Un mur tombé trop tard, un camion passé trop tôt

L’année 1964 a accouché de deux génies de la balle orange. Le 22 octobre, à Sibenik, dans la Yougoslavie de Tito, naît le Mozart du basketball, Drazen Petrovic. Le 19 décembre à Kaunas, dans l’extrémité ouest de l’URSS, Avrydas Sabonis voit le jour. Malgré des trajectoires de vie très différentes, aucun de ces deux joueurs, … Continuer la lecture de « Un mur tombé trop tard, un camion passé trop tôt »

Par Théo Sorroche Publié le vendredi 31 mars 2017

Lire la suite

Retour gagnant

L’année 1964 a accouché de deux génies de la balle orange. Le 22 octobre, à Sibenik, dans la Yougoslavie de Tito, naît le Mozart du basketball, Drazen Petrovic. Le 19 décembre à Kaunas, dans l’extrémité ouest de l’URSS, Avrydas Sabonis voit le jour. Malgré des trajectoires de vie très différentes, aucun de ces deux joueurs, considérés comme les  meilleurs européens de l’histoire, n’aura conquis l’Amérique. Entre géopolitique sportive et tragédie, se tressent les portraits croisés de deux légendes du basketball.

Sabo

Né d’un père serbe et d’une mère croate, Drazen Petrovic passe sa jeunesse au bord de la mer Adriatique, dans la ville de Sibenik. Il conquit vite tous les playgrounds de sa cité avant de  rejoindre, à treize ans, le club de la ville. Dans les catégories jeunes du Sibenka Sibenik, il est si impressionnant qu’il intègre le groupe professionnel à seulement quinze ans. Il devient rapidement le leader offensif d’une équipe qui progresse rapidement avec son Mozart à la baguette. L’impact du prodige se mesure à l’aune des résultats du Sibenka : à peine promu en première division lors de son arrivée en équipe première en 1979, le club atteint deux finales de la coupe Korac (Eurocup actuelle) perdues face à Limoges. Son équipe atteint également la finale du championnat de Yougoslavie en 1983. Ses performances titanesques (114 points en un match, record) pendant ses quatre années gravent déjà son nom dans les livres d’histoire du basket.

Après un an de service militaire, l’année 1984 est charnière pour le Yougoslave puisqu’avec son frère aîné, ils emmènent leur pays, tenant du titre, à la troisième place des Jeux Olympiques de Los Angeles. Pendant l’été, il rejoint son frangin au Cibona Zagreb, pour franchir un nouveau palier.

Trajectoires différentes pour la Yougoslavie et l’URSS

Si Tito a permis à Petrovic de goûter à l’Amérique via les Jeux Olympiques, Konstantin Tchernenko refuse que l’URSS aille aux Etat-Unis. Le “nouveau Brejnev” a peur et Arvydas Sabonis en subit la conséquence directe. Pas de Jeux pour le géant Lituanien. Du haut de ses 2 mètres 21, le Soviétique est fragile, se blesse régulièrement et la vie en URSS ne lui plaît pas. Né à Kaunas en Lituanie, il demeure cependant un camarade, comme tous ceux venus au monde un peu trop à l’Est. En camarade communiste, sa carrière est vouée à l’équipe nationale. Passé professionnel depuis 1981, il est littéralement exploité par sa sélection, ce qui explique peut-être ses nombreuses blessures.

Aux Etats-Unis, on salive devant le talent, les qualités hors-normes de ce géant aux pieds d’argile.  Et ce depuis les Championnats du monde en 1982, date à laquelle l’URSS a remporté l’or face aux USA. Les Jeux sont donc l’objectif ultime, au regard des perspectives resserrées de Sabonis en URSS. Le rendez-vous de 1984 manqué, le pivot aux mains d’or, capable de tout faire sur un terrain – du shoot à la passe aveugle, éclôt définitivement pendant l’année 1985. Il emporte le premier de ses trois championnats d’URSS avec Kaunas, atteint la finale de la Coupe des Coupes (perdue face au Barca) avant d’écraser le championnat d’Europe et la Tchécoslovaquie en finale (120-89). Sur un plan individuel, il est MVP de l’année en Europe et MVP des Championnats d’Europe. C’est monstrueux.

Tel Mozart sublimant ses partitions, Petrovic, lui, nargue ses adversaires durant toute cette année 85. Avec Zagreb il décroche la plus prestigieuse des compétitions européennes, la Coupe des Club Champions (Euroligue actuelle) à Athènes. Avant l’été, il incarne enfin le statut de star que l’on lui prêtait. Il tourne à 33 points par match avec son club et règne sur l’Europe : l’Euro 85 semble promis à la Yougoslavie. C’était sans compter sur ce diable de Sabonis… L’URSS est la seule équipe à battre Petro en poule. “Qu’importe, la revanche ne sera que plus belle”, pense le génial arrière du haut de son arrogance de soliste. Surprise en quart, la Yougoslavie tombe face à la Tchécoslovaquie pendant que Sabonis s’envoler décrocher l’or. La symphonie est inachevée, le compositeur de la balle orange attend sa revanche.

Rivalité au sommet

Durant la saison 1985-1986, alors que Petrovic explose les compteurs avec 43 points de moyenne, les deux hommes se recroisent. Un soir de mai, à Budapest, la finale de l’Euroligue a pour affiche l’opposition entre le Cibonis Zagreb et le Zalgiris Kaunas, soit Drazen Petrovic contre Arvydas Sabonis. Petrovic (22 points) prend enfin sa revanche et Sabonis (5 fautes dès la première mi temps) rend vite les armes.  Le précoce croate de vingt-et-un ans soulève sa seconde Euroligue.

Quelques jours plus tard, le destin incroyablement lié des deux hommes connaît un nouveau tournant. Bien qu’il soit alors impossible de penser que les deux joueront un jour aux Etats-Unis, rideau de fer oblige, ils sont draftés le même soir.

Seule équipe à prendre le risque de sélectionner des joueurs qui ne viendront sans doute jamais en NBA, Portland choisit Sabonis à la trentième position et Petrovic à la soixantième. Bien bas pour leur talent.

Quelques mois plus tard, la tension entre les deux hommes, alors sur le toit de l’Europe, est à son comble puisqu’ils s’affrontent en demi-finale de la Coupe du monde 1986. L’URSS de Sabonis, invaincue, doit battre la Yougoslavie de Petrovic pour défier les USA de David Robinson en finale.

La rencontre est tendue, Petrovic (29 points) et les Yougoslaves ont la main sur le match mais l’URSS arrache la prolongation avant de s’imposer d’un point au bout du suspens (91-90). Sabonis (25 points) affrontera David Robinson en finale. Un vrai combat géopolitique. La suprématie mondiale se joue aussi sur le parquet. Les Etats-Unis triomphent finalement dans un match très serré (87-85) durant lequel Sabonis aura joué les yeux dans les yeux avec l’Amiral Robinson.

A vingt-et-un ans, les deux génies du ballon orange sont au dessus des nuages en Europe, se placent dans le cinq majeur de la Coupe du monde, font rêver les scouts américains…Mais un mur plus prosaïque les empêche de traverser l’Atlantique.

Petrovic, Roi d’Espagne, Sabonis Tsar de l’Olympe

En 1988, Petrovic gagne une nouvelle Coupe des coupes avec Zagreb pour sa dernière saison en Croatie. La Yougoslavie socialiste, plus ouverte que l’URSS communiste lui donne un bon de sortie pour l’ouest de l’Europe. Petro en profite et signe, durant l’été, au Real Madrid. De son côté, Sabonis n’est toujours pas autorisé à partir de Kaunas, malgré ses envies pressantes de quitter son pays natal.

Pendant l’hiver 1988, Sabonis se fait soigner dans l’Oregon, à Portland. Son corps est usé. À seulement 23 ans, le camarade a trop tiré sur la corde. Sans médecins compétents, capables d’endiguer les problèmes de santé de son pivot star, l’URSS finit par céder le prodige aux médecins américains. L’arrivée du géant sur la côte ouest met en lumière la haine réciproque des deux grands de la guerre froide. Aux Etats-Unis, certains regrettent ce coup de pouce aux Soviétiques en vue des Jeux de Séoul. En URSS, on dit du géant qu’il est déprimé à cause du luxe et de la décadence américaine. Il serait devenu alcoolique et selon les rumeurs les plus loufoques, il se serait même suicidé ! Sabonis va, en fait, très bien. C’est à Portland qu’il découvre la banane et les films hollywoodiens. Il tombe amoureux de la culture américaine.

Avec les blessures, le géant meurtri ne pense pas pouvoir jouer les Jeux Olympiques mais l’URSS l’y oblige. Bien que sur un pied Sabonis demeure exceptionnel. Il démarre la compétition timidement (13 points, 11 rebonds sur l’ensemble des Jeux) avant de mener l’URSS jusqu’en demi-finale contre les USA. Son nouveau duel face à David Robinson marque les esprits tant les deux 7 footers dominent. Sabonis tient défensivement et apporte en attaque (13 points, 13 rebonds) pour mener son équipe en finale (82-76). Historique : les USA sont terrassés par l’Ours rouge.

Petrovic, lui, tient sa revanche sous les couleurs nationales. Cette finale est aussi l’occasion de prendre le dessus sur Sabonis qu’il s’est juré de battre. Malgré les diamants (Divac, Kukoc…) qui composent l’équipe, les Yougoslaves subissent le courroux du géant Sabonis. 20 points, 15 rebonds et 3 contres plus tard, il fait littéralement exploser la Yougoslavie de Petrovic (76-63). Le petit  Mozart est le seul à sortir un match digne (24 points) dans la gabegie des siens. Le Roi Sabonis est sur le trône. Il a déjà tout gagné avec son équipe nationale (Euro, Mondial et Jeux Olympiques) et est nommé pour la troisième fois Meilleur joueur européen. Le tout à seulement 23 ans.

Petrovic enrage, mais, comme à son habitude, il démolit tout en club. Arrivé à Madrid en grande pompe, le Croate ne déçoit pas. Il score à tout va ; l’Espagne l’adule. La finale de Coupe des coupes le sacre. Il y plante 62 points et ramène le trophée à Madrid. En Liga ACB, le FC Barcelone est cependant trop fort. En revanche, durant les finales Petrovic place deux records : huit « trois points » en un match et le record de points avec 44 unités.

Alors que Sabonis est très diminué par les blessures à répétition, Petrovic devient sans conteste le meilleur joueur européen. La preuve ? L’Euro 1989, chez lui à Zagreb, qu’il traverse avec une facilité déconcertante. Il tourne à 30 points par match et la Yougoslavie gagne ses matchs avec 25 points d’écart en moyenne. Sabonis (16 points par match) ne peut que constater l’ouragan Petro, l’URSS se parant seulement de bronze. À l’issue du tournoi, le Mozart croate obtient son second trophée de Meilleur joueur européen de l’année.

Les débuts américains de Mozart

Il est au sommet. Aucun embargo ne l’empêche désormais de rejoindre les Etats-Unis. Drazen Petrovic débarque à Portland qui l’avait drafté trois ans plus tôt.

De son côté, Sabonis profite des réformes démocratiques de Mikhail Gorbatchev pour rejoindre l’Espagne et Valladolid. Une libération pour le géant Lituanien, qui retrouve petit à petit santé et forme. Avec le club espagnol il ne gagne rien si ce n’est l’attirance de l’ancien royaume de Petrovic : le Real Madrid. Il rejoindra les Merengues en 1992.

À Portland, Petrovic se blesse rapidement. Pas physiquement non, mais psychologiquement. Il n’est que le remplaçant du légendaire Clyde Drexler chez les Trail Blazers et subit la manie américaine de planter les Européens derrière la ligne à trois points avec, comme seule option, le shoot. Le rookie croate ne joue pas beaucoup mais reste très efficace (7,6 points en 12 minutes). Arrivé la même année que son compatriote et ami Vlade Divac, Petrovic vit mal ses débuts à RIP City. Frustré par son rôle, peu habitué à la vie américaine, il reste des heures pendu au téléphone avec le pivot des Lakers. Le mal du pays sans doute. La première année du Yougoslave est pourtant faste pour son équipe, battue 4-1 en finale par les Pistons.

L’été 90 est un exutoire pour Petro. Pendant les Championnats du monde, desquels Sabonis est absent, le trio Kukoc-Petrovic-Divac survole les débat pour s’imposer 92-75 contre l’URSS en finale. Si le monde soviétique est en crise, son basket demeure en haut de la hiérarchie mondiale.

Fatigué de squatter le banc dans l’Oregon, Petrovic demande son transfert l’année suivante. En janvier 1991, une franchise tente le coup : les New Jersey Nets, menés par sa star capricieuse Derrick Coleman. Pour Petro, le soulagement est immense. Certes, les Nets sont plongés dans les tréfonds de la conférence Ouest depuis quelques années déjà, mais l’équipe lui promet des minutes en sortie de banc. Dès son premier match, il score quatorze points en vingt minutes. Pour son cinquième, il plante carrément vingt-deux pions. Clyde Drexler avait été prophétique lors du départ de son back up « Ce gars participera au All-Star Game d’ici deux ans. C’est une certitude. Je n’ai jamais vu quelqu’un shooter comme lui et travailler aussi dur. »

Si la machine s’enraye un peu en fin de saison, Petrovic peut se targuer de très bons chiffres au vu des minutes passées sur le parquet (12,6 points en 20 minutes). Même sans play-offs à la clé, cette moitié de saison est une réussite. D’autant qu’il se voit assurer par son coach, Bill Fitch, une place de titulaire pour la saison 1991-1992. Et là, en dépit d’une défense parfois douteuse, le Croate explose : 20,6 points à 51% aux shoots ! Des statistiques incroyables qui mènent les Nets en play-offs (défaite 3-1 au premier tour). Petrovic n’est plus très loin du All Star Game, mais une échéance encore plus importante l’attend pendant l’été : les Jeux Olympiques de Barcelone et la “Dream team” des USA.

Depuis que le mur est tombé, Sabonis éclaire la Liga. C’est justement en Catalogne que les Jeux Olympiques se déroulent en 1992. Ces JO restent un tournant dans l’histoire, avec l’éclatement du bloc soviétique et la guerre de Yougoslavie : les nations de l’Est sont indépendantes. Sabonis mène donc la Lituanie, Petrovic la Croatie. Le défi ? Battre la “Dream Team” des Etats-Unis composée, entre autres, de Michael Jordan, Larry Bird et Magic Johnson. La Lituanie est une équipe montée en toute hâte pour ces JO. Sabonis et ses comparses ont même du mal à financer leur déplacement jusqu’à Barcelone. La patrie libérée ne se présente donc pas en favorite du tournoi. Il en va de même pour la Croatie et son Mozart. Le pays, en pleine guerre civile, lancée par le serbe Milosevic, traverse une grave crise et les athlètes n’ont pas uniquement la tête au sport.

Pourtant, pendant les deux semaines de compétition, le Tsar de Lituanie et le Mozart croate vont défier la logique. En demi-finale, les Croates sont opposés à l’Équipe Unifiée, vestige de l’URSS : ils s’imposent par la plus petite des marges (75-74) avec 28 points de Petro. L’autre demi-finale en impose. la Lituanie se retrouve face aux Etats-Unis et sa “Dream Team”. Bien qu’ayant toujours posé des problèmes aux Américains auparavant, Sabonis doit là se soumettre à la supériorité d’une équipe hyperactive en défense (22 interceptions) et ultra-complète en attaque (neuf joueurs à plus de dix points). Avec dix petits points de son pivot, la Lituanie prend un bouillon (127-76). Sabonis se venge sur l’Équipe Unifiée deux jours plus tard (27 points, 16 rebonds) pour décrocher la médaille de bronze.

Le drame au zenith

En finale, Petrovic (24 pts) est le seul joueur croate à s’en sortir dans la débâcle collective de son équipe largement dominée par des Américains biens supérieurs (117-85). Mais une chose retient l’attention des connaisseurs : son duel avec Michael Jordan (22 points)  qui promet pour la saison suivante en NBA.

Quand Petrovic revient aux Etats-Unis, il est en quête de muscle afin de survivre dans la ligue nord-américaine. C’est donc plus solide qu’il démarre la saison 1992-1993. Il excelle comme jamais dans le jeu NBA (22,3 poinfs à 52%). Comme l’année précédente et lors des Jeux Olympiques, Petrovic est au sommet à chaque duel face à Jordan, qui dira de son adversaire d’alors : “Avec Drazen, nous avons livré de superbes batailles, mais malheureusement, elles furent de courte durée.”

De courte durée car le 7 juin 1993, en pleine préparation avec la Croatie en Allemagne, le destin fauche Petrovic. Sa voiture roule alors sur une autoroute de Bavière détrempée, lorsque, sans prévenir, un camion barre la chaussée. La conductrice le voit trop tard, Petrovic, passager, n’a pas attaché sa ceinture de sécurité. La voiture heurte le camion. Il meurt sur le coup. Pas de requiem pour le Mozart du basket, mais les regrets éternels de tous ses coéquipiers, des fans de tous horizons et du monde du basket. Shooteur à la précision démoniaque, artiste avec un ballon, génial scoreur et compétiteur féroce, Petrovic quitte le monde des vivants à tout juste vingt-huit ans. Ses partitions géniales et son palmarès dantesque en héritage.

Sabonis, moins physique, mais toujours talentueux

Avrydas Sabonis se fait une raison. Il ne retrouvera jamais plus le niveau qui était le sien avant la plus grave de ses blessures, en 1988. Il reste néanmoins un redoutable attaquant en Liga cumulant 23 points et 13 rebonds de moyenne. Il porte d’ailleurs les Merengues au titre en Euroligue à la fin de la saison 1994-1995, avec en prime le trophée de MVP du Final Four.

Alors qu’il est persuadé qu’il ne traversera jamais l’Atlantique, en 1995, quand l’embargo soviétique est enfin levé, les Blazers l’appellent. Vice-champion d’Europe avec la Lituanie le même été, le pivot est surpris : “En mon fort intérieur, je ne me croyais pas capable de jouer à ce niveau. C’était un petit danger pour moi.” Il débarque donc à Portland pour la saison 1995-1996, à 31 ans. Son corps est déjà plus qu’usé. Le docteur des Blazers, Robert Cook aura ce bon mot après la visite médicale : “Arvydas pouvait obtenir une place “handicapé” pour sa voiture, rien qu’en voyant ses radios.”

Drexler parti à Houston deux ans plus tôt, les Blazers ne font plus vraiment partie des épouvantails de la NBA. Pourtant, avec son rookie pas comme les autres, les Blazers s’offrent un bilan flatteur (44-38) et une place en play-offs. Sabonis est plutôt convaincant avec 14 points et 8 rebonds par match et devient titulaire en fin d’exercice. En post saison, face à Utah, il fait même plus fort avec 24 points et 10 rebonds de moyenne dans l’élimination (3-2). Pendant l’été il remporte une seconde médaille de Bronze aux JO d’Atlanta, se fendant d’un match énorme contre l’Australie pour le podium (30 points, 13 rebonds).

Même s’il est gêné par son physique pour survivre à l’exigent calendrier américain, le Lituanien devient l’un des meilleurs pivots de la Ligue en 1997-1998 avec 16 points, 10 rebonds et 3 passes décisives par rencontre. Ses blessures le rattrapent dès la saison suivante et empoisonnent sa fin de carrière. Il atteint les finales de conférence en 1999 et 2000 avant que Portland ne sombre dans la période Jail Blazers. Le géant prend sa retraite NBA en 2003 avant une courte pige ponctuée d’un titre de champion de Lituanie.

L’un des regrets de Sabonis ? Les blessures. Outrageusement dominé par les meilleurs pivots NBA et surtout Shaquille O’Neal, il a payé un lourd tribut de ses blessures. Même s’il a toujours ironisé en privé, il souffre de ne pas avoir pu clouer le bec à un Shaq adepte du trash talking. En NBA, il n’a eu la possibilité que de faire valoir sa fantastique vision du jeu, son incroyable sens de la passe et ses mains en or pour le shoot extérieur. Sabonis était aussi, jeune, un monstre physique : “C’est un tel compétiteur que ça le blesse quand je regarde des vidéos de lui avant ses blessures. Donc, je n’en regarde pas”, racontait  son fils dans les colonnes de Sport Illustrated. Sabonis serait sans doute resté l’un des meilleurs pivots de l’histoire de la NBA s’il était né un peu plus tard, ou plus à l’Ouest.

Les deux légendes ont été intronisées au Hall of Fame pour leur carrière météorique et leur histoire si particulière.

En 1964, deux hommes, qui transpiraient le génie, sont nés. Ils ont porté leur nation sur le toit du monde mais n’ont jamais pu écraser la NBA. Satané mur, putain de camion.

Par Théo Sorroche Publié le vendredi 31 mars 2017