Mexico, théâtre des revendications

Nous sommes le 16 octobre 1968, en terres aztèques et deux hommes décident, par un simple geste du poing lors du « saint » hymne états-unien, d’ouvrir les yeux du monde entier sur l’année mouvementée et charnière qu’est en train de vivre le peuple afro-américain. L’impact visuel est immédiat. Il reste la face visible de cette olympiade … Continuer la lecture de « Mexico, théâtre des revendications »

Par Florian Gautier Publié le dimanche 07 février 2016

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Retour gagnant

Nous sommes le 16 octobre 1968, en terres aztèques et deux hommes décident, par un simple geste du poing lors du « saint » hymne états-unien, d’ouvrir les yeux du monde entier sur l’année mouvementée et charnière qu’est en train de vivre le peuple afro-américain. L’impact visuel est immédiat. Il reste la face visible de cette olympiade qui s’ouvre dans le sang des étudiants et se termine par le « lynchage institutionnel » des porteurs du « gant ». Malgré cela, les performances sportives sont bel et bien au rendez-vous, favorisées par la position géographique de Mexico.

Mexico

Afin de comprendre de la meilleure des façons les tenants et les aboutissants de ces Jeux contestataires, une chronologie de cette année 1968 est nécessaire. En effet, elle marque une véritable démarcation mondiale sur le plan sociétal et politique car, aussi bien en France que sur le continent américain, les faits historiques s’enchaînent. En ce 4 avril, à Memphis, l’ensemble de la population noire-américaine pleure l’un des leurs, et non des moindres : le pasteur et leader de la lutte pour les droits civiques, Martin.L.King, assassiné (officiellement) en raison de sa lutte pour l’égalité. Un malheur venant rarement seul, deux mois plus tard, c’est au tour de Bob Kennedy, frère de JFK, de connaître le même sort. Autant dire que la stabilité géopolitique mondiale est mise à mal, à quelques mois de l’ouverture de ces premiers Jeux, dans un pays en développement qu’est le Mexique. Pour ne rien aider, en août 1968, l’URSS a la bonne idée de dépêcher ses chars dans Prague.

Quelques semaines avant la tant attendue cérémonie d’ouverture à Mexico. Le pays ne nage pas dans le bonheur, étant donné le faible niveau démocratique proposé par le président Diaz Ordaz : la contestation gronde pour en arriver jusqu’à ce tragique événement du 2 octobre 1968. À 10 jours du ré-allumage de la flamme olympique, le gouvernement mexicain est au comble de la tension afin d’assurer une sécurité optimale à l’ensemble des délégations présentes sur son territoire. Mais dans le même temps, le tension sociale s’intensifie et les rues de Mexico finissent par s’embraser. La contestation étudiante, prenant trop d’ampleur au goût des dirigeants, est réprimée dans un bain de sang et le bilan est lourd : entre 200 et 300 morts. Le monde s’interroge alors sur la tenue des Jeux dans un pays aussi répressif. Mais le CIO (Comité International Olympique) ferme les yeux et sait rassurer les participants…. le sport peut reprendre ses droits.

Et le sport dans tout ça ?

Une fois la compétition lancée, les préoccupations politiques se voient éclipsées par des performances sportives de premier ordre, en particulier liées au tout nouveau revêtement synthétique en tartan de la piste du Stade Olympique de Mexico. Au sommet de la pyramide des exploits athlétiques se situe Bob Beamon, qui réalisa un bond de 8 mètres 90 lors de la finale du saut en longueur, augmentant ainsi de 55 centimètres le précédent record. Pour la petite histoire, sa performance provoqua la panique des juges qui furent dans l’obligation de ressortir leur décamètre de poche pour compléter la mesure optique du saut. Coté français, Colette Besson créa la surprise en remportant le 400 mètres : mais la communauté scientifique remettra en cause ces performances du fait que le stade se situe à 2250 mètres d’altitude et, par conséquent, que la pression en oxygène et la gravité sont bien inférieures à la normale, ce qui favorise les épreuves courtes et de saut.

Le programme se déroule sans encombre jusqu’à la finale du 200 mètres hommes dans laquelle l’américain Tommie Smith s’impose devant l’australien Peter Norman et John Carlos, autre « fils de l’oncle sam ». Puis, vient la traditionnelle remise des médailles, suivie de l’hymne de la nation du vainqueur. C’est à ce moment précis, qu’ornés du badge « Olympic Project for Human Rights » (Projet olympique pour les droits humains), les deux athlètes afro-américains tendirent leurs poings gantés serrés vers le ciel, en guise de soutien envers le mouvement immiscé par « I have a dream ». Les réactions ne se font pas attendre et divisent le monde du sport en deux courants idéologiques : le CIO prend immédiatement la décision de suspendre à vie les deux athlètes de toute compétition olympique en usant de cet argument : « Le principe de base des JO est que la politique n’y joue aucun rôle. Les athlètes étasuniens ont violé ce principe accepté universellement ».

Malgré la réticence des instances internationales, la contestation est relayée par de nombreux athlètes dont le sprinteur australien présent sur le podium et portant le badge OPHR, engagement incompris dans son pays. Quelques jours plus tard, les sprinteurs américains réalisent un triplé historique sur 400 mètres et imitent leurs compatriotes sur le podium. L’impact visuel fut immédiat et eut l’effet escompté par le fondateur de l’OPHR, Harry Edwards, qui avait ces mots avant la compétition : « Depuis des années nous avons participé aux Jeux Olympiques, honorant les États-Unis de nos victoires, mais les relations inter-raciales sont dorénavant pires que jamais (…..) Nous n’essayons pas de faire perdre les JO aux États-Unis. Ce qui se passe est immatériel….Mais il est temps pour le peuple noir de se comporter en tant qu’homme et femme, et de refuser d’être utilisé comme des animaux performants » ( ndlr : Traduit de l’anglais et tiré du New York Times Magazine).

La cérémonie de clôture de ces olympiades mouvementées se déroula sans problème majeur. Mais, bon nombre de questions restèrent en suspens. L’engagement d’un sportif est-elle compatible avec la pratique du sport de haut-niveau ? L’exposition médiatique et l’impact économique du sport actuel pourraient-ils donner naissance à de nouveaux symboles de la contestation ?

Par Florian Gautier Publié le dimanche 07 février 2016