L’intégration des noirs et des métisses dans le football brésilien

Popularisé au Brésil dès la fin du XIXème siècle par des expatriés britanniques, le football eut une influence considérable sur l’intégration des minorités noires et métisses dans le roman national. En mêlant avec brio diversité ethnique et héritage folklorique, il permit en outre de consolider le sentiment d’appartenance des Brésiliens à leur nation. Le jeu … Continuer la lecture de « L’intégration des noirs et des métisses dans le football brésilien »

Par David Douieb Publié le samedi 01 avril 2017

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Popularisé au Brésil dès la fin du XIXème siècle par des expatriés britanniques, le football eut une influence considérable sur l’intégration des minorités noires et métisses dans le roman national. En mêlant avec brio diversité ethnique et héritage folklorique, il permit en outre de consolider le sentiment d’appartenance des Brésiliens à leur nation.

Intégration Bresil

Le jeu à la brésilienne est axé sur un condensé d’attaques rapides et foudroyantes, émaillées de techniques corporelles novatrices : dribbles chaloupés (et culottés), gestes techniques bien sentis, déséquilibres… tous les moyens sont bons pour déstabiliser l’adversaire et pour vendre du rêve aux spectateurs. Selon de nombreux intellectuels brésiliens, cette façon de jouer avec audace s’inspirerait directement du folklore national et notamment des danses traditionnelles auriverdes et africaines ainsi que de la Capoeira. Popularisé par les joueurs issus des classes populaires – qui pratiquaient depuis l’enfance un football sauvage dans la rue ou sur la plage – ce joga bonito permit ainsi à la nation brésilienne d’affirmer son identité sur la scène internationale.

Journaliste sportif de renom, Màrio Filho fut l’un des premiers à évoquer le lien entre les techniques corporelles novatrices des footballeurs et les danses populaires auriverdes. En mettant des mots sur le style particulier du jeu à la brésilienne, il contribua fortement à la popularisation du football dans le pays. Il fut notamment l’investigateur de la construction du mythique stade Maracanã à Rio (183 254 places).

L’intégration des joueurs métisses et noirs

À l’origine, le football était destiné exclusivement aux hautes sphères de la société brésilienne. Les clubs les plus prestigieux – tels que Porte Alegre, Fluminense – accueillaient exclusivement les joueurs blancs issus des classes supérieures, ce qui excluait de facto les joueurs pauvres, pour la plupart métisses ou noirs. Un rejet qui peut se comprendre à la lumière du passé esclavagiste du Brésil, dernier pays d’Amérique du Sud à abolir la traite (1888). Depuis, les hommes politiques au pouvoir mirent un point d’honneur à nier l’implication auriverde dans le commerce d’esclaves, comme le ministre des finances Ruy Barbose de Oliveira, qui n’hésita pas à faire détruire les archives liées à l’esclavage en 1890.

Un sentiment de culpabilité qui apparaît ainsi comme l’une des raisons majeures du rejet des élites (et donc des clubs de football) pour les descendants d’esclaves, qui peinaient quant à eux à se sentir intégrés dans le roman national auriverde.

Ces préférences presque « institutionnalisées » pour les footballeurs blancs commencèrent toutefois à disparaître à l’orée des années 30, synonymes de professionnalisation accrue des structures footballistiques. Les grands clubs se mirent à prospecter tous azimuts dans les quartiers populaires afin de dénicher des pépites ; les entraîneurs devinrent de plus en plus diplômés ; et la sélection nationale de plus en plus métissée.

La route vers la gloire

Fin observateur de son époque, le sociologue Gilberto Freyre déclarait en 1938 – dans le Correio da Manhã – quelques jours avant le lancement de la Coupe du Monde en France : « Je crois que l’une des raisons de la victoire probable des Brésiliens dans les rencontres européennes est que nous avons eu le courage, cette fois-ci, d’envoyer en Europe une équipe franchement afro-brésilienne. Que les aryanistes de tous bords en prennent note ! » La débâcle en demi-finale face à l’Italie fut plutôt bien vécue par les Brésiliens, déjà très fiers du parcours étonnant de leur équipe, qui impressionna la planète foot par son jeu léché et spectaculaire.

En 1950, la FIFA confia l’organisation de la Coupe du Monde au Brésil. Une véritable consécration pour le peuple brésilien, fortement atteint par la fièvre du ballon rond. Mais malgré des performances de hautes voltige, la Selecão fut finalement privée de coupe par l’Uruguay, lors d’un match épique au Maracanã.

Cette déconvenue plongea le pays dans le deuil et les arguments racialistes refirent surface dans le débat public : en dépit de leur capacité à pratiquer un football esthétique, les noirs et les métisses n’auraient finalement pas assez de discipline tactique et physique pour remporter une compétition majeure. Une tentative de justification pour le moins discutable qui fut démentie huit ans plus tard par la victoire écrasante de la Selecão – emmenée par le légendaire Pelé – en finale face à la Suède.

Par David Douieb Publié le samedi 01 avril 2017