dans le New Jersey, Shawn Bradley ne rejoint toujours pas les playoffs. Il progresse offensivement (12 points de moyenne) et rejette toujours plus de tirs en défense (3,6 contres). L’année suivante, après un très bon début d’exercice, il est à nouveau transféré, chez les Dallas Mavericks cette fois. Il finit meilleur contreur de la ligue (3,4 ctrs) en 1997 au terme de sa meilleur saison (13,2 pts, 8,5 rbds). Pas suffisant pour emmener les Mavs en playoffs. Le nouveau texan s’est presque habitué à la médiocrité dans ses différentes équipes.

Bradley commence à avoir des problèmes de santé récurrent au dos et aux genoux. Il manque plus de cinquante matchs entre 1997 et 1999. En 1998, les Mavs draftent un autre allemand, le futur MVP Dirk Nowitzki. Les deux germains forment la raquette titulaire des Texans à partir de 1999. La paire d’intérieurs se complète, à Dirk le talent extraordinaire de scoreur, à Shawn les taches défensives. En 2001, Bradley se fait naturaliser allemand et avec son coéquipier peuplent également la raquette de la nationalmannschaft à l’Euro 2001. L’Allemagne obtient une belle quatrième place dans un Euro dominé par la Yougoslavie. En 2002, les deux ramènent même une médaille de bronze aux Championnats du monde d’Indianapolis.

Aux Mavs, leur relation projette l’équipe en playoffs à partir de 2001 (demie finale de conférence). Petit à petit son influence baisse sur le jeu des Mavs, son temps de jeu s’effrite et ses chiffres deviennent anecdotiques. Gêné par ses problèmes physiques, il prend sa retraite en 2005 après une nouvelle élimination en playoffs. La grande silhouette du pivot s’est élargie saison après saison mais les progrès tant attendus ne sont finalement jamais arrivés. Il n’est pas étonnant que dans l’imaginaire du fan lambda, le géant soit davantage célèbre pour le nombre de dunks qu’il a pris sur le museau que pour ses qualités de contreur et son petit shoot à mi-distance.

Statistiques en carrière : 8,1 pts; 6,3 rbds; 2,5 ctrs Palmarès : Meilleur contreur en 1997 Palmarès : Meilleur contreur de la NBA (1997)

Yao Ming, 2 mètres 29 134 kilogrammes : Le titan de l’Empire du milieu

La plupart des spécialistes étaient sceptiques en voyant arriver en NBA ce Chinois maladroit, incapable de dribbler sans que la balle glisse sur ses pieds. Charles Barckley, sur ESPN, lance même le pari d’embrasser le derrière d’un âne si Yao Ming marquait plus de dix-neuf points dans un match dans sa première saison. Le 19 novembre 2002, pour son huitième match, le premier choix de draft inscrit vingt points face aux Lakers. Barckley s’exécute, le géant des Rockets a déjà fait taire la plus grande bouche de la télé américaine.

Vingt-deux ans plus tôt, Yao Ming naît à Shanghai. Le virus du basket le touche dès ses neuf ans et la taille exceptionnelle dont l’a dotée Dame Nature le pousse d’autant plus dans ce sport. L’éducation chinoise aidant, Yao Ming progresse vite. Cet amoureux de l’histoire de son pays rejoint à treize ans l’équipe junior des Shanghai Sharks. Il mesure déjà 2 mètres 08. Il a dix-sept ans lorsqu’il devient professionnel. Ses débuts sont réussis avec 10 points et 8 rebonds de moyenne. Il reste au sein du championnat chinois jusqu’en 2002, le temps de participer à trois finales et d’emporter un titre. Impérial, Yao Ming est devenu bien trop grand pour la Chine. Du haut de ses 2 mètres 29, il tourne à 39 points et 20 rebonds pour ses derniers playoffs en Asie.

Force de la nature, celui que l’on surnomme “The Dynastie” excite une grande partie des scouts américains. Autant que ses qualités de basket, c’est son potentiel marketing qui attire. Premier international non formé aux Etats-Unis à être sélectionné premier choix de la draft, Yao Ming rejoint les Houston Rockets sous condition. La Chine accepte de laisser partir le fils prodige vers les rivages américains contre 8% de son salaire annuel. Les Sharks de Shanghai récupèrent également près de dix millions de dollars dans l’histoire.

Son début de carrière est difficile. Mais elle décolle finalement très vite. Après avoir fait taire Barckley, le Chinois fait mentir toutes les critiques avec une pointe à 30 points et 16 rebonds face aux Mavericks fin novembre. Avec 13,5 points, 8,2 rebonds et 1,8 contres de moyenne, il devient all-star, en grande partie grâce aux millions de votes chinois. Il est légèrement devancé par Amare Stoudemire pour le titre de Rookie de l’année. Mais au-delà de ça, Yao Ming est pour beaucoup dans le retour des Rockets en playoffs (élimination au premier tour).

L’année d’après, le Chinois devient le franchise player des Rockets avec 17 points et 9 rebonds. À nouveau all-star et bien secondé par le caractériel Steve Francis, Yao retourne en playoffs, à nouveau éliminé au premier tour (1­4 face aux Lakers).

Les dirigeants souhaitent mieux l’entourer pour la saison 2004-­2005. La superstar Tracy McGrady est recrutée en échange de Steve Francis pour former un duo aussi sexy qu’efficace. T­Mac prend alors les clés du camion texan avec 25 points, 6 rebonds et 6 passes par rencontre. Yao continue lui sa progression (18,3 pts) mais le duo de all-sar ne passe pas le premier tour des playoffs, nouvelle déroute pour le déjà triple étoilé.

L’année suivante, les galères commencent au Texas. Yao Ming et T­Mac enchaînent les blessures alors même que le premier semble enfin donner sa pleine mesure (22,3 pts; 10,2 rbds). Privé de son duo pendant la moitié de la saison, Houston reste à quai en avril et ne participe pas aux playoffs. Yao Ming continue à être embêté par les blessures durant deux saisons loupant 61 match en deux ans. Lui et Houston regrettent ces blessures car il est au sommet de son art lorsqu’il joue (25 pts par match en 2006­-2007). À chaque fois néanmoins les Rockets ne passent pas le premier tour des playoffs.

Yao Ming est de retour sans pépins en 2008­-2009. Il reprend les reines de l’équipe laissées vacantes par un T­Mac qui voit sa carrière vrillée à cause des blessures. Les Rockets se sont forgés une équipe fondée sur la défense (quatrième de la ligue) et Yao en est le principal atout offensif (19,7 pts; 9,9 rbds). Entouré de défenseurs acharnés comme Ron Artest, Shane Battier ou le jeune Kyle Lowry, Yao Ming gagne enfin une série de playoffs (4­2 contre les Blazers). Malheureusement le géant est écarté du duel contre les Lakers par une blessure et les Rockets s’inclinent en sept matchs contre les futurs champions. Yao Ming a contracté la blessure fatale. Sa saison 2009­-2010 est vierge du moindre match. Après un an d’attente le chinois est de retour sur les parquets NBA en octobre 2010. Il est ménagé, ne joue pas les back-to-back, mais les blessures ont raison de sa volonté : après cinq matchs (10 pts/m) il renonce à la saison et en juillet 2011 il annonce son retrait des parquets.

En Chine, c’est un véritable choc. Plus de la moitié des chinois a regardé ses débuts en NBA. Ils ont été des millions à le plébisciter pour le All Star Game durant toute sa carrière. D’icône populaire, il était passé vitrine du Parti Communiste Chinois (PCC) qui lui avait conféré le titre de laomo soit “travailleur modèle”. Les attentes sont aussi géopolitiques, quand Yao Ming joue, la Chine joue. Pour le Parti, il est la meilleure image que la Chine puisse donner. Il est porte drapeau aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, puis à Pekin en 2008. C’est lui qui est le dernier à porter la flamme sur la place Tiennanmen. Symbole de l’importance exceptionnelle de Yao Ming, colosse aux pied d’argiles qui a dominé les raquettes NBA pendant près d’une décennie.

C’est en partie avec le retour de l’enfant prodigue aux Shanghai Sharks, en tant que président, que le championnat chinois devient vraiment attractif. Si aujourd’hui des joueurs compétitifs ont choisi de s’exiler en Chine (A.Blatche, Ron Artest…), le grand Yao n’y est pas pour rien.

Statistiques en carrière : 486 matchs 19 pts 9,2 rebonds 1,9 contres 52,9% aux shoots Palmarès : 8 fois All Star // 2 fois 2scd All Team NBA (2007 et 2009) // 3 fois dans la 3rd All Team NBA (2004­2006­2008)

 

Par Théo Sorroche Publié le vendredi 31 mars 2017